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Le thé puerh (Pu Er tea) évolue avec le temps, se bonifie diront les amateurs de puerh (Pu Er tea) agés, se détériore diront peut être les amateurs de jeunes puerh (Pu Er tea) frais, toujours est il qu'il se transforme progressivement d'année en année grâce à de complexes phénomènes d’oxydation et de fermentation qui prennent place à la surface des feuilles.

Or ci cette oxydo-fermentation est inévitable elle est aussi très influencée par le manière avec laquelle le thés sera stocké et les conditions dans lesquelles prendront place cette maturation. Un même puerh (Pu Er tea) vieillit dans des conditions différentes aboutira ainsi avec les années à des thés gustativement bien différents. Or il n'y a pas une norme établie qui ferait référence quand à la manière idéale de stocker le thé puerh, et c'est aussi là que se trouve toute la richesse de cette famille de thé. Différentes écoles cohabitent ainsi, reflétant généralement les goûts et les coutumes des différents territoires où thé puerh (Pu Er tea) est consommés le tel que le Yunnan, Taiwan, Hong Kong ou encore la Malaisie.

Je vous propose donc pour illustrer cela de goûter aujourd'hui six bons puerh (Pu Er tea) de 15 ans d'age, possédant chacun un caractères qui lui est propre, et est le reflet de différentes formes de maturations.

Stockages naturels, l'art du temps et de la nature

Nous commenceront par une Chi Tse Beeng Cha produite par la célèbre Fengqing Tea Factory. Pressée en 1996 dans la région de Fengqing, cette galette fut depuis conservée depuis de manière naturelle dans sa région de production, c'est à dire dans une véritable atmosphère sèche. Fengqing, au nord de Lincang possède en effet un climat relativement sec et comparable à ce que l'on peut voir dans de nombreuses régions occidentales. La maturation naturelle qui en résulte est ainsi lente et progressive, favorise des caractères centrés, une certaine pureté des arômes, et préservent certains attributs du puerh (Pu Er tea) brut.

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Nous poursuivrons notre dégustation par une grande galette des années 90, appelée par les amateurs et collectionneurs Shui Lan Yin (marque bleue aquatique) en référence à un défaut d'impression du caractère 茶 qui apparaît désormais bleuâtre au lieux de vert qui aurait du lui être destiné, et qui permet d'identifier cette série. Il s'agit en réalité d'une galette de recette 7542 produite par Menghai Tea Factory en 1997.

Le galette goûtée est issue d'un stockage naturel à Taiwan, dans une atmosphère relativement humide donc. A ne pas confondre avec ce que l'on appelle à Hong Kong un stockage humide et qui désigne une forme de fermentation contrôlée du thé puerh, il s'agit là d'une maturation naturelle du thé, dans une atmosphère relativement humide tel que l'on peut en avoir à Hong Kong, Taiwan ou encore Guangzou.

La différence entre la maturation de ce thé et celle du thé précédent tient donc dans la différence climatique entre Fengqing, plus sec, et Taiwan, plus humide et tropical. Cette différence climatique a une influence notable sur la maturation du thé et sa manière de sculpter son caractère. Des atmosphères plus humide « dénaturent » (dans le bon sens du terme) ainsi généralement plus le thé en l'éloignant de son caractère initial, mais privilégient aussi de très belles fraîcheurs qui peuvent faire penser au camphrier ou à l'eucalyptus, un rendu plus poudreux ou poivré en particulier au nez, et une certaine profondeur des arômes et des sensations. Des atmosphères plus humides privilégient en général aussi le qi du thé, cette profonde sensation d'interaction entre le thé et les sens.

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Fengqing 1996 stockage naturel sec vs. Shui Lan Yin 1997 stockage naturel humide

Comparaison donc de deux thés produits dans les années 1996-1997, une Chi Tse Been Cha Fengqing Cha Chang 1996 stockée de manière naturelle dans l'atmosphère sèche de Fengqing (Yunnan), et une Shui Lan Yin Menghai Tea Factory 1997, stockée de manière naturelle dans l'atmosphère relativement humide de Taiwan. Les deux thés ont été préalablement mis en vrac, et revitalisés sous cette forme durant 1 mois.

Bien que le caractère de ces deux thés semble autant travaillés par la maturation et le temps, le parfum qui s'échappe des feuilles humides apparaît résolument plus sec, moins moelleux et satinés sur la Fengqing Cha Chang stockée dans le Yunnan que sur la Sui Lan Yin stockée à Taiwan.

La liqueur produite par l'infusion des feuilles apparaît aussi nettement plus claire pour la Fengqing que sur la Sui Lan Yin, mettant en évidence un niveau de fermentation plus élevé pour cette dernière. La Fengqing développe une dimension plus friche, renvoyant à l'eucalyptus, et un caractère très pur, là où la Sui Lan Yin est plus encrée dans les arômes de stockage naturels plus humides, avec des touches plus satinées et vaporeuses.

La Fengqing, plus proche du caractère initial du puerh (Pu Er tea) brut présente aussi une amertume plus marquée, qui lui confère un caractère plus franc et tranchant. De son coté la Shui Lan Yin, plus douce semble par contre plus pénétrer les sens en profondeur, jouer sur le ressentit.

La Fengqing apparaît aussi plus dynamique d'une infusion sur l'autre. Elle prend son temps et nécessite un certain nombre d'infusions pour se révéler là où la Sui Lan Yin est plus immédiate. De même la Fengqing joue plus sur les échos, la manière dont les différents sens se réponde, là où la Sui Lan Yin est plus directe.

La Shui Lan Yin de son coté a une profondeur et un moelleux exceptionnel, des parfums d'une complexité et d'une densité hors du commun, une charme exubérant qui sature les sens et plonge le buveur dans l'esprit du thé.

En ressort deux caractère qui n'on rien à voir, deux univers bien différents, deux interprétations de l'action du temps sur le thé.

Si la galette de Fengqing n'a plus du tout le caractère gustatif d'un jeune puerh, ce thé a en quelque sorte gardé la manière de d'exprimer d'un jeune puerh, son dynamisme, son évolution durant la dégustation, sa manière de s'exprimer en échos, là ou la Sui Lan Yin s'exprime plus à la manière d'un puerh (Pu Er tea) brun (stockage Hong Kongais, stockage naturel humide, etc..), bien que son registre gustatif soit tout autre.

La Shui Lan Yin en ressort plus facile d'accès, avec un charme incroyable, direct et immédiat, là où la Fengqing est un plus plus difficile d'accès, demande un peu plus de temps pour se révéler, mais est alors d'une très grande richesse.

Stockage traditionnel Hong Kongais, maîtrise et art de faire s'exprimer l'environnement

Passons à présent à deux thés puerh, respectivement de 1996 et 1997, travaillés par ce que l'on nome un stockage traditionnel Hong Kongais, ou que l'on appelle généralement à Hong Kong « stockage humide ». Derrière cette appellation se trouve une méthode de maturation contrôlée du thé puerh (Pu Er tea) développée à Hong Kong et qui nécessite généralement au moins 10 à 20 ans pour obtenir un puerh (Pu Er tea) mature de qualité.

Le thé n'est ainsi plus soumis aux simples conditions naturelles de l'environnement, tel que la chaleurs et l'humidité ambiante, mais passe par différentes phases où il est exposé de manière contrôléef à des conditions spécifiques, et notamment des niveau d'humidité élevés, afin de favoriser sa fermentation et de sculpter les arômes qui en résulteront. Pratiqué à Hong Kong depuis les années 30, cette forme de stockage prend un regain d’intérêt dans les années 90 et certains sont devenus de véritables expert dans l'art de la maturation du puerh.

Si un stockage humide de piètre qualité n'a que peu d’intérêt, en particulier aujourd'hui où il est possible de fermenter de puerh (Pu Er tea) plus rapidement à sa production dans le Yunnan, un stockages traditionnel Hong Kongais de qualité permet quand à lui de produit des puerh (Pu Er tea) de grande qualité, marqués par une touche gustative spécifique.

Le thé qui en ressort est plus fermenté qu'un thé de même age stocké de manière naturelle, ses feuilles et sa liqueur sont plus sombres et ses arômes, marqués par la fermentation s'éloignent largement de ceux de jeunes puerh (Pu Er tea) brut. L'amertume se retrouve notamment gommée, au profit d'une épaisseur, d'une rondeur d'un moelleux et d'un charme typique aux stockage Hong Kongais. En contrepartie on notera généralement un dynamisme amoindrit, moins de subtilité et de différence entre les infusions. Le stockage traditionnel Hong Kongais est aussi reconnu pour favoriser le qi de certains thés, aboutissant à des thés plus profonds, qui flattent les sens en profondeur.

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Gouttons à présent un autre puerh (Pu Er tea) en vrac particulièrement intéressant puisqu'il provient originellement de la même région que le précédent (Menghai), a été produit à peux près au même moment mais surtout ces deux thés ont passés 15 années à Hong Kong au sein du même stock. Qu'est ce qui différencie alors ces deux thés ? Des conditions de stockage légèrement différentes: le thé précédent, de 1996 a été stocké légèrement plus humide, tandis ce que l'édition 1997 a volontairement été stocké de manière légèrement plus sèche, afin de faire ressortir le caractère de ce thé de manière différente. La différence est subtile mais bien notable et met particulièrement bien en évidence la complexité du stockage traditionnel Hong Kongais, et l’influence qu'aura chaque détail de ce stockage sur le caractère du thé qui en ressortira.

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Stockage traditionnel Hong Kongais plus ou moins sec

La comparaison de ces deux thés est particulièrement intéressante, et met en évidence l'influence de variations mêmes subtiles des conditions de stockage tel que le degré d'humidité ou la température au sein d'un stockage traditionnel Hong Kongais.

Il s'agit de deux vrac des années 1996 et 1997, issu de la même origine et vieillit à Hong Kong dans des conditions légèrement différentes. Tout deux issus d'un stockage traditionnel Hong Kongais, une forme de maturation contrecollée en atmosphère humide, le millésime 1996 a été stocké de manière légèrement plus humide, tandis ce que le millésime 1997 a été stocké dans des conditions légèrement plus sèches, révélant de manière sensiblement différentes le caractère de ce thé.

La liqueur produite par le thé de 1996 apparaît comme sensiblement plus sombre, et dénote un degré de fermentation légèrement plus élevé, ce qui est avant tout à attribuer à la différence de stockage et non à la petite année de plus de ce thé.

Au parfum dégagé par les feuilles humides on sent bien la différence de caractère de ces deux thés, et l'influence du stockage, le thé stocké plus humide (1996) apparaissant comme plus poudreux, poivré, là où le 1997 se révèle plus centré, plus « pur » en quelque sorte. De même les touches aromatiques de ces thés sont légèrement déplacés, le 96 faisant plus ressortir des touches boisées là ou le 97 ferait plus penser à de la pistache.

Le thé de 1997, stocké plus sec possède un parfum plus clair, plus lumineux, mais aussi de subtiles touches fraîches de type camphre que son homologue de 1996 ne possède pas. Ce dernier s'exprime en contrepartie dans quelque chose de plus rond, sourd, moelleux. Dans une main (1996) c'est plus ample, doux fruité, de l'autre (1997) c'est plus fin, plus frais.

On est de toute évidence bien face au même caractère de fond, comme un chemin commun que suivraient ces deux thés, et les différences entre ces thés apparaissent comme des variations antagonistes de part et d'autre de ce chemin commun : lorsque que l'un des thé s'approche de la droite, il se s'éloigne immanquablement de la gauche et inversement, lorsque l'autre thé tire sur la gauche, il s'éloigne de la droite,

Le thé de 1996, stocké plus humide, en ressort comme plus exubérant, plus direct et charmeur, là ou le 1997 stocké plus sec semble un peu plus timide et recentré sur lui même.

Au fur et à mesure de la dégustation, les différences semble progressivement se gommer, la spécificité de chaque thé s'estompe quelque peu pour se rejoindre sur quelque chose de plus commun...

Shu Cha âgés, la maturation ou la deuxième fermentation des puerh (Pu Er tea) fermentés

Passons à présent à deux exemples de shu cha, des thés fermentés lors de leur production selon une méthode développée en Chine dans les années 70, inspirée du stockage traditionnel Hong Kongais. Contrairement aux thés précédents la fermentation de ces thés n'est donc plus la conséquence longues années de maturation mais d'une fermentation contrôlée ne demandant que quelques semaines.

Cependant ces thés, produits dans les mêmes années que les autres puerh (Pu Er tea) de cet article, ont eux aussi jouit d'une quinzaine d'années de maturation post-fermentation. Si cette maturation n'est pas dans ce cas la cause de la fermentation du thé, elle est bien perceptible balayant au passage une idée reçue comme quoi le puerh (Pu Er tea) fermenté n'aurait plus la capacité de se bonifier avec le temps.

Bien au contraire et comme nous allons le voir, les shu cha continuent à évoluer et sont eux aussi sensibles aux conditions de leur maturation, en particulier les shu cha anciens, généralement moins fermentés que les shu cha contemporain. Nous commencerons par un thé fermenté produit par Lan Ting Chun en 1996 et stocké depuis dans dans le Yunnan, dans une atmosphère sèche et naturelle. Comme nous allons le voir, il s'agit d'une maturation très lente et progressive, durant laquelle le thé se sera posé, recentré, sans être teinté trop profondément par les conditions de maturation.

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Passons à présent à un autre puerh (Pu Er tea) fermenté, une de ces célèbres brique compressée de thé puerh (Pu Er tea) produite en 1997 par les usines d'état Chinoise (CNNP). De recette 7581 ce thé, comme le thé précédent, se base grandement sur des feuilles de grade élevés (grandes feuilles) et le bon potentiel de ces dernières à la fermentation. Contrairement au thé de Lan Ting Cha Chang, qui n'a jamais quitté le Yunnan, cette brique fut envoyée en 1997 à Hong Kong, où elle aura passé une quinzaine d'années au sein d'un stockage traditionnel (humide) de qualité.

Comme nous allons le voir, cette forme de stockage, initialement développée dans le but de faire fermenter le puerh (Pu Er tea) brut, possède aussi une grande influence sur la maturation du puerh (Pu Er tea) fermenté, et en sculpte profondément le caractère. Habitués à la touche particulière que produit le stockage Hong Kongais, que la fermentation Chinoise ne sait imiter, bon nombre de Hong Kongais estiment ainsi que le puerh (Pu Er tea) fermenté en Chine (shu cha) devrait toujours préalablement passer par un stock humide Hong Kongais avant d'être bu.

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Lan Ting Cha Chang 96 stockage sec vs. 7581 97 stockage Hong Kongais

Voici deux puerh (Pu Er tea) fermentés des années 1996-1997, respectivement stockés dans une atmosphère sèche dans le Yunnan et dans un stockage traditionnel humide à Hong Kong. Au toucher des feuilles déjà la différence se fait sentir, les feuilles de stockage humide apparaissent comme plus légères, comme ayant perdu de leur substance, et semblent plus friables.

Le parfum qui s'échappe des feuilles humides est lui aussi bien distincts. Le puerh (Pu Er tea) de stockage Hong Kongais propose un parfum d'une puissance sans égal, avec une incroyable propension à se développer dans la fosse nasale, c'est vaporeux, poudreux et très boisé. On est immédiatement transporté dans l'univers des thés de stockages Hong-kongais, exubérant, moelleux, poudreux, vaporeux.

Les arômes et les parfums liés à la maturation post-fermentation du thé de stockage Hong Kongais sont évidents et sautent aux papilles, en particulier la dimension boisée qui semble avoir été gonflée par le stockage.

Cette dimension vaporeuse donne au thé de stockage humide une plus grande propension à pénétrer en profondeur les sens, c'est un thé de sensation, là ou le Lan Ting Chun stocké sec est plus un thé d’arômes. Face au thé de stockage Hong Kongais la galette Lan Ting Cha Chang de stockage sec apparaît nettement moins exubérante, mais aussi plus sobre, centrée, plus pure et fruitée.

Conclusion

Il est toujours délicat de faire des généralités quand à l'influence des conditions de stockage sur le thé puerh (Pu Er tea) tant il s'agit d'une notion vaste et complexe. Il existe presque autant de conditions de stockage qu'il y'a de puerh, de plus de nombreux puerh (Pu Er tea) âgés ont eux des parcours complexes et sont passé au cours de leur vie par différentes conditions avant de finir dans la théière, et on ne peut pas toujours présager de l’arôme et du caractère développé par un thé en n'en connaissant que l'origine, surtout partielle.

Si ce n'est donc pas à prendre comme des généralités toujours vérifiées, je vais tout de même essayer de tirer ici quelques grandes lignes quand à l'influence des conditions de maturation sur le thé puerh, en m'appuyant sur les quelques exemples que nous venons de boire.

Le stockage naturel du puerh (Pu Er tea) est plus lent que les stockages traditionnels Hong Kongais ou d'autres formes de stockage humide. Un thé de 15 ans d'age stocké de manière naturelle sera donc moins fermenté qu'un thé du même age issu d'un stockage traditionnel Hong Kongais, ou bien entendu qu'un puerh (Pu Er tea) fermenté à sa production (Shu Cha). Ses feuilles seront moins sombres, sa liqueur plus claire et ses arômes moins marqués par la maturation.

Le caractère de tels thés sont généralement plus fins et complexes que des thés dont la fermentation a été poussée. Leurs arômes sont plus frais et lumineux, jouent souvent dans une gamme pouvant évoquer le camphre, l'eucalyptus, voir des touches de pistache. Stocké dans des conditions naturelles, ces thés sont particulièrement sensible au climat ambiant, et donc au lieux où ils ont étés stockés.

Des climats plus secs ralentissent ainsi la fermentation, et aboutissent à des thés particulièrement purs, transformés en profondeur par la maturation sans être teinté par celle ci. On obtient alors en une quinzaine d'année des thés, comme la Fengqing Cha Chang 1996 que nous avons goûtés précédemment, qui conservent encore certains traits spécifiques des jeunes puerh. Si les arômes et le caractère ont bien changés, on y retrouve dans la manière dont ces thés s'expriment certains attributs de jeunes puerh (Pu Er tea) brut, comme la présence d'une certaine amertume qui soutient la dégustation, où encore une manière plus dynamique de se révéler, laissant place aux échos de sensations entre les tasses. Plus concentrés sur eux mêmes ces thés peuvent par contre parfois apparaître un peu timides, face à l'ampleur et à l'exubérance de stockages plus humides.

Stockés de manière naturelle dans des atmosphères plus humides tel que Hong Kong ou Taiwan, tel l'excellente Shui Lan Yin de 1997 que nous venons de boire, le thé présente une fermentation légèrement plus marquée, mais aussi des profils aromatiques spécifiques : La dimension fraîche de camphre ou d'eucalyptus se retrouve souvent gonflée pour prendre une place plus importante, voir parfois dominante, dans le caractère du thé. Non seulement plus présent, cet univers frais gagne aussi souvent en richesse, en complexité, devient tout un univers gustatif à explorer et produit un véritable charme sur le buveur. La dimension vaporeuse du thés est alors particulièrement appuyée, avec des sensations satinée ou poudreuses dans le nez qui prennent leurs aises et occupent toute la fosse nasale. Ce type de stockage favorise aussi la sensation de cha qi, de profondes sensations d'interaction entre le thé et le buveur qui dépassent le gustatif. La dimension gustative, si elle semble prendre plus d’ampleur à coté d'un stockage plus sec, est par contre souvent plus directe, figée, moins dynamique et changeante que celle d'un thé de même age stocké dans une atmosphère plus sèche.

Les puerh (Pu Er tea) issus de stockage traditionnel Hong Kongais sont presque un univers à part. La maturation n'étant plus le seul fruit des conditions naturelles, le résultat dépendra en tout premier lieux de la qualité du stockage et du soin qui y aura été apporté. Initialement utilisé à Hong Kong pour faire simplement fermenter plus rapidement le thé puerh, sans chercher pour autant une grande qualité gustative, certains ont depuis développés un véritable art de la fermentation contrôlée du thé puerh, et c'est dans cette catégorie de stockage Hong Kongais fins que ce trouve aujourd’hui tout l’intérêt de cette approche de la maturation.

Les puerh (Pu Er tea) fermentés issus de stockage Hong Kongais de qualité ont généralement au moins 15 ans d'age, temps nécessaire phases humides et sèches comprises pour obtenir une fermentation Hong Kongaise de qualité. La maturation au sein d'un stockage traditionnel Hong Kongais étant nettement plus rapide que ce que l'on obtiendrait dans une atmosphère naturelle et ventilée, un thé de 15 ans d'age sorti d'un tel stock présente une fermentation plus marquée qu'un puerh (Pu Er tea) stocké le même temps en atmosphère naturelle, ce qui est visible autant à travers la couleur des feuilles ou celle de la liqueur. En n'observant que le niveau de fermentation, on se situera généralement proche d'un puerh (Pu Er tea) de 30 ans d'age de stockage naturel, ou d'un puerh (Pu Er tea) shu (fermenté en Chine) de fermentation légère.

Au goût on s'éloigne plus du caractère originel du thé pour s'approcher de l'univers de puerh (Pu Er tea) bruns, fermentés, avec des arômes beaucoup plus denses et épais que ce que permet un stockage naturel de 15 ans. Si l'on trouve parfois, comme dans le Menghai 1997 que nous venons de goûter, de fines traces de fraîcheur camphrées, elles ne sont plus prédominantes mais intégrées dans un ensemble plus rond, doux et chaleureux. Si on garde la sensations satinée et poudreuse, qui devient parfois presque exubérante, elle n'est en général plus chargée de fraîcheur mais des arômes spécifiques développés par la fermentation tel que le bois, produisant le moelleux typique de cette famille de thé. De même l'amertume est généralement très réduit, voir totalement absente, et laisse place à de profondes touches boisées plus ou moins marquées.

Lorsque le stockage est de qualité, cela favorise aussi parfois le développement de cha qi plus profond et intense et un bon potentiel à jouer sur les émotions du buveur. En ressort quelque chose qui s’inscrit parfaitement dans le goût Hong Kongais, des thés ronds, doux, chaleureux et apaisants pour le corps et l'esprit. Si ces thés offrent généralement une finesse bien supérieure aux shu cha, leur richesse gustative et leur dynamisme reste cependant souvent en retrait face à de bon stockages secs.

Largement dépendant de la main de l'homme, la qualité mais aussi le caractère de tels thés est aussi généralement le reflet direct de la qualité du stockage et du soin qui y a été apporté. Une mauvaise gestion des conditions de stockage, mais aussi une revivification trop courte ou bâclée aboutiront à des thés ne présentant que peu d’intérêts. Mais même au sein d'un stockage de qualité, chaque choix de la part du responsable du stock aura son importance, et comme nous l'avons vu une légère variation du degré d'humidité sur quelques années aboutira à des thés sensiblement différents. Le stockage Hong Kongais, bien qu'il ait un caractère gustatif bien reconnaissable, n'est donc pas pour autant un goût donné, mais plus une catégorie de maturation dans laquelle on trouvera des choses de caractère et de qualité différents selon la maison d'où le thé est sorti et les conditions dans lesquelles le thé a été stocké.

Les shu cha, fermentés en Chine par la méthode dite Wo Dui, constitue une famille de puerh (Pu Er tea) à part entière. Avant d'être pressé et éventuellement stockés ces thés ont subis une fermentation rapide et poussée, généralement de l'ordre de 1 à 2 mois, qui équivaut à un niveau de fermentation pour lequel plusieurs dizaines d'années de stockage naturel seraient nécessaires. Les thés qui en ressortent présentent donc généralement un niveau de fermentation plus élevé que des thés de même age issus de stockages naturel ou traditionnel Hong Kongais, mais aussi un profil aromatique différent.

Bien qu'il puissent être consommés immédiatement, ces thés continuent à évoluer avec le temps, et sont donc, comme le sont les puerh (Pu Er tea) brut, sensible aux conditions dans lesquels ils vivront leur maturation. Bien entendu les thés étant déjà pleinement fermentés le rôle de la maturation ne sera plus la fermentation des feuilles en soit, mais plus une forme de maturation post-fermentation, où les arômes produit par la fermentation vont se poser, s'équilibrer, parfois se gonfler dans tel ou telle direction, et finalement s'exprimer autrement... C'est d'autant plus marquant pour les fermentations légères, telles qu'elles étaient pratiquées dans les années 70 à 90, qui laissent une plus grande place à la maturation post-fermentation là ou des fermentations plus poussées tel qu'on les pratique généralement aujourd'hui offrent moins de place au travail du temps.

Stockés de manière sèche tel que la Chi Tse Beeng Cha Lan Ting Chun 1996 ces thés ont tendance à se recentrer sur eux même et à se poser. Ils conservent et magnifient avec pureté l’arôme spécifique de la fermentation chinoise, mettent en exergue la finesse et leur richesse fruitée ou les touches de noix ou de bois sculptées par la fermentation, tout en se séparant des lourdeurs que leur jeunesse et en apportant un nouvel équilibre.

Stocké avec soin de manière plus humide, dans un bon stockage traditionnel Hong Kongais par exemple, ces thés acquièrent une touche typique de goût Hong Kongais, un moelleux caractéristique, plus d'ampleur, une plus grande force de diffusion notamment au nez, et une plus grande impression de profondeur. On y retrouvera l'aspect poudreux et satiné du stockage Hong Kongais, mais aussi souvent un cha qi plus profond, une impression pénétrante et apaisante. A contrario cette forme de stockage dénature plus le caractère du thé, et privilégie peut être parfois la sensation sur le gustatif, produisant des thés plus amples mais avec moins de pureté et de finesse aromatique.


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