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Le puerh du mois

Décembre 2018: Jiangcheng 1998

Le puerh du mois, une autre manière de découvrir la diversité des thés puerh!



En collaboration avec La cave à puerh et Terre des Thés, nous sommes heureux de vous proposer le puerh du mois, un focus bref et mensuel sur un puerh qui nous a particulièrement marqué.

Jeune puerh brut, puerh fermenté, vieux arbres, arbres sauvages, stockage Hong-Kongais, vieux puerh, etc, grâce à l'abonnement proposé sur le site de Terre des Thés, vous pourrez chaque mois et pour seulement 24€ (ports compris), recevoir chez vous le puerh du mois, en quantité variable selon la valeur et la rareté des thés (une petite galette, 50g à 200g de vracs, ou parfois un ou plusieurs échantillon de 10g), et découvrir ainsi progressivement les multiples facette de l'univers du thé puerh!

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Décembre 2018: Jiangcheng 1998(diaporama)



Dans la continuité des 3 thés classiques des années 2000 que nous venons d’explorer ensemble (puerh des mois de septembre à novembre), et avant de revenir à des choses plus douces, nous vous proposons ce mois-ci un 20 ans d’âge classique : une brique de la région de Jiangcheng, produite en 1998 et vieillie de manière naturelle.

Comme nous allons le voir, ce thé est intéressant à de nombreux égards. Il permet tout d’abord de se rendre compte du caractère des puerh tels qu’ils étaient produits il y a 20 ans. Dans la lignée des derniers thés classiques des années 2000, il s’agissait de thés de bouche, à la charpente généreuse, tannique et puissante, et aux arômes sobres. Stocké de manière naturelle, ce qui est rare pour un puerh des années 1990, il permet aussi de voir comment ce style de puerh classique évolue avec les années. On remarquera en particulier à quel point ces thés de garde ne fondent pas dans la douceur et le fruité (tendance des thés produits aujourd’hui), mais au contraire conservent leur force et leur structure et développent un univers boisé et résineux.

Ce thé est aussi intéressant pour l’histoire du terroir dont il provient. Jiangcheng (qui tire son nom de la présence de nombreuses rivières) est une région qui n’est pas aujourd’hui sous le feu des projecteurs comme peuvent l’être Menghai (Banzhang), Shuangjiang (Bing Dao) ou Mengla (Yi Wu), mais qui possède malgré tout un long parcours dans la production du thé puerh.

Majoritairement peuplé de Yi et de Hani (deux peuples parmi les premiers à avoir établi des jardins anciens dans le Yunnan), on trouve à Jiangcheng des théiers sauvages de plus de 1000 ans, mais aussi 400 hectares de vieux jardins, de plus de 100 ans, dans lesquels se reflètent le passé de cette région du thé.

Jiangcheng se trouve au croisement de deux massifs montagneux riches en théiers anciens et en histoire : Wuliang Shan au nord (qui traverse de nord en sud toute la région de Pu’Er), et Yi Wu au sud. Jiangcheng est ainsi directement située au nord des monts Yi Wu, où furent pressées dès le 18e siècle les premières grandes galettes de thé puerh. La région se trouve aussi immédiatement à l’est de la préfecture de Pu’Er (qui donnera au puerh son nom) par laquelle transitait dans le passé tout le thé des environs, pour y être vendu et taxé.

À la fin du 19e et au début du 20e siècle, alors que les thés de Yi Wu sont particulièrement connus et que les galettes de ces montagnes sont appréciées jusqu’à Hong-Kong, de nombreux puerh de Jiangcheng sont vendus comme thés de Yi Wu (les deux régions juxtaposées étaient reconnues pour partager un caractère gustatif commun). Pour certains, la vieille expression « Yi Wu Zhen Shan » (littéralement « authentique thé de Yi Wu » que l’on retrouve encore couramment sur les emballages), serait précisément apparue à cette époque pour différencier les thés strictement produits à Yi Wu, de ceux produits à Jiangcheng ou de Phongsaly (région de thé du Laos).

Géographiquement, Jiangcheng borde aussi les frontières laotienne et vietnamienne. Coté laotien, les théiers de Jiangcheng côtoient les anciens jardins de Phongsaly, dont les arbres plantés il y a plusieurs siècles s’apparentent à ceux de Yi Wu, et dont les thés partagent eux aussi un caractère commun.

Jiangcheng enfin borde le Vietnam, et permettait le transport du puerh et des thés de Yi Wu vers ce pays, où ils jouissaient d’une certaine notoriété. Parmi ces puerh, les briques de Jiangcheng seront ainsi couramment exportées au Vietnam jusqu’à ce que les Français y développent la production de thés dans les années 1930.

La brique que nous vous proposons de goûter, produite à l’ouverture du marché du puerh, constitue ainsi une des dernières productions « classiques » de Jiangcheng. Son apparence, et notamment la présence de feuilles particulièrement larges et travaillées lâches, nous rappelle les thés antiques produits dans la région plusieurs siècles auparavant. Son caractère, sobre, charpenté, et sculpté par 20 ans de maturation naturelle nous plonge dans l’ère des Yin Ji Cha, et des Chi Tse Beeng produits depuis la moitié du 20e siècle. Derrière cela, on y reconnaît la marque des vieux Yi Wu : des thés de garde qui, loin de la douceur fleurie qu’on évoque généralement aujourd’hui lorsqu’on parle de Yi Wu, ont fait dans le temps la notoriété de cette région.

Dégustation



Ce thé de garde à l’ancienne, naturellement charpenté et renforcé par 20 ans de maturation naturelle, demande un peu plus de soin dans l’infusion, que ce qui est produit aujourd’hui. Une quantité trop importante de feuilles, ou des infusions trop longues, en particulier associé à une eau bouillante, peuvent notamment produire des infusions violentes.

Nous vous conseillons d’infuser ces feuilles à l’aide d’un petit gaiwan. Mettez-y légèrement moins de feuilles que vous en avez l’habitude (3g pour un gaiwan de 50cl par exemple). Nous vous conseillons d’employer une eau frémissante (environ 90 degrés). Versez l’eau sur les feuilles d’un geste rapide, laissez infuser une seule seconde uniquement et videz brièvement le gaiwan de la liqueur ainsi infusée. Répétez ensuite l’infusion autant de fois que vous le désirerez avec les mêmes paramètres. Vous apprécierez ainsi la richesse de ce thé et l’évolution progressive de son caractère.

Vous noterez notamment la manière dont ce thé prend position et s’installe progressivement dans la bouche et la gorge, et comment il joue des entre-tasses. S’y développent, avec une persistance remarquable, toute une richesse boisée, avec des notes de bois sec, de résineux, une belle finale minérale et la fraîcheur camphrée qui fait le charme des puerh de cet âge.

Maturation

Ce thé est un thé de garde, adapté à une maturation longue sur plusieurs décennies. Ainsi travaillé très progressivement par 20 ans de maturation naturelle, il conserve sa force et son potentiel de garde. Vous pouvez donc le savourer à ce niveau de son évolution, notamment pour sa charpente, la richesse de son boisé et sa fraîcheur camphrée. Mais vous pouvez aussi le laisser vieillir, et le savourer après dix, vingt ou trente ans de fermentation naturelle !