Le puerh du mois

Novembre 2016: Da Yi Violette 7542 - 2003

Le puerh du mois, une autre manière de découvrir la diversité des thés puerh!



En collaboration avec La cave à puerh et Terre des Thés, nous sommes heureux de vous proposer le puerh du mois, un focus bref et mensuel sur un puerh qui nous a particulièrement marqué.

Jeune puerh brut, puerh fermenté, vieux arbres, arbres sauvages, stockage Hong-Kongais, vieux puerh, etc, grâce à l'abonnement proposé sur le site de Terre des Thés, vous pourrez chaque mois et pour seulement 24€ (ports compris), recevoir chez vous le puerh du mois, en quantité variable selon la valeur et la rareté des thés (une petite galette, 50g à 200g de vracs, ou parfois un ou plusieurs échantillon de 10g), et découvrir ainsi progressivement les multiples facette de l'univers du thé puerh!

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Novembre 2016: Da Yi Violette 7542 - 2003 (diaporama)

Fondée en 1940 à Menghai, Fohai Cha Chang (Fohai Tea Factory) est une des premières usines de thé du Yunnan. Nationalisée avec l'arrivée des communistes, elle deviendra Menghai Cha Chang (Menghai Tea Factory) et sera pendant 50 ans le producteur le plus important du monde du puerh.

C'est de cette grande usine d'état que sortirent les Red Mark et autres chefs d’œuvre des années 50 (Blue Mark, Green Mark, Yellow mark) ou encore, 20 ans plus tard, les premiers puerh fermentés (en parallèle avec Kunming Tea Factory et Xiaguan).

C'est aussi au sein de ces anciennes usines d'état, Menghai Tea Factory en tête, que se dessinera à partir des années 70 l'ère des Chi Tse Beeng Cha. Une nouvelle approche du puerh va bouleverser à jamais le visage de ce thé grâce notamment aux techniques d'assemblage et la conception de « goûts » qui puissent perdurer et être reproduits d'une année sur l'autre.

Dans ces fabriques, des maîtres assembleurs (tel l'emblématique Zou Bing Liang qui passa près de 40 ans au sein de Menghai Tea Factory) marient des feuilles de tailles, de saisons, ou de jardins différents. Ils mettent ainsi au point des recettes qui seront ensuite reproduites puis ré-adaptées chaque année pour conserver le même caractère en fonction des aléas climatiques.

Une multitude de recettes furent ainsi développées durant une vingtaine d'années. Le type de recette n'était pas détaillé sur les galettes, encore moins les années de production des thés. Jusque dans les années 90, toutes les Chi Tse Beeng Cha étaient recouvertes du même emballage standard. On retrouve cependant les recettes de fabrication sous forme de références sur les grands tickets de production qui accompagnent les Jian (panier généralement de 6 ou 12 tongs, soit 42 ou 84 galettes).

Ces recettes ne portent pas de nom mais une simple référence à 4 chiffres : les deux premiers correspondent à l'année de création de la recette, le troisième chiffre désigne le grade des feuilles et le quatrième indique l'usine d’où est sorti le thé (le chiffre 2 pour la Menghai Tea Factory). Parmi les nombreuses recettes à être sorties de Menghai Tea Factory (7432, 7452, 7532, 7572, 8582, 8863, etc), un thé en particulier deviendra emblématique du thé puerh: la célèbre recette 7542.

Crée pour la première fois en 1975, il s'agit d'un assemblage de puerh brut (vert), avec une majorité de feuilles assez fines (grade 4). Avec le temps, et souvent grâce un affinage spécifique, ces thés développent une maturation appréciable, qui propulsa cette recette sur le devant de la scène, et firent des 7542 anciennes des références incontournables et très recherchées des amateurs.

Le succès de la 7542 est tel que tout le monde se met à en produire, des différentes usines d'état officielles, en passant par de nombreux ateliers « privés » en Chine, mais aussi aux alentours (notamment en Thaïlande comme nous l'avons vu le mois dernier, d'où chaque année des dizaines de tonnes de thés estampillés 7542 partaient vers Hong-Kong). Parmi cette multitude de 7542 qui inondent le marché, celles véritablement sorties de Menghai Tea Factory sont généralement considérées, à juste titre, comme de qualité supérieure.

On trouve cependant, et même parmi les rares authentiques 7542 de Menghai Tea Factory, des thés de caractère et de qualité très différents. Ceci est tout d'abord dû au manque de stabilité des productions d'état, avec de grands écarts de qualité d'une série à l'autre. Mais ces différences sont aussi et surtout liées à la maturation du thé, la qualité et la forme du stockage (naturel) ou de l'affinage (contrôlé) du thé, qui, après 10 ans, ont une influence décisive.

Ainsi, deux thés sortis le même jour de Menghai Tea Factory, pourront 20 ans après devenir très différents, selon le type de stockage ou d'affinage de telle ou telle maison de thé. C'est pourquoi de grandes galettes réputées des années 80 et 90 ne sont finalement que de simples lots de 7542, reconnues après coup pour la qualité des feuilles employés (La « Shui Lan Yin » par exemple) ou la manière dont elles ont étés stockées (la « 88qin bing » par exemple). De la volonté initiale de standardisation des recettes communistes, on glisse ainsi vers la recherche d'un caractère individuel et de lots particuliers.

Au milieu des années 90, le marché du thé s'ouvre en Chine, marquant la fin du monopole des usines d'état et l'arrivée d'une multitude de producteurs privés. En réponse, Menghai Tea Factory s'affranchit du réseau de distribution d'état (CNNP) pour devenir Menghai Tea Industry Limited Company et lance la marque Da Yi. C'est le début des galettes monochromes estampillées Da Yi, les célèbres Da Yi Rouges, Da Yi Violettes et Da Yi Roses, sorties à la fin des années 90.

Au début des années 2000, face à l'explosion du marché du puerh et à une demande pour des thés qui sortent du lot, Menghai Tea Factory accepte des commandes privées de grandes maisons de thé Hong-Kongaises ou Taïwanaises à la recherche de thé « uniques » (attention nous parlons bien de thés officiellement sortis de Menghai Tea Factory et non des contrefaçons produites par de petits ateliers et parfois appelés « commande privée » ou « private order » sur le marché).

L'année 2003 fut probablement l’apogée des commandes privées de Menghai Tea Factory, avec notamment la production pour différentes maisons de thé de plusieurs variations autour des recettes classiques de Menghai Tea Factory, dont les emballages reprennent avec des petites nuances l'emballage classique de Da Yi, comme les célèbres Da Yi Violettes, Da Yi doré, Da Yi argenté, Da Yi Bleu, etc.

C'est le cas de la présente Da Yi Violette 7542, spécialement produite en 2003 par Menghai Tea Factory pour deux vendeurs Taïwanais, et qui se veut une 7542 « supérieure » par la qualité des feuilles qui la composent et de leur potentiel de maturation.

Après 13 ans de stockage naturel à Taïwan, en ressort effectivement un excellent thé, une 7542 classique mais qui sait se démarquer du lot avec une personnalité qui lui est propre. On retrouve bien les feuilles et le caractère d'un assemblage 7542, mais avec quelque chose d'unique: une maturation qui, bien qu'elle ait pris place de manière naturelle, s'avère particulièrement rapide!

On y trouve un boisé produit par une post-fermentation, qui nous renvoie à des thés plus anciens, avec pourtant la pureté et le soyeux d'un thé stocké de manière naturelle.

Dégustation

Ce puerh se dégustera aussi bien en théière ou en gaiwan, avec une certaine différence de rendu selon le matériel choisi.

C'est un thé qui s'exprime très bien avec des durées d'infusions variées, de moins de 5 secondes à plus de 60 secondes ! Commencez avec des infusions assez courtes, autour de cinq secondes, puis adaptez les durées d'infusion, en rallongeant ou en écourtant légèrement le temps, selon votre ressenti.

C'est un thé travaillé par une post-fermentation naturelle particulièrement poussée, avec donc des tannins complètement fondus qui peuvent faire penser à ceux de thés bien plus vieux, où à des shu cha anciens à la fermentation très légère. On y trouvera donc pratiquement aucune amertume, et un caractère particulièrement rond et chaud.

Aromatiquement, c'est riche, complexe et superbement travaillé par le temps. On appréciera la dimension boisée, la complexité du nez et la très belle longueur en bouche.

Maturation

Ce thé est remarquable par sa maturation : riche et profonde, peu courante pour un thé de cet âge stocké de manière naturelle. On y retrouvera donc des attributs de thés nettement plus anciens, des tanins fondus et une dimension aromatique portée sur le bois, mais sans pour autant développer le caractère gustatif d'un vieux thé.

C'est un thé à la maturation particulièrement rapide qui, bien qu'il n'ait que 13 ans, s'approche ou a déjà atteint son apogée et présente aujourd'hui une richesse et un équilibre remarquable. C'est donc un thé à boire maintenant ou dans les 10 ans à venir, mais qui ne gagnera probablement pas à être stocké 40 ans comme les 7542 des années 80.

Comme tous les puerh, il est préférable pour favoriser la maturation du thé, de le conserver dans un récipient légèrement aéré (poche en papier ou en carton, boite entre-ouverte ou régulièrement aérée, etc).

Bonnes dégustations et rendez-vous le mois prochain!