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J'ai le plaisir aujourd'hui de vous présenter un nouveau portrait qui tout en nous faisant voyager en Chine et au Japon nous emmènera pour une fois loin du continent asiatique, en France et plus précisément à Strasbourg. C'est en effet là que vis et travaille Nicolas Dupuis, alias Nikosan, illustrateur et graphiste atypique, profondément plongé dans l'univers du thé.

Nikosan dans son atelier (1)Dégustation de thé avec Nikosan (1)Dans l'atelier de Nikosan (1)Fresque village culturel par Nikosan (1)
  • 1.Nikosan dans son atelier (1)
  • 2.Dégustation de thé avec Nikosan (1)
  • 3.Dans l'atelier de Nikosan (1)
  • 4.Fresque village culturel par Nikosan (1)

Après des études en arts appliqué à Strasbourg, Nikosan se lance dans le graphisme et la publicité. Passionné depuis toujours par le dessin, mais aussi par les cultures asiatiques, il développera progressivement en parallèle une pratique plus personnelle d'illustration et surtout, à travers la gravure, un rapport plus sensible au médium et à la matière. L'univers de Nikosan est singulier, s'y mêlent différentes tendances entre Asie et Occident, où se côtoient imagerie classique, historique, tendances rétro ou encore pop culture.

Tori Fuda par Nikosan (1)Green Tea from Japan linocut par Nikosan (1)Tokyo street par Nikosan (1)Shibari 2 gravure sur bois par Nikosan (1)Illustration for CUT magazine par Nikosan (1)Octopus engraving on wood par Nikosan (1)
  • 1.Tori Fuda par Nikosan (1)
  • 2.Green Tea from Japan linocut par Nikosan (1)
  • 3.Tokyo street par Nikosan (1)
  • 4.Shibari 2 gravure sur bois par Nikosan (1)
  • 5.Illustration for CUT magazine par Nikosan (1)
  • 6.Octopus engraving on wood par Nikosan (1)

Les dynasties chinoises se mêlent ainsi avec la pop japonaise et les images publicoloniales, les lampions du nouvel an chinois et japonais éclairent tant des rues de buildings saturés de néons de Tokyo que des scènes d'intimité érotique, des pieds poussent aux théières, des tentacules aux sages, le tout sur un soupçon de zen, beaucoup de sobriété, un soupçon d'humour et toujours un grand équilibre.

Nikosan nous emmène ainsi en Chine, au Japon, en Corée, mais surtout entre ces univers dans des interstices liés par le thé et où les différentes cultures se mêlent et de réécrivent. Car de la culture asiatique au thé il n'y a qu'un pas que Nikosan franchit avec habilité pour plonger avec passion dans cet univers. Le thé devient ainsi alternativement sujet et moteur de la création, agit comme une sorte de liant entre les culture, s'infiltre entre les tendances et qu'il soit le sujet central, un clin d'oeil discret, ou qu'il agisse dans les soubassements, est toujours présent.

Maison de the japonaise par Nikosan (1)Geisha par Nikosan (1)Bol raku par Nikosan (1)Voeux 2009 par Nikosan (1)Gong fu cha par Nikosan (1)
  • 1.Maison de the japonaise par Nikosan (1)
  • 2.Geisha par Nikosan (1)
  • 3.Bol raku par Nikosan (1)
  • 4.Voeux 2009 par Nikosan (1)
  • 5.Gong fu cha par Nikosan (1)

Nikosan n'a par ailleurs pas abandonné le graphisme et le design, mais a progressivement crée des ponts entre sa passion pour le thé et son travail de graphiste, devenant un des rares graphistes occidentaux spécialisés dans le thé. Outre l'identité de son propre espace de thé il a ainsi travaillé sur le graphisme, l'image ou le design pour différentes maisons de thé en France, comme la maison de thé Le thé des muses mais aussi à l'étranger comme la Camelia Sinensis ou Maison de Thé Cha Yi au Canada.

Packaging pour Thé des Muses par Nikosan (1)Packaging par Nikosan (1)Boites de thé Camélia Sinensis par Nikosan (1)Carnet de dégustation de thé par Nikosan (1)
  • 1.Packaging pour Thé des Muses par Nikosan (1)
  • 2.Packaging par Nikosan (1)
  • 3.Boites de thé Camélia Sinensis par Nikosan (1)
  • 4.Carnet de dégustation de thé par Nikosan (1)

De plus, depuis l'installation de Nikosan au "passage", superbe lieux Strasbourgeois datant de 1640, il a aménagé à côté de son atelier et d'un espace d'exposition, un espace public dédié au thé, ou l'on peut s'installer, se relaxer dans une atmosphère chaleureuse et sereine et y déguster une sélection de thés de qualité. Nikosan y organise aussi régulièrement des atelier et des dégustations thématiques.

Un entretien avec Nikosan

Peux tu nous parler de ton parcours? D'où viennent ces deux passions, pour l'illustration d'une part et d'autre part pour le thé?

Mon parcours est atypique... J'ai toujours été passionné par le dessin. J'ai commencé par faire les Arts Appliqués, puis je me suis orienté vers l'infographie pour travailler en agence de publicité. Une pratique plus personnelle et orientée vers l'illustration s'est développée peu à peu après cette première expérience. La suite de mon parcours artistique s'est construite de façon autodidacte. Je vais vers ce qui m'appelle! Aujourd'hui, je garde en moi cette expérience dans le monde de l'illustration naïve, associé à ma culture graphique. Deux univers que je n'hésite pas à combiner dans mes créations. J'ai été très tôt passionné par les cultures extrême-orientales grâce à mon père, fasciné par le Japon et sa culture, en particulier les jardins japonais... Il ne me fallait qu'un pas pour tomber dans l'univers du thé! Depuis, je ne me lasse pas d'explorer ces cultures, en particulier la Chine et le Japon, la Corée... Le thé n'est jamais très loin dans ces cultures, et j'y découvre continuellement de nouvelles sources d'inspiration. En parallèle de mon parcours, j'ai eu l'occasion de travailler dans une boutique de thé et d'y assouvir ma passion, ce qui m'a permis d'en apprendre encore davantage sur ce breuvage! Depuis, je travaille régulièrement dans cet univers du thé.

Nikosan dans son atelier (1)Sakura par Nikosan (1)Carnet Nikosan (1)Dégustation de thé par Nikosan (1)
  • 1.Nikosan dans son atelier (1)
  • 2.Sakura par Nikosan (1)
  • 3.Carnet Nikosan (1)
  • 4.Dégustation de thé par Nikosan (1)
En quoi ces deux passions communiquent et s'enrichissent mutuellement?

J'oriente depuis quelques années maintenant mes recherches et mes créations principalement sur ces cultures extrême-orientales et la culture du thé. La communion se fait de façon naturelle, sans pour autant me fixer des règles de fonctionnement. Cela ne m'empêche pas de travailler sur d'autres choses, mais j'avoue ne pas me lasser de ces cultures, ni du thé.

Sur ton site tu te présentes comme "Nikosan, un illustrateur sur la Voie du Thé…" qu'est ce que ça représente pour toi?

Le Thé m'accompagne depuis de nombreuses années, et j'apprends continuellement de nouvelles choses à ce sujet. C'est un domaine vaste, où rien n'est vraiment acquis. Par exemple, le même thé, d'une année à l'autre aura un goût différent. On change les accessoires pour le déguster, et là aussi le goût va changer... Dans l'illustration c'est pareil, je teste différentes techniques et n'hésite pas à remettre régulièrement en question mes méthodes de travail. C'est un enrichissement permanent. Le Thé me permet aussi de me recentrer, de me prendre quelques instants à ne faire que ça et rien d'autre. En bref, boire un thé est pour moi un moment simple, au calme, reposant et ressourçant. C'est ma Voie du Thé...

Et si on voyait les choses de l'autre coté? Te vois-tu comme un buveur de thé sur la voie de l'illustration?

Question intéressante, je n'y ai jamais songé! Je pense que oui, ça doit fonctionner à peu près de la même manière, ces deux univers étant pour moi interdépendants.

Tu vis et travaille à Strasbourg. Quand on pense Strasbourg, on pense plutôt bière, vin blanc, gastronomie, y-a t'il une place pour le thé à Strasbourg?

Il faut croire que oui! Le Thé, d'une manière générale, s'est fortement développé en France ces dernières années. Je ne sais pour quelles raisons, il est fortement présent en Alsace, en particulier à Strasbourg. Finalement, il a su trouver sa place parmi nos spécialités locales! Peut-être notre intérêt pour la gastronomie?

Et alors où boire un bon thé ou acheter du bon thé quand on est de passage dans la capitale de l'Alsace?

Il existe quelques boutiques, toutes très intéressantes pour diverses raisons. Il y a Le Palais des Thés que tout le monde ou presque connaît, et qui propose une grande variété de thés. Il me semble que leurs Darjeeling sont de très bonne qualité. Il y a Le Thé des Muses, petite boutique qui propose aussi un grand choix de thés et où l'on peut déguster tous les thés disponibles à la vente. Il y a également Le Langage du Thé, boutique spécialisée en thés originaire de Chine et de Taïwan. Il y en a d'autres plus petites, mais je ne les connais pas très bien ; j'ai pris pour habitude de commander mes thés directement dans les pays producteurs.

Hormis nous deux, il y'a parmi le petit milieu des passionnés qui écrivent ou travaillent sur le thé un nombre étonnant d'originaires de Strasbourg, je pense bien sur à Stéphane Erler qui depuis Taiwan publie un blog sur le thé, Philippe qui jusqu'à peu tenait un passionnant blog sur le puerh (Pu Er tea) que de nombreux internautes francophones connaissent, ou encore Jean Alberti qui de la cuisine d'un grand restaurant strasbourgeois est passé au commerce du thé. Qu'en penses tu, c'est incroyable non?

Oui, il y a une concentration plutôt étonnante!!! Je connais bien Philippe, un peu Stéphane aussi, et il me semble que le point commun qui nous réunit semble être le "goût des bonnes choses".

C'est quoi le thé pour toi au quotidien?

Je n'ai pas de règle. Je commence souvent mes journées par un thé, sur mes tatamis. Ces derniers temps, je bois surtout du puerh, préparé selon la méthode du gong fu cha. Je m'octroie du temps les matins pour ça, quitte à me lever plus tôt.

Quels sont tes thés préférés?

Dur de choisir... Cela dépend des moments. J'ai un faible pour les puerh, qu'ils soient crus ou cuits, ainsi que pour les oolongs faiblement oxydés et aux arômes fleuris. J'apprécie aussi un sencha, à condition qu'il soit bien préparé!

Carte de visite de la maison de thé Cha Yi (1)Livret pour la maison de thé Thé des Muses (1)Livret pour la maison de thé Thé des Muses (1)Petite boite à matcha (1)
  • 1.Carte de visite de la maison de thé Cha Yi (1)
  • 2.Livret pour la maison de thé Thé des Muses (1)
  • 4.Petite boite à matcha (1)
Tu as dessiné l'identité graphique de plusieurs maisons de thé, peux-tu nous parler de ces boutiques, et de leur esthétique et de comment s'est passé la collaboration entre d'une part le graphiste et d'autre part l'établissement de thé?

La collaboration s'est merveilleusement bien passée à chaque fois, bien que j'ai travaillé pour certaines Maisons de Thé via internet, ces dernières étant situées à l'étranger. Je privilégie le contact humain, et je dois avouer que c'était un réel plaisir de travailler avec toutes ces personnes. Je pense en particulier à la Maison de Thé Cha Yi qui vient d'ouvrir au Canada, tenue par deux passionnés. Des gens adorables, qui ont bien compris la Voie du Thé!

Godzilla 1954 par Nikosan (1)Taikonaute par Nikosan (1)Kyokushinkai gravure sur bois par Nikosan (1)Bruce Lee par Nikosan (1)Tokyo street par Nikosan (1)
  • 1.Godzilla 1954 par Nikosan (1)
  • 2.Taikonaute par Nikosan (1)
  • 3.Kyokushinkai gravure sur bois par Nikosan (1)
  • 4.Bruce Lee par Nikosan (1)
  • 5.Tokyo street par Nikosan (1)
Tes illustrations ont quelque chose de très personnel, on y retrouve des influences très diverses, parfois plus japonisantes, parfois plus sinisantes, des scènes de bondage japonaises à la révolution culturelle chinoise, comment te situes-tu dans ces diverses cultures asiatiques? Qu'est ce qui ce qui fait lien, le thé?

Non, cette fois le thé n'y est pour rien. En fait, je n'ai aucune règle, je ne cherche pas spécialement à créer un lien. Je me laisse inspirer par ce qui vient. Je passe beaucoup de temps plongé dans mes ouvrages ou sur internet, à faire des recherches. Je passe parfois plus temps à me documenter qu'à créer une oeuvre! Certaines images ou évènements m'interpellent, alors je m'y arrête et tente d'en extraire quelque chose. Cela se fait naturellement, au feeling.

Est-ce qu'on peut en occident créer avec l'imagerie asiatique sans faire dans la redite, le cliché? Comment?

On peut voir aujourd'hui un graphisme très tendance, façon vintage ou rétro. Je ne suis pas particulièrement fan des tendances, mais cet univers rétro m'a toujours plu, surtout au travers de vieilles photos colorisées de la campagne japonaise ou des affiches de propagande chinoise, bien que ces dernières aient été aussi revisitées. Finalement, je ne me préoccupe pas vraiment s'il y a redite ou cliché dans mes créations. A mon avis, le truc est d'avoir sa vision des choses, une approche personnelle où l'on peut sentir la sensibilité de l'artiste, et il y aura toujours du neuf dans l'art!

Est-ce qu’à tes yeux la distance est propice au mélange de cultures visuelles, ou est-ce que pour un français lier Japon, Chine et Corée dans sa pratique c'est pareil que lier influences polonaises belges et siciliennes?

Tout dépend des attaches que l'on peut avoir avec ces cultures visuelles. La distance que j'ai avec les pays asiatiques se fait non seulement par l'aspect géographique, mais aussi par la différence avec mon éducation et la leur, ma culture et la leur... C'est peut être cette distance qui me permet d'aborder ces cultures à ma manière.

Il y a une des tes illustration qui m'amuse particulièrement et où je vois se rencontrer la Chine et une influence très "british tea"... Peux-tu nous en toucher deux mots?

Pour ces illustrations, je me suis inspiré de vieilles publicités chinoises. La présence des cultures occidentales est représentée par de petits éléments comme un canapé ou encore les habits. J'aime ce mélange, où deux cultures totalement opposées se fondent l'une dans l'autre...

Advertising n 1 par Nikosan (1)Advertising n 2 par Nikosan (1)Bombes par Nikosan (1)Bombes par Nikosan (1)
  • 1.Advertising n 1 par Nikosan (1)
  • 2.Advertising n 2 par Nikosan (1)
  • 3.Bombes par Nikosan (1)
Tu as aussi fait un travail que j'aime beaucoup ou tu peins des personnages asiatiques sur des bombes de peintures, peux tu nous en parler? Clin d'oeil subtil ou y-a t’il de nuit un Mr Niko et docteur Hide?

J'aime beaucoup expérimenter de nouvelles techniques et changer de support. La bombe de peinture était un excellent moyen de diffuser une oeuvre et surtout de tourner autour. Le support était ici imposé et s'inscrivait dans une exposition organisée par l'artiste C215, et regroupant un grand nombre d'artistes issus du "street art".

Tokyo street par Nikosan (1)Tokyo street par Nikosan (1)Tokyo street par Nikosan (1)Tokyo street par Nikosan (1)
  • 1.Tokyo street par Nikosan (1)
Ta série "Tokyo street" sent terriblement le vécu, l’as-tu réalisée à Tokyo, ou après un voyage dans cette ville incroyable? Peux tu nous parler de l'origine de ces illustrations?

Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de me rendre sur place pour réaliser cette série... Je me suis inspiré de photographies, que j'ai ensuite revisitées, épurées, retravaillées...

Il y a quelque chose de très photographique, voire très "infographie", dans cette série, pourtant faite à l'encre de chine, comment jongles-tu entre ces médiums?

J'aime tout autant travailler sur un ordinateur que sur une toile. Ce sont deux médiums différents, que j'essaie de rendre complémentaires. Pour cette série, j'ai dans un premier temps réalisé ces illustrations sur mon ordinateur, à l'aide de ma tablette graphique. Une fois l'illustration réalisée, je me suis amusé à la reproduire en grand à l'encre de chine.

Je ne peux m'empêcher le clin d'oeil, que penses-tu du travail de Ronald Curchod, illustrateur de renom, et (on le sait moins) grand amateur de thé, sans pour autant que ces deux univers ne se croisent de façon évidente dans son travail?

Je connais son travail, et je suis particulièrement fan de ses réalisations à la gouache! Ses compositions restent en général très sobres, d'une belle profondeur et pleines de poésie, à mon sens. Ca me parle beaucoup...

Plutôt ancré dans l'univers de l'illustration et du graphisme tu participais il y a 3 ans à une foire d'art contemporain. Peux tu nous parler de cette expérience?

C'était une expérience assez rapide je dois dire, je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'en profiter! J'ai pu exposer dans le cercle des jeunes créateurs de la foire d'art contemporain internationale « St'art » qui se déroule chaque année à Strasbourg. En compagnie d'autres artistes, j'ai réalisé une peinture « en live » lors d'un grand salon dédié à la gastronomie. Cette toile à ensuite rejoint cette foire d'art contemporain et a été vendu aux enchères, au profit d'une association.

Tu es en ce moment en résidence dans le magnifique espace Strasbourgeois qui est Le Passage. A peine arrivé tu envahis l'espace avec tes presses, somme toute assez normal, mais tu y installes aussi une sorte de salon de thé, ouvert au public, ce qui est moins courant. Peux tu nous parler de cet espace, comment tu le vois, ce que c'est pour toi?

Je ne pouvais pas poser mes presses sans mes théières à côté! Le thé m'accompagnant au quotidien et faisant partie intégrante de mon travail, il me fallait lui trouver une place... Le choix s'est fait naturellement dans l'espace galerie où je présente une partie de mon travail. C'est une modeste maison de thé, composée d'une table et d'un tatami. Les visiteurs peuvent s'ils le souhaitent s'installer et consommer un thé, infusé comme il se doit... C'est une façon d'immerger les personnes dans mon univers, que ce soit le thé ou les arts et de les faire voyager par l'esprit. Je propose une douzaine de thés d'origines, issus directement des plantations (en limitant les intermédiaires) et infusés selon des techniques de préparation traditionnelles. Ils sont principalement originaires de Chine, de Taïwan et du Japon. La carte est amenée à évoluer, selon mes trouvailles, les saisons et les rencontres...

L'illustration et le monde de l'édition est pour le regardeur un univers visuel, mais de l'autre coté de la feuille, on entretient vite, je trouve, un attachement profond avec un univers olfactif, le bois, les encres, la gélatine, les solvants, autant de parfums qui viennent se fixer aux couleurs et aux émotions jusqu'à en devenir inséparables dans la mémoire... quelque chose qui mêle les sens comme une bonne dégustation de thé... Est-ce que c'est aussi un sentiment que tu as ressenti?

Je suis totalement d'accord! Pour ma part, je ressens cela plutôt avec les outils que j'utilise et l'ambiance du lieu, comme mes gouges pour graver, ou encore le bois avec son odeur, les presses avec leur esthétique... Les ambiances de mes espaces de travail ont toujours été très importantes. Cela m'aide à m'immerger dans mon univers, à m'imprégner... C'est pour ça que je les décore un minimum.

Japan-expo-6 par Nikosan (1)College bouxwiller par Nikosan (1)Maison de thé par Nikosan (1)Koi fuda par Nikosan (1)Shodo Fuda
  • 1.Japan-expo-6 par Nikosan (1)
  • 2.College bouxwiller par Nikosan (1)
  • 3.Maison de thé par Nikosan (1)
  • 4.Koi fuda par Nikosan (1)
  • 5.Shodo Fuda
Retrouves-tu quelque chose de semblable entre une dégustation de thé gung fu et la pratique du dessin ou de la gravure? Une recherche de l'équilibre, du geste, le souvenir du geste effectué que l'on arrive pas nécessairement à reproduire, etc?

Oui, totalement! Mes compositions sont souvent sobres. J'essaie d'aller à l'essentiel et de poser les éléments au bon endroit, afin d'équilibrer au mieux ces compositions et de les traiter d'une manière simple et efficace. Lorsque je peins à l'encre, le trait doit être bien posé, bien placé, tout en laissant exprimer les mouvements naturels du corps. Un peu comme un thé gong fu finalement, où toute l'attention va se concentrer sur les gestes que l'on fait. C'est aussi une façon de voir ses carences, en observant comment le corps réagit, comment bouge le bras par exemple.

Tu organises régulièrement des ateliers non seulement autour de l'image mais aussi du thé, peux tu nous en parler?

J'organise régulièrement au sein du Passage des ateliers autour de la culture du thé. Je propose des soirées « découverte du thé » où l'on aborde l'histoire du thé, son origine, la façon de le préparer ou encore ses modes de fabrication. Chaque soirée est différente. Les prochaines seront consacrées à la découverte du gong fu cha, des thés Puerh ou encore du senchado. Cela varie, et j'ai une grande quantité de thématiques en réserve...! Cela se passe de façon conviviale et à échelle humaine. Je ne prends pas plus de 10 personnes. Les dates sont mises à jour sur mon site web.

Tu as, l'an passé, fait produire par un petit producteur familial du Yunnan une série limitée de galettes de puerh, dont tu as choisi les grand traits, dessiné l'emballage et dont j'ai, à ta demande supervisé la production, peux-tu nous parler de cette expérience, qu'est-ce que ça représente pour toi?

C'est une étape supplémentaire sur ma Voie du thé et dans ma démarche artistique. J'essaie toujours de trouver des thés d'exceptions, avec une traçabilité irréprochable, afin de pouvoir en parler aux intéressés. C'est d'ailleurs souvent ce qui manque dans les boutiques de thé : de l'information juste! Ainsi, j'aime pouvoir parler d'un thé que je propose à la dégustation, parler de sa situation géographique, des personnes qui s'occupent des plantations de ce thé, comment ils travaillent, etc... C'est vraiment important je pense, on apprécie le thé d'une autre manière, sous un aspect plus « humain ». J'en profite pour te remercier d'avoir supervisé cette production, qui m'a permis d'aborder le monde des puerh (Pu Er tea) d'une autre manière et d'en apprendre davantage à ce sujet!

Un thé par Nikosan

Né d'un long échange, nous avons ainsi fait presser, il y a précisément un an, cette production très limitée que Nikosan lancera avec la publication de cet article. Gardée discrètement depuis entre les murs de Nikosan nous avons attendu sa première année pour la rendre publique afin qu'elle atteigne la maturation nécessaire. C'est cependant un thé de garde qui tirera profit d'encore quelques années de vieillissement avant de se révéler pleinement.

Tong De Yo Cha Nikosan, Wang Bing, 2010Tong De Yo Cha Nikosan, Wang Bing, 2010Yo Cha Nikosan, Wang Bing, 2010Yo Cha Nikosan, Wang Bing, 2010
  • 1.Tong De Yo Cha Nikosan, Wang Bing, 2010
  • 3.Yo Cha Nikosan, Wang Bing, 2010

Il s'agit d'une petite galette de 200g de feuilles récoltées, pressées à la ferme et produites par Wang Bing, un petit producteur familial du village de Yi Wu que j'ai présenté en détail dans un ancien article. Il s'agit d'un thé particulier, une variété de thé violet que les locaux nomme You Cha (油茶) et qui pousse dans la montagne Yi Wu. Parfois nommé thé des trois couleurs ces feuilles, riches en anthocyane, présentent sur l'arbre une nette coloration violette, pour devenir pratiquement noire une fois sèches, puis vertes une fois infusées. Leurs arômes sont eux aussi singuliers, très doux, aiguisés et légèrement épicés. C'est une récolte d'automne, effectuée avec soin sur les propres arbres familiaux, travaillée entièrement de manière artisanale à la ferme puis pressée à la main par la famille Wang.

Wang Bing observant un mao cha à Mahai, YiWuFeuilles violettes sur lesquelles sont basées la production de Yo Cha NikosanRécolte des feuilles de thés dans la famille WangTri des feuilles de thé dans la famille Wang
  • 1.Wang Bing observant un mao cha à Mahai, YiWu
  • 2.Feuilles violettes sur lesquelles sont basées la production de Yo Cha Nikosan
  • 3.Récolte des feuilles de thés dans la famille Wang
  • 4.Tri des feuilles de thé dans la famille Wang

Outre avoir sélectionné le producteur, thé et le format de la galette, Nikosan en a aussi naturellement dessiné l'emballage que nous avons imprimé sur un papier à puerh (Pu Er tea) de qualité choisie avec soin. Ne désirant pas poser un nom arbitraire ou trop poétisant Nikosan a décidé de mettre en avant le véritable nom local de ce thé: You Cha. Signifiant "thé gras" ce nom se réfère au coté luisant des feuilles, que l’on n'entend que très rarement chez les vendeurs ou hors des villages de Yi Wu, le coté "gras" n’étant probablement pas considéré comme très attirant d'un point de vue marketing. De même fidèle à mon approche et à l'éthique stricte que j'ai posée et que je défend concernant la supervision des productions de puerh, Nikosan ne se substitue pas comme nous le voyons trop souvent au producteur réel de la galette, qui bien qu'étant petit se doit d'être mis en avant et il s'agit donc bien d'une série spéciale et limitée produite en toute transparence par Wang Bing à Yi Wu pour Nikosan.

Tong de galette Yo Cha Emballage de la galette Yo Cha dessiné par Nikosan (1)Réalisation de la gravure Yo Cha par Nikosan (1)Réalisation de la gravure Yo Cha par Nikosan (1)Gravure par Nikosan accompagnant les galettes Yo Cha (1)
  • 1.Tong de galette Yo Cha
  • 2.Emballage de la galette Yo Cha dessiné par Nikosan (1)
  • 3.Réalisation de la gravure Yo Cha par Nikosan (1)
  • 5.Gravure par Nikosan accompagnant les galettes Yo Cha (1)

Pour ne pas faire les choses à moitié et y mettre un peu plus profondément sa touche personnelle, les galettes sont aussi accompagnées d'une petite gravure en guise de Nei Piao, dessinées, gravées et tirées par Nikosan, elles aussi en série très limitée.

Et voici ce que celà donne:

Chargement du thé...

Images Copyright Olivier Schneider www.puerh.fr sauf (1) Copyright Nikosan

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