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Wing-Chi Ip est incontestablement un des grand noms de la culture du thé. Artiste, professeur d'université, fondateur de la célèbre Lock Cha Tea House à Hong Kong, Wing-Chi Ip fait partie des plus grands spécialistes du thé Chinois, mais aussi des théières de Yixing qu'il collectionne depuis son enfance et dont il a largement contribué au développement et à la diffusion depuis les années 80.

Wing-Chi IpWing-Chi IpWing-Chi Ip
  • 1.Wing-Chi Ip

Tout commença lorsque Wing-Chi était encore au Lycée. Amateur naissant de thé et salons de thé, Wing-Chi est un jour intrigué au détour d'une rue par une théière de Yixing qu'il croise dans une vitrine. Personne ne se souciait en ce temps de Yixing, et Wing-Chi achète cette théière pour quelques centimes seulement. Ce sera la première pièce d'une longue collection et durant des années Wichg-Chi achètera méticuleusement, pour une bouchée de pain, chacune des rares théières de Yixing que l'on pouvait alors trouver à Hong Kong.

A l'issue du Lycée Wing-Chi entrera dans une université pour étudier l'art et la culture Chinoise, où il développera un intérêt particulier pour la calligraphie et la philosophie chinoise, indissociables pour lui de la culture du thé. Une fois diplômé, Wing-Chi deviendra professeur et chercheur au sein du département céramique de cette université.

Il y rencontrera K.S. Lo, spécialiste et célèbre collectionneur de théière de Hong Kong, qui mettait alors sur pied un programme de recherche sur la Zi Sha et la poterie de Yixing et qui l’entraînera dans cette aventure. C'est ainsi que Wing-Chi et K.S. Lo partirent pour la première fois à Yixing en 1978, quelques années avant l’incontrôlable phénomène Yixing qu'ils allaient faire naître autour de cette terre, à Hong Kong, puis bientôt partout dans le monde.

Mais à coté de l'univers des théières, dans lequel il baigne depuis plus de 30 ans, Wing-Chi a une passion toute particulière pour le thé, et notamment le puerh, mais aussi pour les maisons de thé, dont il a progressivement fait son moyen d'expression privilégié. Après une première petite boutique de thé que Wing-Chi ouvre en 1991 à Sha Tin, dans les nouveaux territoires de Hong Kong, il concrétisera son projet de maison de thé en ouvrant en 2003 Lock Cha Tea House au sein du prestigieux musée du Teaware de Hong Kong.

Lock Cha Tea HouseLock Cha Tea HouseLock Cha Tea HouseLock Cha Tea House
  • 1.Lock Cha Tea House

Plus qu'une simple maison de thé, Lock Cha Tea House est un miroir qui reflète la personnalité et la vision du thé de Wing-Chi IP, une création sans cesse renouvelée où se mêlent avec naturel et bonheur thé, art et culture.

J'ai eu la chance de partager un beau moment avec Wing-Chi à Lock Cha en 2010 afin réaliser pour vous ce long entretien, où Wing-Chi aborde avec passion les raisons du phénomène Yixing, la culture du thé de Hong Kong, sa vison du puerh (Pu Er tea) et bien entendu sa maison de thé et le rapport particulier qu'il entretient avec cette dernière.

Un grand merci à Wing-Chi Ip pour son temps et sa passion.

Des théières aux prémices de Yixing et de la Zi Sha

Tout d'abord, comment préférez vous vous définir ? Artiste ? Enseignant ? Chercheur ? Maître de thé ? homme du thé (Cha Ren)?

Je ne sais pas (rires). En fait je pense que c'est la destinée vous savez, personne ne peut dire ce que sera votre futur. Bien sûr comme je suis un Chinois de Hong Kong, je bois du thé depuis longtemps. Mon père était docteur en médecine traditionnelle, donc j'ai bu beaucoup de thé lorsque j'étais jeune et... je n'aimais pas. La liqueur était tellement sombre... en fait c'était du thé puerh, parce que la médecine chinoise voit le puerh (Pu Er tea) comme quelque chose de bon, de « neutre » et de riche pour le corps. Vous savez, les chinois regardent tout en terme de Ying et de Yang et le puerh (Pu Er tea) est pour sa part plus neutre, et vous aide ainsi à garder un bon équilibre. Mais je n'aimais pas ce thé, je savais juste que c'était bon. J'étais plus intéressé à ce moment par les Dim Sum et Yam Cha, les maisons de thé Hong Kongaise.

Ensuite j'ai été formé pour être un artiste, je suis calligraphe, peintre en peinture traditionnelle chinoise. Puis j'ai rencontré ce gentleman, Mr. K.S. Lo, le fondateur de ce musée (The K.S. Lo Gallery) à l'université. Puis c'est ainsi que j'ai changé ma carrière pour la poterie. On est allé à Yixing avec Mr. K.S. Lo, et on a trouvé que la poterie de Yixing était particulièrement intéressante, et c'est ainsi qu'on a commencé ensemble un commerce dans la poterie.

Et environ10 ans après, cette poterie est devenue très célèbre. Maintenant je peux dire que je suis à l'origine de cela, des grands Maîtres potiers de Yixing. C'est quelque chose que j'ai créé, parce que à ce moment là, on faisait de la poterie à Yixing et c'était tout. On ne connaissait pas le nom de Yixing, ils n'y avait pas de nom connus parmi les potiers, ou de véritables personnalités d'artiste. C'est pourquoi on a essayé de faire la promotion de ces potiers et de leur travail, et ça a eu un grand succès.

Puis après le changement de politique de Deng Xiao Ping à propos de Hong Kong, beaucoup de Taiwanais vinrent en Chine (continentale) et ont complètement gâché le marché. Alors j'ai trouvé que le marché à Taiwan n'était pas si bon, et j'ai plutôt pensé à continuer mon business à Hong Kong. Mais je me suis dit que si je vendais que des théière... je me sentirais vraiment seul... sans le thé. Donc j'ai décidé de vendre du thé aussi, c'était en 1988 ou quelque chose comme ça.

C'est aini que j'ai changé mon hobby en un commerce, mais à ce moment je travaillais pour une entreprise très connue dans la vente de Yixing et mon partenaire n'a pas accepté, il n'était pas intéressé par le thé. Alors en 1991 j'ai quitté la compagnie et j'ai fondé une boutique, Lock Cha, et commencé à vendre du thé.

Avant de revenir plus longuement sur le thé et sur votre maison de thé, pouvez vous nous parler rapidement des théières, comment en êtes-vous venu au tout début des années 80 à promouvoir et à vendre des théières de Yixing à Hong Kong?

J'ai simplement commencé à collectionner les théières dans ma jeunesse. Ensuite j'ai approfondi la chose et j'ai fait des recherches sur le sujet. Puis je suis allé à Yixing pour voir comment ces théières étaient faites. Puis c'est comme ça que j'ai changé de carrière et que je suis devenu vendeur de théières. Donc depuis 1980 jusqu'à.... jusqu'à maintenant on peut presque dire, j'ai vu et vendu beaucoup de théières, mais aussi j'en ai fait la promotion et je les ai rendues célèbres. Il y en a qui sont devenues des collectors très très chères maintenant, à cette époque ça valait peut être 50 centimes, 10 centimes pour une théière.

1980 c'est le tout début du grand phénomène, maintenant mondial, autour de Yixing de la terre Zi Sha ?

Oui j'ai fait la première exposition de Yixing à Hong Kong en 1981, dans le cadre du festival d'Asie. Ce fut vraiment le point de départ de Yixing. Ensuite on en a fait un beau catalogue, et très vite Yixing est devenu très populaire. Depuis 1981 il y a eu énormément d'expositions autour de Yixing.

Vous étiez donc à Yixing en 1978, avant même le début du phénomène autour de la terre de Yixing. Pouvez vous nous parler un peu de cela? Les choses ont dû beaucoup changer à Yixing depuis 1978 ?

Non non, ce n'était pas si différent. La vrai différence c'est juste le système et la manière dont les choses se passaient à Yixing. Parce que les maîtres potiers ont toujours été là bas, la technique a toujours été là.

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  • 1.Wing-Chi Ip

En réalité avant 1957 ou 1958 il y avait vraiment beaucoup d'ateliers à Yixing. Après 1958 ils (le gouvernement. Ndrl) ont tout regroupé pour créer de grosses usines, et ils ont mis tous les potiers et les maîtres dans les mêmes usines pour les faire travailler. Dans ces conditions, et avec la révolution culturelle, les maîtres n'avaient aucune motivation.

A ce moment toutes ces poteries partaient dans les entreprises d'état d'import-export. Ils avaient juste un catalogue avec quelques produits dedans, très peu. Quand il y avait une commande de Hong Kong par exemple ils prenaient juste une théière qui avait cette forme dans le stock et il l'envoyait pour être vendue.

Il y avait très peu de modèles différents. Mais j’étais un peu étrange, j'étais encore à l'école mais j'étais très impressionné par les théières. Donc j'avais progressivement acheté toutes les théières différentes que l'on pouvait trouver. Cela me coûtait seulement 50 centimes, ou 5 HKD parfois. Chaque fois qu'une nouvelle forme était disponible je l'achetais. Et puis j'avais peut être comme ça 30 ou 40 théières différentes. C'était pas si fou et puis c'était des objets quotidiens très communs.

Puis je suis allé à Yixing, dans les usines, et j'ai vu leur showroom, c'était fou! Waaaa tellement de magnifiques théières ! Puis forcément vous leur posez la question : mais pourquoi vous ne les vendez pas? Et là les employés de l'usine vous répondent seulement : parce que personne ne les achète.

Mais Pourquoi ? Parce que l’entreprise d'état d'import-export (qui gère les commandes et productions. Ndrl) ne commande que les modèles de leur catalogue, que ce qui est dans ce catalogue qui n'a pas évolué depuis longtemps. Alors à l'usine il faisaient et re-faisaient les mêmes modèles en permanence.

Alors bien sûr vous leur demandez si vous pouvez acheter ces modèles que vous voyez dans le show room? Mais c'est impossible, parce qu'ils n'avaient pas le droit de vendre directement les théières, il fallait pour ça aller à Nanjing (dans un département d'état. Ndrl) pour en discuter.

A ce moment je voyageais avec Mr. K.S. Lo, c'était un homme important de Hong Kong, et sur le chemin du retour à Shanghai, il dit : Ah quel dommage, peut-être que l'on pourrait acheter quelques théières là (à Yixing) et les vendre à Hong Kong, c'est peut être une bonne chose. Donc on annulé le vol de retour à Hong Kong, et on est retourné à Nanjing pour discuter l'organisme d'import-export. Et puis ces gens à Nanjing étaient très nerveux, ils ont directement appelé les gens de Yixing pour faire différents rendez-vous à ce sujet.

On ne l'a pas su à ce moment là, mais ensuite on a compris, et il y a eu toute une série de rendez-vous pour discuter de la possibilité de faire une commande spéciale pour Mr. K.S. Lo. Parce que Mr. K.S. Lo était Zhengxie Daibiao, un homme important de la vie politique. Donc c'était une commande très spéciale, et très très chère aussi.

Je me rappelle à ce moment là de trois requêtes précises pour cette commande: Numéro un, la théière devait être faite par un maître, ou par un seul et unique potier, pas une collaboration du type quelqu'un fait le corps, quelqu'un fait le couvercle ou quelque chose comme ça. Non il faut que tout du début à la fin soit fait par le même homme. Deuxièmement la pièce devait être signée. Troisièmement le nom du potier devait être gravé sur le dessous de la théière.

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    En fait on a juste cherché à se rappeler de la tradition. Durant las dynasties Ming et Qing, c'était de cette manière que les théières étaient faites. C'était une approche plus individuelle, plus artistique, plus proche d'une œuvre d'art : faire une chose du début à la fin, et non par en divisant le travail comme dans les usines d'état. Donc on a commencé comme ça.

    Puis ça a pris encore deux ans avant que les théières n'arrivent à Hong Kong. Les théières sont arrivées en 1981. On avait fait la commande en 1979! Parce qu'ils s'en fichaient à ce moment, c'était... les standards communistes. Donc finalement on a reçu les théières et on a commencé à en faire la promotion, etc.

    Finalement la chose vraiment différente c'est que l'on a changé le système dans lequel ces théières s'inscrivaient, de quelque chose qui était juste un objet du quotidien on en a fait quelque chose de plus artistique. Avant ça toutes les théières étaient standards avec « Yixing de Chine », et dans le couvercle il y'avait juste écrit une référence, par exemple 51. On a changé cela par le nom de l'artiste, puis on l'a fait graver sous la théière, afin d'essayer de donner plus de dimension artistique à la chose.

    Et puis j'ai fait un livre à propos des artistes potiers, que l'on a diffusé avec des expositions etc. Pour certains ça a été un vrai boum, tout le monde a cherché les théières de ces maîtres. Maintenant il y a tellement de maître potiers. Mais tout a commencé en 1981 avec quelque chose de simple, signer la pièce, et se faire un nom en tant que maître potier.

    Et à propos de la Zi Sha, cette célèbre terre de Yixing, on entend tellement de choses là-dessus, que la terre serait épuisée, que certains gardent des stock et les revendent à prix d'or, que la vrai Zi Sha n'existe plus et que la terre est désormais toujours mélangée, etc... que pouvez vous nous dire là-dessus ?

    Non non non, ce n'est pas vrai. La mine numéro 4 a fermé. Oui ça c'est vrai. C'était la plus grosse mine, mais ce n'était qu'une des mines. Ils ont construit des mines pour puiser profondément dans le sol, parce que la terre Zi Sha est profonde et s'étale en couche horizontales, et entre ces couches il y a d'autres choses. Donc ils doivent percer profond pour trouver la bonne terre. Et donc la mine 4 est devenue tellement profonde qu'ils ont dû la fermer parce que cela devenait trop dangereux. Mais il y a d'autres mines.

    Quelque chose d'autre a changé aussi depuis les années 90 : le marché est devenu privé. Donc ce sont des entreprises privées, qui font du commerce et comme tout le monde en Chine ils cherchent à explorer tous les moyens de faire de l'argent, et ils ont fait de grosses réserves de Zi Sha. Tellement de gens ont juste spéculé sur la terre de Yixing et en ont stocké de grosses quantités, donc maintenant on a une réserve énorme de cette terre, c'est loin d'être épuisé.

    Mais bien sûr il y a différentes qualités d'argiles, peut-être que la meilleure il en reste de moins en moins maintenant. Après, il n'y a pas de fausses théières en argile, l'argile est toujours vraie, fabriquer de argile c'est très difficile. Mais quand on parle de faire des faux, on veut par exemple améliorer la couleur, on veut une couleur plus rouge, donc on rajoute d'autres matériaux dans la terre, peut-être de l'argile d'ailleurs, parfois de la chimie. Parce que de l'argile pure de qualité est trop chère, beaucoup ont recours à d'autre choses pour améliorer la qualité, ou pour obtenir une meilleure couleur, et mélangent différentes choses ensemble.

    Ou encore ils ont des nouvelles technologies pour pulvériser quelque chose sur la terre, et envoient comme ça de la chimie par exemple, et bien sûr... ce ne sont pas de très bonnes théières. Après je ne pense pas non plus que ce soit toujours dangereux pour la santé ou mauvais. Parce que dans l'histoire on a déjà fait ce genre de choses c'est pas nouveau. Dans la dynastie Qing ils faisaient déjà des mélanges de couleurs, ils ont fait des théières vertes, noires pour lesquelles ils mélangeaient les terres, ils rajoutaient différentes choses dans la terre. Il y avait aussi des théières peintes en rouge, on pourrait croire que la terre était naturellement comme ça mais non, c'était peint. Tout cela a déjà été fait, ce n'est pas un phénomène nouveau.

    Mais peut être que maintenant c'est fait d'une manière moins soignée, ils utilisent des matériaux moins chers, peut être toxiques. C'est comme en cuisine, avant pour cuisiner on utilisait les meilleurs ingrédients, puis on a utilisé du MSG (un exhausteur de goût utilisé quotidiennement en Chine), puis maintenant on utilise de la chimie, des agents de saveur et de texture, des poisons. C'est terrible...

    En fait dans l'histoire les choses ont toujours évolué, la technologie, etc, beaucoup de choses changent avec le temps. Mais la différence c'est que maintenant les choses changent trop vite et de manière très stupide. C'est ça le vrai problème. Ca me dérange pas que l'on change les choses en utilisant d'autres terres, en mélangeant les terres, etc, c'est quelque chose de très naturel. Durant la dynastie Song ils faisaient déjà cela, parce que l'argile haut de gamme était trop chère, donc ils faisaient la théière avec une terre meilleur marché, puis ils mettaient de la terre plus chère sur la surface. Je pense qu'on peut voir là une forme de technique.

    Mais dans le temps les gens étaient plus raisonnables, prenaient en considération la santé, etc. Maintenant il y'a des gens utilisent toutes sortes de chimie, ne prennent en considération que le prix, l'argent. Ils ne se soucient pas du reste, et c'est ça le vrai problème.

    Une question très basique et probablement stupide, qu'est ce qui fait pour vous une bonne théière ?

    Waw (rires)! Ce n'est pas une question stupide, mais c'est une grosse question. Cela demanderait beaucoup de temps pour répondre, mais d'amblée je pense deux choses : en premier lieu une théière est un objet utilitaire, donc je pense que la fonction de l'objet est très importante, elle doit être fonctionnelle.

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      Ensuite une bonne théière doit former une bonne combinaison ou avoir un bon lien avec le thé. Par exemple pour le puerh (Pu Er tea) vous avez besoin d'une théière plus large, pour le wulong d'une théière plus fine, quelque chose comme ça.

      En deuxième lieu c'est une question plus esthétique. Vous avez besoin d'un très bon matériau, cuit à la bonne température, mais aussi quand vous regardez la théière vous devez sentir qu'elle est faite dans les bonnes proportions, sentir qu'il y'a un esprit dedans. C'est très important pour moi. Peut-être parce que j'ai fait des études artistiques, je suis très sensible aux proportions. Avec certaines théières la proportion n'est pas correcte... je ne peux pas l'accepter.

      Le bec en particulier est une partie très importante. La majorité des gens peuvent faire le corps très simplement, mais seul un maître peut faire un bec parfait. C'est très dur. Et le bec en chinois c'est l'oeil du dragon, c'est une partie cruciale. Je pense qu'au premier coup d'œil sur une théière, mon regard va se porter sur le bec.

      Outre avoir étudié, collectionné et vendu des théières, je sais que vous avez aussi vous-même dessiné des théières que vous avez faites produire à Yixing, pouvez vous nous en parler?

      Ca m'est arrivé parfois oui. Je suis pas un potier, et la poterie de Yixing c'est très spécifique, rien que pour préparer la terre cela demande beaucoup d'études et de pratique. Donc je ne peux pas faire cela seul, mais par contre je sais comment utiliser une théière, quel type est plus adapté pour tel ou tel thé, des choses comme ça. Donc je peux donner des conseils aux potiers, leur dire comment faire une théière plus pratique à utiliser. Parfois je dessine la forme pour avoir quelque chose de spécifique, des choses comme ça. Mais je ne peux pas réellement faire ma propre théière.

      De la culture Hong Kongaise aux puerh (Pu Er tea) agés, origine, maturation, marché...

      Pour en revenir au thé, et plus spécifiquement au puerh, vous disiez que votre père était médecin traditionnel et que c'est cela qui vous a fait découvrir le puerh?

      Oui docteur traditionnel, parce que nous ne faisons pas d'injection, nous ne prenons pas de pilules, etc. En général on écrit juste une prescription de différentes herbes. Ensuite avec cela vous allez à la pharmacie puis vous faites bouillir ces plantes dans une bouilloire pour les infuser, et vous buvez le breuvage.

      Et le thé était remède important au sein de la médecine Chinoise?

      Le thé est un très bon remède pour la grippe. Mais à Hong Kong le thé (puerh) était plus communément utilisé dans les familles pour aider la digestion, équilibrer, et c'était avant tout une boisson. On boit du thé tous les jours ici, en particulier durant les fêtes parce que pendant les fêtes on consomme beaucoup de nourriture, beaucoup d'huile et donc nous avons besoin de thé pour aider et améliorer la digestion. Donc le thé n'est pas exactement un médicament.

      Bien sûr il faut savoir aussi que les Chinois suivent une approche très étrange de la médecine qui est particulièrement difficile à expliquer. On dit ainsi que le thé vert va « rafraîchir » le corps (dans le sens des couples antagonistes Chaud-Froid ou Yin-Yang sur lequel est basée toute la médecine traditionnelle chinoise. Ndrl) alors que le thé noir (le thé rouge en Chinois) va au contraire « réchauffer » le corps. Le puerh (Pu Er tea) pour sa part est plus neutre, et aide à équilibrer le corps.

      Je pense que c'est l'idée du thé que j'ai héritée de mon père. Mais le thé n'est pas précisément une médecine, c'est juste quelque chose de bon et de bénéfique pour le corps.

      Hong Kong a, comme la Chine continentale, une longue culture du thé, ainsi que son propre rapport au thé. Mais Hong Kong est aussi un territoire qui a beaucoup changé durant ces dernières décennies. Vous avez vécu au milieu de cette culture durant les 30 dernières années, pouvez vous nous parler de la culture du thé propre à Hong Kong, et de la manière dont les choses ont évolué depuis les années 80 ?

      Mmmmm.... ok. Je ne sais pas exactement. Parce que les Hong-Kongais regardent le thé d'une manière très très spéciale. La consommation de thé a une longue histoire à Hong-Kong. D'une certaine manière comme dans l'ensemble du sud de la Chine, les gens fréquentaient les maisons de thé, passaient du temps là-bas. Les Cha Lou (Maisons de Thé) étaient une sorte de lieu social où l'on mangeait des Dim Sum, on discutait, on rencontrait ses amis, on faisait du business. Il n'y avait pas autant d'attention à la culture du thé. Bien sûr en soit c'est déjà une culture, mais on ne prenait pas cela trop au sérieux, comme quelque chose à étudier. Je pense que c'est la chose principale à comprendre à propos de Hong-Kong.

      Une des plus vieille maison de thé traditionnelle (Dim Sum Yam Cha) de Hong KongMaison de thé (Dim Sum Yam Cha) populaire à Hong KongMaison de thé (Dim Sum Yam Cha) populaire à Hong KongMaison de thé (Dim Sum Yam Cha) populaire à Hong KongMaison de thé (Dim Sum Yam Cha) populaire à Hong Kong
      • 1.Une des plus vieille maison de thé traditionnelle (Dim Sum Yam Cha) de Hong Kong
      • 2.Maison de thé (Dim Sum Yam Cha) populaire à Hong Kong

      Bien sûr le thé est de plus en plus mauvais maintenant, les gens ne portent plus d’attention à la qualité du thé, mais ils ne portent même plus d'attention à la nourriture maintenant! Parce que... il y a beaucoup beaucoup de raisons, les gens ne portent plus d'attention à beaucoup de choses. Ils continuent simplement à aimer ce genre d'atmosphères, le matin ils vont dans les maisons de thé pour le petit déjeuner, l'après-midi les gens vont aussi dans les maisons de thé, et le soir ils vont dans les maisons de thé pour dîner.

      Dans le passé ce n'était pas pareil, dans le passé cela avait une... fonction différente. Et ce n'était pas le même genre de restaurant. Maintenant les loyers sont très chers, les propriétaires veulent faire du business 24 heures sur 24, les maisons de thé sont ouvertes non stop et donc on y sert aussi tout type de choses. Dans le passé avec le thé du matin vous n'auriez pas pu avoir un dîner par exemple, ou quelque chose dans le genre.

      C'est la principale chose n'a pas changé, à Hong Kong les gens boivent du thé tous les jours, juste comme quelque chose de très commun et pas à prendre si au sérieux.

      Et puis, il y a eu quelques changements dans les années 80, parce que avant 1980 comme je le disais tout le thé venait de la corporation d'état d'import-export (CNNP), donc même si vous vouliez avoir un thé très spécial, vous ne pouviez pas le trouver. Mais dans les années 80 certaines personnes comme moi ont été capables d'entrer dans le marché du thé, qui n'était plus nécessairement sous le contrôle d'un système centralisé et de l'état.

      C'est aussi un moment ou la culture du thé, et les activités autour du thé devinrent plus populaires. C'est en premier lieu venu de Taiwan. Tout d'abord parce que Taiwan a eu des années d'économie prospères, les gens à Taiwan apportaient plus d'attention au thé. Mais aussi parce que dans les années 80 Taiwan était à la recherche des racines de leur culture. Donc les années 80 ont été un vrai boum du développement de la culture du thé.

      Et aussi la Chine a eu une bonne réponse à cela, parce que à ce moment-là tout était politique, et ce que l'on recherchait avant tout en Chine c'était l'unité. Donc de nombreuses activités culturelles chinoises étaient, de différentes manières, supportées par le gouvernement. Et donc dans cette période on a vu s'ouvrir des boutiques modernes de thé, il y avait des cours autour du thé, certaines personnes apprenaient à Taiwan, puis ouvraient des classes de thé. C'est à ce moment que j'ai ouvert une boutique de thé, je servais du thé gratuitement dans ma boutique, donc tu pouvais goûter le thé avant de l'acheter, ce fut très populaire à ce moment là et les gens étaient vraiment enthousiastes.

      C'était quelque chose de nouveau à ce moment?

      Oui oui oui. C'était une approche très moderne, une approche plus sérieuse, par rapport aux Yam Cha, et aux maisons de thé traditionnelles. Ca c'était entre la fin des années 80 et le début des années 90.

      Lock Cha Tea Shop à Hong Kong en 2010Lock Cha Tea Shop à Hong Kong en 2010Lock Cha Tea Shop à Hong Kong en 2010Lock Cha Tea Shop à Hong Kong en 2010Lock Cha Tea Shop à Hong Kong en 2010
      • 1.Lock Cha Tea Shop à Hong Kong en 2010

      Puis, bien sûr à Hong Kong on a une situation particulière. A Hong Kong les gens ont appris que Hong Kong allait retourner à la Chine. Donc on a senti le besoin d'apprendre quelque chose à propos de la Chine et de la culture Chinoise. Mais bien sûr la philosophie Chinoise c'est très difficile, la poésie c'est aussi très difficile, l'art c'est aussi difficile... le plus simple c'était le thé (rires). Donc beaucoup de gens à ce moment voulaient apprendre des choses sur le thé, c'était une manière de comprendre la Chine! Donc c'était plutôt prospère à ce moment, à cette époque les gens buvaient plus de thé que de café.

      Et puis après 1997, la chine s'est progressivement ouverte, et Hong Kong manquait de force pour se développer. Donc au début des années 2000 les choses étaient plus calmes, mais c'était une bonne période pour le business, parce que énormément de boutiques à Hong Kong avaient du (vieux) puerh. Et comme les chinois aimaient le puerh (Pu Er tea) on leur a vendu du puerh, et ça a fait des gros sous. Il y en a un certain nombre qui ont vraiment fait fortune à Hong Kong avec ça, oui.

      Ca a donc été bon pour le business, mais la culture du thé a vraiment perdu de quelque chose d’excitant après l'ouverture.

      J'ai lu que dès le début de votre boutique de thé, vous ne vendiez pas comme les autres gens le faisaient du thé du marché, importé via les entreprises d'état chinoises (CNNP) mais que vous alliez en chine, auprès des paysans, pour choisir et acheter vos thés. Cela devait être très difficile, voir à la limite de la légalité dans les années 80, pouvez vous nous parler de cela?

      Oui oui, c'est une des raisons pour laquelle j'ai fait ce business. Dans les années 1980 il y a eu une nouvelle politique, en particulier après 1986 ou quelque chose comme ça, on a eu le droit d'aller en Chine et de se rendre dans les villages. Et donc j'ai pris quelqu'un de mon équipe, parce que sa famille avait une ferme de thé à Fujian, et la première ferme de thé que j'ai visité au Fujian ça a été sa maison.

      C'était très intéressant par ce que la qualité était totalement différente de ce que l'on pouvait trouver sur le marché. Parce que dans ces temps, tout passait par une entreprise d'import-export nationale (CNNP), ils mélangeaient toutes les feuilles de thé en grade 1, grade 2, grade 3, grade 4, etc.... Puis ils avaient des agents, et c'était ces agents qui vous vendaient le thé. Et en général il y avait des quotas pour les grades supérieurs. Si vous aviez une bonne relation avec l'agent, ou si vous achetiez beaucoup, alors il pouvait vous vendre un peu de grade 1.

      Mais moi, je n'avais aucun moyen d'accéder à ces thés. Parce que à ce moment là je n'avais qu'une petite boutique, donc j'achetais juste du thé pour mes amis et quelques connaissances. Donc quand je suis allé dans la maison de mon ami, c'était incroyable, chaque thé avait un caractère! C'était très différent de ce que l'on pouvait avoir sur le marché, les thés n'étaient pas mélangés. Donc j'ai acheté quelques thés, puis j'ai écrit quelques articles là-dessus et je l'ai vendu comme « thé d'origine unique», ou thé provenant d'un « lot unique ».

      Brique de puerh <span class='translation'>(Pu Er tea)</span> vendue par CNNP dans les années 80Brique de puerh <span class='translation'>(Pu Er tea)</span> vendue par CNNP dans les années 80Ferme dans le Xishuangbanna (Jinuo Shan)Ferme dans le Xishuangbanna (Jinuo Shan)
      • 1.Brique de puerh (Pu Er tea) vendue par CNNP dans les années 80
      • 3.Ferme dans le Xishuangbanna (Jinuo Shan)

      C'était très intéressant. Bien sûr ce n'était pas aussi parfait que les thés du marché, parce que pour ces thés là ils équilibrent tout (en assemblant les feuilles. Ndrl.), ils équilibrent le goût, la forme, la couleur. Mais j'avais des thés peut-être pas si parfaits, mais très spéciaux, uniques. Le goût était merveilleux, et puis vous pouviez sentir certaines... différences entre les thés.

      Bien sûr c'est aussi mon esprit : je déteste l'uniformité. Tout le monde pareil, c'est terrible ! En ce temps quand vous alliez en Chine, tous le monde était habillé en gris ou en vert, c'était très étrange. Je suis allé pour la première fois en Chine en 1971. J'avais l'impression avec mon ami que l'on était entourés de centaines de personnes qui nous regardaient comme des animaux ! « Oh du rouge ! »... ils étaient surpris par les habits colorés que l'on portait, parce que à ce moment tous les habits étaient gris ou vert.

      Donc j'ai été très impressionné par le thé que j'ai trouvé chez les paysans, parce que c’était différent. Je peux dire qu'il y'avait plus d'esprit dedans. Puis j'ai commencé le commerce de thé, c'était en 1987.

      Mais comment était-ce possible d'acheter ainsi du thé, en marge en quelque sorte des entreprises d'état, dans les années 80 soit avant l'ouverture du marché,?

      Par certaines voies vous pouviez vous procurer le thé. Vous aviez besoin de certaines formes de certificats, alors on envoyait le thé à Guangdong, à certaines entreprises qui possédaient ces certificats, et on leur demandait d'exporter ce thé à Hong Kong. Il fallait beaucoup de combines pour faire cela...

      A ce moment je voulais juste quelques thés très spéciaux, juste pour le plaisir, c'était très intéressant. Donc j'ai gouté beaucoup de thé et découvert qu'il y'avait beaucoup de terroirs à développer... Puis après cela j'ai fait beaucoup de voyages partout en Chine. Déjà parce que la Chine est devenue de plus en plus ouverte, et puis on se sentait de plus en plus en sécurité pour voyager à travers la Chine, pour séjourner dans les maisons des paysans, etc.

      Je pense que dans le début des années 90 j'ai vraiment parcouru toutes les régions Chinoises du thé... et ce qui m'a le plus impressionné, c'est de réaliser que vous ne pouvez pas comprendre le thé avant de voir comment il est produit. C'est très important. Sinon cela devient comme produit dans un supermarché, vous ne pouvez pas percevoir sa valeur, percevoir que c'est très spécial.

      Dans un jardin à théCueillette du théTuer le vertEtallage des feuilles de théTri à la main des feuilles de thé
      • 1.Dans un jardin à thé
      • 2.Cueillette du thé
      • 3.Tuer le vert
      • 4.Etallage des feuilles de thé
      • 5.Tri à la main des feuilles de thé

      Mais quand vous regardez l'origine du thé, vous comprenez toute la patience, toute la délicatesse des paysans qui prennent soin de ce thé, la manière dont les feuilles sont récoltées juste au bon moment, et de la bonne manière. Et là le thé peut prendre sa vraie valeur, sinon... ce n'est qu'un bout de feuille, pas si intéressant. Donc j'ai mieux compris le thé après avoir voyagé. Je n'ai pas eu de professeur ou quelque chose comme ça, ce que je sais du thé je l'ai appris des paysans.

      Bien sûr je ne suis jamais devenu un « master », je suis pas un «master » actuellement, j'adore juste le thé, j'ai voyagé, et j'ai beaucoup appris des paysans. Donc voilà comment je comprend le thé.

      Lorsque vous parlez de thé non assemblé, d’origine ou de récolte unique, je ne peux m’empêcher de voir cela en relation avec l'histoire du puerh. Presque tous les grands puerh (Pu Er tea) anciens étaient assemblés et il semble que l'assemblage des feuilles est au cœur de la culture de ce thé. Pensez vous que la question est la même quelque soit le type de thé, et que pensez vous du concept nouveau, d'origine et de récolte unique, appliqué au puerh ?

      Alors concernant le thé assemblé je ne peux dénigrer l'assemblage, parce que l'assemblage est aussi une forme d'art. Mais les gens assemblent du thé pour beaucoup de raisons.

      En premier pour des raisons commerciales, ils veulent simplement maintenir un standard. Lipton vend des tonnes de thé chaque année, donc ils doivent maintenir un goût, vous avez le Twining, vous avez l'English breakfast, vous avez beaucoup d'assemblages différents, qui ont un certain goût que l'on fait perdurer. Donc on peut assembler pour cela.

      Deuxième raison, on assemble le thé pour des raisons économiques. Certains thés trop vieux que l'on ne peut plus vendre... on les assemble avec des thé plus frais, et on vend cela. Mais on assemble aussi pour garder l'équilibre, le goût, l’arôme, etc....

      Donc je ne peux pas dénigrer complètement l'assemblage. Si vous assemblez d'une très bonne manière, c'est une forme d'art, mais pour moi je préfère boire le thé non assemblé. Comme je l'ai dit ce n'est peut-être pas aussi parfait, mais ça a un caractère spécial. Et puis si vous voulez assembler, et bien vous pouvez le faire vous même, c'est très amusant, je peux pas vous retirer ce plaisir!

      Donc jusqu'à maintenant je fais toujours des thés d'origine unique. Je pense que l'assemblage est quelque chose de bon, mais si vous achetez différents thés d’origine unique, vous pouvez les assembler vous même. Vous achetez quelques thés ici, quelques thé là, et puis vous faites votre assemblage. Je pense que les amateurs de thés peuvent le faire. Donc je laisse les gens faire cela, moi j'essaye tant que possible de garder le thé comme un lot unique.

      Bien sûr pour certains thés vous ne pouvez pas, parce qu'ils sont déjà assemblés à la source, comme le Jasmin, vous ne pouvez pas avoir un lot unique de jasmin, parce qu'il est déjà assemblé dès le début. Ou comme le thé vert, il est déjà assemblé, parce que le thé vert est plus simple et dépend du grade, grade 1, grade 2, etc... Donc certains thés ont besoins d'assemblage.

      Après comme on parle de puerh, maintenant des gens aiment le puerh (Pu Er tea) non assemblé. Mais avant 2000, tous les thés de Chine étaient assemblés, comme à Menghai Tea Factory, ils assemblaient tout. Donc il donnent un nom au thé, 8582 ou quelque choses comme ça. C'est un thé assemblé soit, mais c'est très intéressant parce que ça n'a en fait aucun sens :

      Galette 7542 des années 90Référence 7581 rajoutée par un collectionneur sur une brique des années 90Référence 7542 inscrit sur un tong Menghai Tea FactoryRéférence 7582 inscrit sur une galette de 2007
      • 1.Galette 7542 des années 90
      • 2.Référence 7581 rajoutée par un collectionneur sur une brique des années 90
      • 3.Référence 7542 inscrit sur un tong Menghai Tea Factory
      • 4.Référence 7582 inscrit sur une galette de 2007

      Parce que dans 8582, 85 c'est pour 1985, puis vous avez 8, puis vous avez le 2. Le 2 à la fin c'est Menghai Cha Chang (Menghai Tea Factory). Le 8 c'est le grade du thé, donc ils regardent que la taille (des feuilles). Ils n'en ont rien à faire du goût. Donc parfois même le même assemblage, avec la même référence, différentes séries auront différents goûts.

      A cette période je suis allé à Menghai Cha Chang. Il y avait d'énormes quantités de thé, venant de différentes régions du Yunnan, tous mélangés. Et puis à chaque fois qu'ils font un thé il ouvrent juste le stock, ils prennent un peu de cette taille, puis un peu de cette taille, puis ils assemblent de manière similaire. Puis le maître goûte le thé : « Oh le goût est bon, ok validé, ça c'est la recette ». Donc parfois le thé est bon, parfois le thé est mauvais. C'est encore une autre manière d'assembler.

      Mais maintenant qu'il y a plus d'usine de taille moyenne, des gens cherchent plus de profit, ou veulent être connus, donc ils prennent plus soin de la qualité. Donc désormais la qualité du thé devrait être meilleure, parce que le marché est plus difficile, et donc maintenant les gens assemblent de manière différente. Mais personnellement je continue à essayer de garder une origine unique pour permettre aux gens de comprendre, et d'assembler eux mêmes si ils veulent.

      A propos d'assembler par soi-même, j'ai entendu parler qu'à Hong Kong, les anciennes maisons de thé faisaient elles même leur propres assemblages à partir des thés brut qu'elles achetaient?

      Il y a différents niveaux, pour différentes raisons, mais l'assemblage est toujours là. Comme je le disais, si on ne peut pas vendre tel ou tel thé cette année, ils vont devoir l'assembler l'année suivante (pour ne pas le jeter). Cela arrive dans les boutiques aussi, même dans de très petites boutiques. Mais cela arrive aussi à la production, ils veulent garder un certain caractère au thé, alors ils mélangent. Cela prend place à différentes échelles et a différents niveaux, mais le thé est toujours assemblé.

      Une autre notion cruciale concernant le puerh (Pu Er tea) est bien entendu la question du stockage et la maturation. Stockage sec, stockage humide, stockage naturel ou « stockage traditionnel Hong Kongais » que pensez vous de cet art particulièrement développée à Hong Kong de faire vieillir le puerh ?

      En réalité je ne sais pas. Ce que je peux juste dire c'est que maturation du puerh (Pu Er tea) est un processus très compliqué. Cela inclut au moins l'oxydation naturelle, la fermentation enzymatique, aussi la fermentation bactérienne, beaucoup beaucoup de facettes, ce n'est pas une chose unique.

      Wing-Chi IpTasse de puerh <span class='translation'>(Pu Er tea)</span> agéFeuilles de thé vieillies à Hong Kong (Copyright Sébastien M.)Hong Kong dans la brume aujourd'hui
      • 1.Wing-Chi Ip
      • 2.Tasse de puerh (Pu Er tea) agé
      • 3.Feuilles de thé vieillies à Hong Kong (Copyright Sébastien M.)
      • 4.Hong Kong dans la brume aujourd'hui

      Quand vous avez un morceau de pain sur la table, vous pouvez l'observer, et le sentir. Après une semaine ou deux, des moisissures arrivent. Et puis l'odeur change et vous pouvez la sentir. Pour le puerh (Pu Er tea) c'est pareil, mais on a pas en réalité d'études détaillées à propos de ce processus.

      Pour moi, je pense simplement que stocker le thé dans un environnement propre et naturel, dans le sud de la Chine (Hong Kong ou Guangzhou par exemple) est une bonne chose. Parce que dans le sud de la Chine on a des changements saisonniers, en été c'est humide et chaud, puis en hiver c'est froid et sec, donc vous avez un cycle et c'est très bon pour la croissance des bactéries.

      Bien sûr les bactéries changent aussi avec le temps. Il y à 100 ans c'était très différent d'aujourd'hui. Parce que maintenant on a la pollution, la végétation est différente, l'environnement a changé. Donc les bactéries sont très différentes de celles du passé. Parce que cela se modifie très rapidement, c'est comme la grippe, tous les 10 ans ou quelque chose comme ça vous avez une nouvelle génération, je pense que c'est la même chose pour le thé.

      Mais l’histoire a montré que le sud de la Chine est un bon environnement pour la maturation du puerh. Je pense meilleur que le Yunnan, meilleur que le Tibet, la Mongolie ou je sais pas. Bien sûr je crois qu'il doit y avoir un moyen (plus) parfait (de stocker le puerh), mais dans le passé tout cela a été trouvé de manière très accidentelle. Le puerh (Pu Er tea) est un thé brut, très brut. Si tu regardes le thé tibétain par exemple, c'est tellement brut, il y'a même différentes sortes de feuilles autre que du thé dedans. Il mettent par exemple dedans des buissons utilisés pour faire le feu ou des choses comme ça. Il coupent juste le buisson en entier, puis le réduisent en petit morceau et font fermenter le tout avec le thé, etc...

      Brique tibétaineHong Kong dans la brumeHong Kong, la ville qui pousse de la forêtHong Kong, la ville qui pousse de la forêt
      • 1.Brique tibétaine
      • 2.Hong Kong dans la brume
      • 3.Hong Kong, la ville qui pousse de la forêt

      Je pense personnellement que c'est bon de stocker juste le puerh (Pu Er tea) de manière naturelle à Hong Kong, dans un environnement propre et clair. Il y'a un vieux dicton à Hong Kong qui dit : si tu fermes la porte c'est un stockage humide, si tu ouvres la porte c'est un stockage sec, parce que l'air peut circuler. Donc de temps en temps les gens font une rotation des piles de galettes, celles en bas vont en haut, celles en haut vont en bas. Parce que si vous avez une maison dans le western district, la maison est tout contre la montagne, c'est très humide, donc on ouvre la porte, l'air rentre et cela devient sec. De temps en temps on doit ouvrir la porte, changer la position des thés dans la pièce, des choses comme ça.

      Mais le thé doit être dans un lieu assez humide. Dans le passé vous pouvez imaginer, il n'y avait que de la terre. Quand je suis allé dans le Yunnan pour la première fois, à Pu'Er, il n'y avait pas de maison en brique, juste des briques faites de terre. Il n'avaient pas les moyens de construire avec de la pierre ou des briques de terre cuite. Ils sèchent simplement la terre et en font des briques. Donc vous pouvez imaginer dans le passé, toutes les maisons étaient comme ça, et ils n'avaient pas de sol en béton, le sol était simplement en terre ou en bois, parfois en bambou, avec quelques nattes dessus, puis ils entreposaient le thé. Ca devait être très humide en été, avec la pluie etc... en particulier à Guangdong où on a beaucoup d'humidité, et peut être sec en hiver. Donc je n'ai jamais cru au stockage sec, mettre le thé dans un lieu climatisé, c'est le gâcher.

      Maison en terre dans le Yunnan (Lincang)Maisons en terre dans le Yunnan (Lincang)Maison dans le Yunnan ()Maison dans le Yunnan (Lincang)
      • 1.Maison en terre dans le Yunnan (Lincang)
      • 2.Maisons en terre dans le Yunnan (Lincang)
      • 3.Maison dans le Yunnan ()
      • 4.Maison dans le Yunnan (Lincang)

      Aujourd'hui les choses bougent trop vites. Dans le passé quand vous deviez transporter du puerh, il parcourait un très long chemin. J'ai écrit un article là-dessus : avant que le thé n'arrive à Hong Kong, il avait déjà subit 4 ou 5 fermentations successives, donc c'est déjà un puerh (Pu Er tea) brun. A ce moment il n'y avait pas de sac en plastique. Maintenant ils envoient le thé en sac plastique, en camion. Et seulement quelques jours après le thé arrive à l'usine. Dans le temps le thé devrait être stocké un an, jusqu'à la saison sèche, avant d'être transporté : le thé était récolté au printemps, puis vient l'été, avec beaucoup de pluie et un environnement très humide. Puis seulement ensuite on entre dans la saison sèche, en hiver. Puis alors ils transportaient le thé pendant longtemps encore, sous le soleil, la pluie, etc, avant que cela n'arrive à l'usine à Pu'Er. Là il obtenaient une licence et le thé partait ailleurs, la célèbre Cha Ma Gu Dao, la route du thé et des chevaux. Cela prenait des années, le tout dans l'environnement du passé et sans sacs en plastique.

      Donc comment pouvait-il avoir du sheng cha ou du puerh (Pu Er tea) vert? C'est impossible. C'est une contradiction classique, les gens pensent le thé vert est le thé le plus vieux. En réalité c'est très difficile de garder le vert du thé. Le thé vert est une très récente invention. Dans le passé, peut-être du thé blanc, peut-être thé jaune, peut-être du puerh : des thés plus ou moins bruns. Parce que quand vous voulez garder la couleur verte, même aujourd'hui c'est très difficile. Quand vous faites par exemple de la déshydratation pour faire de la nourriture séchée, c'est un processus très difficile. Prenez une pomme, si vous la coupez l’oxydation commence et elle devient brune en une demi heure. Donc vous pouvez peser la difficulté de garder la couleur jaune de la pomme, ou le vert (du thé). C'est quelque chose de vraiment difficile, on ajoute aujourd'hui un tas de choses pour garder la couleur fraîche d'une simple pomme, des agents antioxydant, etc!

      Pour moi c'est impossible que dans le passé il y ait eut du puerh (Pu Er tea) vert, tous les puerh (Pu Er tea) étaient fermentés.

      Cela veut dire que les gens qui achètent aujourd'hui des jeunes puerh (Pu Er tea) brut pour les faire vieillir dans des atmosphères plus sèches n'obtiendront jamais dans 50 ans des thés comparables aux thés de 50 ans d'age que l'on trouve sur le marché aujourd'hui ?

      Bien sûr ! Les marques rouges sont toutes des puerh (Pu Er tea) fermentés, ou des thés issus de stockage humides, à Hong Kong. Donc ce Taiwanais qui a écrit ce livre, monsieur Deng, a juste agi comme un reporter, il ne connaît pas la réalité. Il est venu a Hong Kong, il a juste regardé les stockages humides puis s'est écrié « ah c'est trop sale ». Puis il a regardé des marques rouges : « Ah ce thé est trop merveilleux ».

      Mais en réalité ça vient du même endroit. Avant de mettre le thé sur l'étagère, on le met dans un stockage (humide), le même. Donc il a fait une très mauvaise erreur, puis il a fait poursuivre ses instructions aux gens dans le Yunnan, c'est très stupide. En fait il n'y avait pas de Sheng Cha (puerh vert) dans l'histoire.

      Il y'a le lieu tout d'abord qui a son importance comme vous le signalez, mais il semble qu'à Hong Kong la maturation du puerh (Pu Er tea) soit devenue tout un art, et donc aussi en grande partie une histoire de technique et de savoir-faire, vous évoquiez par exemple le fait d'ouvrir ou de fermer la porte, le choix de tel ou tel quartier de Hong Kong en fonction de sa température et de son humidité, etc?

      Oui. Bien sûr, il y'a quelques spécifications, peut être pas trop humide, mais comment ? Comment dire ce qui est trop humide ? Ou pas trop sec... mais comment? cela veux dire quoi trop sec ? Donc on va par exemple garder 40% d'humidité, ou 80%, etc... mais dans le fond nous ne savons pas, parce que nous aurions besoin de beaucoup étudier le phénomène pour savoir (et ce n'a pas été fait).

      Wing-Chi IpWing-Chi IpWing-Chi Ip
      • 1.Wing-Chi Ip

      Les gens racontent juste des bêtises vous savez, ils devinent mais ils n'ont pas l’expérience. A Hong Kong il y a certains experts qui racontent des choses, ou en Chine il y en a aussi, mais ils ont juste des intuitions. Si vous voulez savoir de manière précise, vous devez étudier la chose, l'expérimenter.

      Donc on commence tout juste un projet très intéressant pour cela, on veux prendre 20 galettes, ou 40 galettes puis on les envoit dans des lieux partout autour du monde. Puis chaque année on prend une galette, on se rencontre et on la goûte ensemble.

      C'est déjà commencé ?

      Oui oui c'est juste en train de commencer. Bien sûr c'est quelque chose de très contraignant vous devez mesurer l'humidité et la température chaque jour. Le minimum, maximum, etc... pour pouvoir comparer.

      Pour moi je crois qu'il doit y avoir des conditions parfaites (au stockage du puerh), qui restent inconnues, et je ne crois pas que quelqu'un les connaissent, parce que je ne crois pas que ce genre d'expérimentation ait été faite.

      Donc nous sommes juste au début de la compréhension de la maturation du puerh ?

      Exactement. Peut être que la France est le meilleur endroit pour stocker le puerh. On ne sait pas, parce qu'on a jamais essayé. Peut être l'Amazonie est le meilleur endroit, je ne sais pas. Parce que l'on a différentes bactéries dans l'air, on a différentes températures, etc. Donc c'est vraiment différent. Donc qui sait? On a besoin d'avoir une étude détaillée.

      Pour le moment l'histoire nous dit seulement que dans la région de Guangdong, ça a été réussi, parce qu'on a encore différents puerh (Pu Er tea) de 50 ans, de 100 ans, stockés à Hong Kong donc on sait ce que ça a donné, et on peut encore avoir la chance de les goûter. Donc il s'avère que Hong Kong n'est pas un mauvais lieu pour stocker le puerh... mais je ne crois pas que ce soit parfait.

      Si vous trouvez un lieu, ou un moyen de stocker le puerh, ou un équipement particulier, vous pourrez peut être faire un thé en 10 ans qui sera similaire à un thé d'il y a 50 ans. C'est magnifique. Vous avez une machine, vous mettez le thé dedans, et vous en ressortez du vieux thé (rire)... Rien que en construisant la machine vous faites fortune.

      Je pense que c'est possible, pour le vin on a des caves à vin modernes, vous pouvez peux régler la température, l'humidité, etc. Ils vendent ça 6000 HKD ou 8000 HKD pour 60 bouteilles ou quelque chose comme ça. Pourquoi pas une machine à faire vieillir puerh? Vous régler juste l’humidité et température, c'est facile.

      Mais on manque de cette cette étude, on a besoin de trouver la formule parfaite, après seulement on pourra faire une machine à puerh. Bien sûr je suis trop vieux pour faire ça. On a besoin d'années pour étudier cela... mais si vous trouvez vous pourrez faire une belle fortune.

      Vous parlez d'une condition idéale de stockage, une sorte de formule parfaite entre humidité et température par exemple, qui resterait à découvrir. Mais parallèlement vous évoquez les variations saisonnières de Hong Kong entre été et hiver, et aussi tout le savoir-faire du stockage Hong Kongais, la nécessité de déplacer les galettes d'un lieu à l'autre, d'une pièce à l'autre, d'un étage à l'autre, etc. Est-ce que finalement la question ne tiendrait pas dans la technique et le savoir-faire, plus que dans cette hypothétique condition parfaite ?

      Je pense que d'un point de vue technique c'est très simple. La science et la technique sont aujourd'hui tellement sophistiquées, la seule chose qui est difficile c'est que nous ne connaissons pas le mécanisme exact (de la maturation du puerh).

      Aujourd'hui dans le Yunnan il y en a par exemple qui s'intéressent au Jing Hua, les fleurs d'or. Le Jing Hua est une genre de bactérie, et ils font tout un phénomène comme quoi ça serait une médecine miracle. Je suis curieux là-dessus. Je ne sais pas en quoi associé au puerh (Pu Er tea) cela pourrait agir sur le goût, l’arôme.

      Mais pour moi, depuis que j'ai commencé le thé j'ai essayé d'être plus rationnel. Je crois toujours que quand on parle de science, on doit avoir une approche scientifique. Quand on parle d'art on doit avoir une approche artistique. Mais maintenant les gens mélangent les deux, quand ils décrivent quelque chose d'artistique, de sensible, etc, ils prennent des positions scientifiques. Et quand ils parlent de science ils utilisent un savoir esthétique. Ca rend les choses très confuses.

      Donc je dit ok, pourquoi pas, le Jing Hua est peut-être bon parce que c'est une forme de bactérie, et que ça rappelle le thé agé. Mais je ne sais pas ce que cela peut donner (avec le thé). Il y en a qui sont persuadés et qui affirment que ça va donner un très bon goût, un très bon cha qi, etc... mais sans explication. On a besoin d'explications. Par exemple c'est quoi le produit généré par la fermentation ? Acides aminés ? Polyphénols ? On doit pouvoir l'expliquer.

      C'est comme a propos du cha qi, qu'est ce que le cha qi? Les gens, « Ahhh je sens une énergie ici ou là, ooooh c'est un très bon thé ». Et puis c'est parce ce thé a poussé dans cette région et cette région est très riche en minéraux, blablabla. Je me pose la question. Ok si c'est très riche en minéraux, dis-moi quel sont les minéraux dedans ? quel pourcentage, et la différence comparée à d'autres régions ? Et puis comment les minéraux peuvent avoir un rapport avec le cha qi? Et qu'est ce que le cha qi?

      Wing-Chi IpWing-Chi IpWing-Chi Ip

        On ne peut pas mélanger les choses comme ça. Donc maintenant c'est un problème dans l'étude du thé chinois, ou dans la culture du thé. Quand ils parlent de science ils utilisent des termes esthétiques. Quand il parlent d'art ils utilisent des termes scientifiques. C'est une question de terminologie. Il y a un manque d'explications logiques, de fondement logiques. Donc je pense que si on veut trouver quel est le moyen parfait de stocker le puerh, on a besoin d'être très scientifique, parce que c'est de la science.

        Quel type de bactérie tu dois induire ou rajouter sur le thé ? Et si vous pouvez trouver la meilleure bactérie, on peut la rajouter au moment de faire la galette, à l'intérieur même de la galette et le thé deviendra mature plus facilement ou quelque chose comme ça. Oui bien sûr la température, l'humidité, les cycles etc, on doit tout étudier, on ne peut pas juste dire « je suis un expert en thé je sais il faut ça ça et ça », je pense que c'est juste de la foutaise.

        Si on parle science, on doit donner des spécifications, quelque chose de quantitatif. Après si je parle de mon ressenti, je peux dire :  ok c'est un très bon thé, il est comme ça comme ça. Ce n'est pas pareil, c'est une approche différente.

        Après un premier boom du puerh (Pu Er tea) dans les années 90, le puerh (Pu Er tea) subira un second grand boom entre 2003 et 2007, puis après avoir flambé sans relâche pendant près de 5 ans, les prix se sont ensuite subitement effondrés en 2008. Lorsque l'on aborde le sujet dans le Yunnan on répond presque systématiquement que tout cela est arrivé à cause des Hong Kongais, où toute la chose aurait été orchestrée. Que pouvez vous nous dire de la question vu du coté Hong Kongais ? Que s'est-il passé et quelles ont étés les raisons de cette flambée des prix ?

        J'en suis très heureux (fous rires), parce que j'ai fait une petite fortune aussi (rires). Mais si je dois dire quelque chose, je pense que comme je l'ai dit précédemment, on doit prendre en considération la culture et la tradition de la consommation de puerh (Pu Er tea) à Hong Kong. A Hong Kong on n'a jamais bu de sheng cha, du puerh (Pu Er tea) vert, parce que c'est trop agressif pour nos estomacs, si on en boit longtemps ce n'est pas bon à terme pour l'estomac.

        Wing-Chi IpTasse de puerh <span class='translation'>(Pu Er tea)</span> sombre dans un Dim Sum à Hong KongFeuilles de puerh <span class='translation'>(Pu Er tea)</span> sombre dans un Dim Sum à Hong KongPuerh sombre
        • 2.Tasse de puerh (Pu Er tea) sombre dans un Dim Sum à Hong Kong
        • 3.Feuilles de puerh (Pu Er tea) sombre dans un Dim Sum à Hong Kong
        • 4.Puerh sombre

        Donc les Hong-Kongais boivent toujours le puerh (Pu Er tea) brun, qu'il s'agisse de puerh (Pu Er tea) fermenté artificiellement ou naturellement. Pour nous c'est la même chose parce que dans le fond on ne peut pas dire si c'est naturel ou artificiel. A Hong Kong on stocke le thé dans des zones humides, comme western district, on met les puerh (Pu Er tea) là-bas puis on les sort, puis on les remet, puis on les sort, on a une manière spéciale de stocker le puerh. Donc finalement vous pouvez plus dire dire si c'est artificiel ou naturel... mais ce qui compte c'est que l'on doit boire le puerh (Pu Er tea) de couleur brune, pas de couleur verte.

        Donc ça c'est la clef, c'est vraiment important j'espère que les gens peuvent comprendre cela. La fermentation artificielle du puerh (Pu Er tea) a donc été inventée à Hong Kong dans les années 60. Parce ce que à ce moment, avec la révolution culturelle en Chine, cela devenait vraiment sérieux, il n'y avait plus de thé qui arrivait à Hong Kong ! Mais à Hong Kong les restaurants ne pouvaient pas survivre sans thé puerh. Donc ils devaient acheter du puerh (Pu Er tea) vert de quelque part d'autre, au Vietnam, puis en Thailande, puis en Indonésie, parce que thé là-bas est pratiquement gratuit. Mais ce thé « vert » de ces pays est très amer, et très astringent, donc vous ne pouvez pas le vendre, et vous devez le transformer avant.

        Alors au début ils ont mis le thé dans des endroits humides, bien sûr c'est pas aussi simple il y a eu beaucoup beaucoup d'autres histoires entre, mais pour faire simple on a remarqué que après quelques semaines, mais rapidement tout de même, le thé aura changé de couleur. C'est très différent du stockage naturel. Le stockage naturel se fait dans un endroit modérément humide, donc le thé absorbe l'humidité, et ça prend du temps.

        Et comment alors obtenir plus d'humidité? En rajoutant de l'eau, en fermant les portes, puis en chauffant, et très très vite le puerh (Pu Er tea) devient noir. A ce moment il y'avait une rumeur comme quoi on teignait juste les feuilles en brun avec de l'encre! Cette histoire vient de Taiwan, mais en réalité c'est impossible. Les gens ont juste vu rentrer les feuilles vertes (dans nos stockages), puis ressortir brunes, donc ils ont cru qu'on les teignait.

        Finalement c'est par accident que les Hong Kongais ont inventé cette méthode, et ont permis de fournir les restaurant en puerh. Puis dans les années 70 une compagnie d'export de Guangdong est venue à Hong Kong pour apprendre cela. A Hong Kong les gens sont paresseux, ils veulent pas faire ce travail difficile, donc ils ont appris aux cantonnais à faire cela : Ok vous faites cela a Guangdong, c'est moins cher, puis après vous pouvez me revendre le thé.

        Puis ensuite ce sont les gens du Yunnan qui sont allé à Guangdong et ont appris des Cantonnais. Donc en premier ça a été Hong Kong, puis Guangdong, puis le Yunnan. Parce que la seule raison c'est que seul ça (le puerh (Pu Er tea) brun) est du puerh, le puerh (Pu Er tea) vert n'est pas du thé puerh, c'est juste un matériau brut. Ca devrait être un thé vert, un wulong, un thé blanc, quelque chose d'autre, mais pas du hei cha (thé sombre) ou du puerh. Donc c'est ça le puerh (Pu Er tea) dans notre esprit de Hong-Kongais.

        Mais comment, à partir de là, en est-on arrivé à cette flambée des prix, et quel a été le rôle de Hong Kong là dedans ?

        Hong Kong possède du vieux thé parce que Hong Kong est le seul lieu où l'on buvait du puerh (Pu Er tea) dans les années 50, 60 ou 70. A ce moment la Chine était dans une économie planifiée (communiste). Même à Guangdong vous ne pouviez pas choisir votre thé. Si le gouvernement ne pouvait pas vendre tel ou tel thé à l'export, il le destinait au marché interne. Donc en général on buvait en Chine du thé vert et du thé noir, parce que l'on ne pouvait pas vendre (à l'export) beaucoup de le thé noir à ce moment, avec la concurrence de l'Inde, etc.

        Donc on ne pouvait pas boire le moindre puerh (Pu Er tea) en Chine, et ils ont perdu cette tradition. Et puis le puerh (Pu Er tea) est vert à Taiwan parce que c'est un pays de Wulong, un pays de thé vert. Et donc Hong Kong est finalement le seul lieu d'origine du vieux thé, parce que à Hong Kong tous les restaurants avaient beaucoup de vieux thés dans leurs stocks. En particulier après la révolution culturelle, ils ne voulaient pas soudainement être à cours de stock et ne plus pouvoir faire de business. Donc après 1960 les restaurants ont stocké énormément de thé.

        Dans les années 90, mais en fait ça a commencé dans les années 80 avant que les Taiwanais ne spéculent et que les prix ne montent, beaucoup de gens ont commencé à collectionner des puerh (Pu Er tea) âgés. Ca a commencé depuis Taiwan. Les Taiwanais sont vraiment forts ils ont vu qu'il pouvaient faire du business et spéculer sur un tas de choses, les thés, mais aussi les boîtes, tout, ils sont capables de faire une fortune de n'importe quoi.

        Donc tout cela serait venu de Taiwan et non de Hong Kong?

        Oui oui oui oui, les Hong Kongais sont très stupides, ils ont juste bu et vendu le thé. A ce moment on ne s'en faisait pas parce que l'on avait beaucoup de thé, et puis il y a des Taiwanais qui ont vu ça et qui en on profité. C'est finalement très naturel ce qui c'est passé, après les années 2000 les Chinois ont commencé à devenir riche, ils avaient trop d'argent, donc ils avaient besoin de le dépenser ... et le prix a monté. Donc en premier c'est Taiwan, puis il y a eu les Coréens, puis les Chinois.

        Et donc oui le prix n'a pas arrêté de monter en flèche. En réalité ce n'est pas lié au puerh, si vous regardez la peinture chinoise, les antiquités chinoises, les prix sont complètement fou, c'est pas quelque chose de directement lié au puerh, c'est très naturel, juste parce que les stocks de vieux puerh (Pu Er tea) sont limités. En particulier il y a 50 ans, personne ne pouvait savoir combien de personnes en boiraient dans 50 ans, donc à ce moment la production était très limitée. Et puis ces thés ont été consommés avec le temps. Donc après l'an 2000, la demande et l'offre pour des thés des années 50 n'est plus équilibrée.

        Il y a aussi une autre chose très importante en Chine, c'est la culture du cadeau. Ils ont utilisé le puerh (Pu Er tea) comme une forme de cadeau, surtout si il était cher. Plus le thé est rare, plus il est cher et plus il deviendra cher, et inversement le thé commun deviendra de plus en plus commun.

        Donc il y a quelque chose de vraiment stupide, le puerh (Pu Er tea) brun devient aujourd'hui moins cher que le puerh (Pu Er tea) vert. C'est fou parce que le puerh (Pu Er tea) brun demande plus de travail, vous devez le faire, aussi ça prend du temps, de l'espace. Comment ce thé peut devenir moins cher que le vert ? C'est impossible, ce n'est pas normal. Même aujourd'hui ce n'est pas normal.

        Je comprends, le puerh (Pu Er tea) âgé était à Hong Kong dans les années 90, et devenant de plus en plus rare il devint de plus en plus cher. Mais comment cela a-t-il pu avoir une influence sur le cours du jeune puerh (Pu Er tea) brut dans le Yunnan, dont la production est au moins équivalente à la demande si ce n'est plus, et a pu être à l'origine cette l'incroyable hausse des prix du matériau brut dans le Yunnan entre 2003 et 2007?

        C'est juste une question d'offre et de demande. Et en fait le puerh (Pu Er tea) est trop peu cher. Même aujourd'hui le puerh (Pu Er tea) est trop peu cher, quand vous comparez par exemple avec le wulong, ou le thé noir, ou quelque chose comme le Bi Luo Chun ou le Long Jing. Récemment ils ont fait un nouveau thé noir, quelque chose qui coûte plus de 20000 HKD pour 500g... c'est fou! Quand vous comparez avec le puerh (Pu Er tea) vous trouvez que même Banzhang, ou des puerh (Pu Er tea) comme ça sont vraiment pas si chers.

        Bien sûr vous pouvez dire que ces thés noirs supérieurs c'est beaucoup de travail parce que c'est que du bourgeon, etc, et que le puerh (Pu Er tea) c'est un thé très brut, etc. Mais pour moi le puerh (Pu Er tea) reste un thé très peu cher. Parce que le puerh (Pu Er tea) n'était rien avant, ça commence tout juste à démarrer. Et à part Lao Banzhang, d'autres puerh (Pu Er tea) coûtent seulement une centaine de HKD pour un kg, c'est vraiment bas.

        A la fin des années 80 ou au début des années 90 quand je suis allé dans le Yunnan, les fermiers coupaient les arbres (à thé), et plantaient du maïs, et de la canne a sucre. Parce que simplement à ce moment une usine de sucre a été construite, et donc ils prêtaient de l'argent aux paysans : Ok tu plantes de la canne à sucre, je te donne de l'argent, après quand tu auras de la canne à sucre tu me rendras l'argent et je t’achèterai ta production, quelque chose comme ça, Donc les paysans ont simplement brûlé la montagne et coupé les vieux arbres, et ils ont stupidement planté du maïs et de la canne a sucre. Parce qu'ils n'en avaient rien à faire (du thé).

        C'est pourquoi je pense que le puerh (Pu Er tea) est trop peu cher. Si vous donnez pas assez aux paysans, les paysans vont couper les arbres. Parce que tout le monde veut gagner de l'argent, en particulier aujourd'hui en Chine. Les paysans sont en fait très humbles mais ils ont besoin d'argent. Je pense que si vous pouvez les payer plus, et que les paysans vivent de manière confortable, ils vont prendre soin des arbres, et ils feront du thé de meilleure qualité.

        Excepté le vieux thé, le puerh (Pu Er tea) est donc pas cher. Mais le vieux thé c'est comme les antiquité, c'est un autre marché, c'est pas le marché du thé. Tu peux dire que c'est un marché d'antiquité, un marché du « cadeau », un marché d'investissement, mais c'est une autre chose qu'un marché de thé. Et dans ce marché, il y a trop d'argent, les gens ont trop d'argent à dépenser, oui.

        Quand je regarde la carte des thés à la dégustation ici (Lock Cha Tea House), il y a des thés à 8000 HKD, ou 10000 HKD, ça arrive souvent que des gens s'assoient ici et commandent un thé à 10000 HKD ?

        Non. A Hong-Kong non. Je vous le dis franchement, à propos des Marques Rouges, il y a un temps je finissait une Marque Rouge en une ou deux semaines. Et maintenant je n'en ai pas touché depuis 10 ans! Parce que (rires) quand j'en prend une, je la regarde... et je me dit : Oh ! c'est quand même 100000 HKD, c'est mieux de la remettre à sa place, et boire un autre thé (rires).

        Carte de Lock Cha Tea HouseMarque rouge appartenant à Wing-Chi IpMarque bleue appartenant à Wing-Chi IpWing-Chi Ip
        • 1.Carte de Lock Cha Tea House
        • 2.Marque rouge appartenant à Wing-Chi Ip
        • 3.Marque bleue appartenant à Wing-Chi Ip
        • 4.Wing-Chi Ip

        Même moi je veux plus les boire, parce c'est trop cher, pour moi. Sauf un jour vraiment spécial, ou un événement spécial, sinon je préfère les vendre plutôt que les boire. C 'est trop cher ! Franchement je suis pas si riche. J'ai pas ouvert une Marque Rouge depuis 10 ans, c'est trop pour moi.

        De l'art Chinois à l'art de la maison de thé...

        Vous avez commencé votre parcours par étudier et pratiquer l'art Chinois. En 1980 vous entrez dans le commerce des théières, pour passer en 1990 à la vente du thé, et finalement en 1997 ouvrir cette maison de thé (Lock Cha Tea House). Comment voyez-vous cette maison de thé ? Comme l'aboutissement de votre parcours ?

        Oui, je pense que oui. Quelqu'un m'a dit une fois que tout le monde dans la vie ne pense qu'à une bourse et à des pièces. Mais ce que tu as vraiment besoin c'est d'une ligne, d'un bout de fil pour les mettre ensemble, et c'est ce qu'il y'a ici (Lock Cha Tea House). Donc je suis très heureux d'avoir trouvé cette ficelle, d'avoir ce cadre et de pouvoir y mettre ma peinture, mon art, ma philosophie, ma carrière, mon travail, tout ensemble. Aujourd'hui tout le monde a beaucoup d'opportunités, beaucoup de pièces et de bourses, mais en général ils manquent d'un bout de ficelle. Donc si tu trouves ce bout de ficelle tu as de la chance. Je pense que j'ai de quoi être heureux de pouvoir passer ma vie dans le thé, les théières, la philosophie, l'art... ça a embellit ma vie !

        Vous avez ouvert votre maison de thé en 1991, il y a 20 ans de cela dans une période très dynamique pour la culture du thé à Hong Kong. Pouvez-vous nous parler de votre vision de la culture du thé à Hong Kong et comment votre maison de thé s'inscrit dedans ?

        En réalité au début je n'ai ouvert qu'un petit magasin de vente au détail. Cette maison de thé a été ouverte il y a 7 ans, en 2003. Mais bien sûr j'aime beaucoup les maisons de thé, en 1995 j'avais déjà ouvert une maison de thé à Suzhou en Chine. Et puis quand j'ai ouvert celle-ci à Hong Kong (Lock Cha Tea House) j'ai fermé celle de Suzhou. Donc au début je n'avais qu'un magasin de thé ici. Une maison de thé c'est une forme de... quelque chose comme une scène. Tu performes quelque chose sur une scène. Donc c'est quelque chose de très bon pou soi: avoir quelque chose dans l'esprit, pouvoir transmettre un message aux gens qui viennent. C'est pourquoi j'aime les maisons de thé.

        Avant d'avoir cette maison de thé, je faisais déjà des réceptions de thé dans une autre boutique, au premier étage on organisait des concerts de musique (traditionnelle). Ce programme de concerts a commencé en 2001 et on va donc célébrer cette année notre 10ème anniversaire. On a maintenant tout un programme culturel que j'ai conçu pour ma maison de thé, le dimanche il y a des concerts, le premier vendredi du mois on organise des discussions où sont invitées des personnalités très connues.

        Donc j'essaye de voir une maison de thé comme une sorte de lieu d'échange culturel. Si les gens aiment, ils boivent du thé et puis ils se libèrent l'esprit. Je pense que la culture n'est pas quelque chose que vous devez enseigner ou promouvoir, comme une exposition sur le thé par exemple, ça c'est toujours commercial, ou une école ou des choses comme ça. Je pense que dans une maison de thé vous êtes confortablement installé et vous appréciez l'instant. On a tous différentes choses dans la tête à propos du thé, mais cette maison de thé peut toutes les accueillir, les gens viennent simplement pour apprécier le thé.

        Lock Cha Tea HouseLock Cha Tea HouseLock Cha Tea HouseWing-Chi Ip à Lock Cha Tea House
        • 1.Lock Cha Tea House
        • 4.Wing-Chi Ip à Lock Cha Tea House

        Bien sûr à travers la décoration, à travers le service, à travers le thé, vous transmettez des messages aux gens, vous leur permettez d'apprécier, de sentir. Je pense que c'est très important pour créer une maison de thé.

        A propos des maisons de thé, je pense que en Chine ou n'importe où sur Terre, il y a des gens qui prennent la chose trop au sérieux, d'autres qui la prennent d'une manière trop commerciale, aucun d'eux n'a raison. J'ai donc pensé que je pouvais garder un équilibre, c'est pourquoi j'ai donné à mon entreprise le nom de Lock Cha (樂, Lock, signifie le bonheur, la fortune ou encore prendre du plaisir, ndrl).

        Parce que à ce moment, en 1991, c'était une période très enthousiaste et active dans la promotion de la culture du thé. Je pense que c'était trop arrogant. En particulier avec mon parcours, j'ai étudié la philosophie chinoise et l'histoire de la Chine, la Chine a une longue histoire. Donc, on me demande: Mais qu'est ce que tu fais ? Juste boire une tasse de thé et puis tu discutes d'art, de culture, ça ça a 5000 ans et blabla, non c'est trop. Alors je dis juste, ok profite du thé, prend du plaisir (樂).

        Donc c'est le sens du nom de mon entreprise. Le sens qu'il y a derrière est que je ne m'en fais pas trop à propos de la culture. Bien sûr ce n'est pas juste parce que je veux faire les choses d'une manière plus appréciable, mais plus les faire avec une signification différente, quelque chose de poétique, avec un sens profond, et différentes couches. Mais je ne veux pas instruire les gens, faire de la propagande ou quelque chose comme ça.

        Tu viens simplement, et tu prends du plaisir. En fait j'aime vraiment beaucoup les poèmes. En voici un :

        好雨知时节. La bonne pluie connaît son temps,
        当春乃发生. Arrive à l'heure du printemps.
        随风潜入夜. Suivant les vents elle pénètre la nuit en secret,
        润物细无声. Silencieuse elle humidifie toute chose avec docilité.


        C'est ma vision, mon esprit à propos de la création de cette maison de thé.

        J'ai aussi lu que en dehors de l’organisation d’événements, de concerts, de recontres, vous essayez aussi dans cette maison de thé de « vendre le thé comme un produit culturel ». Qu'est-ce que cela veut dire pour vous? Comment peut-on vendre le thé comme un produit culturel?

        Vous ne pouvez pas y échapper! Le thé est un produit culturel, c'est plus qu'une boisson. Mais c'est très difficile de définir ce qu'est la culture. Parce que si vous voulez définir une culture, elle est déjà morte, comme quelque chose dans un musée. Je pense que la culture est quelque chose dans la manière de vivre ou la manière de penser et donc c'est omniprésent dans votre vie, dans ce que vous faites, dans ce que vous pensez il y a une culture. Mais si vous essayez de le définir comme un phénomène, il est déjà passé.

        Donc on ne sait pas ce qu'est la culture aujourd’hui, mais on vit dedans. Bien sûr pour chaque type de vie vous avez différentes directions, différents niveaux, et j'essaye juste de vivre dans ma voie. Si vous trouvez qu'il y a quelque chose dans cette voie qui est un petit peu en résonance avec vous, alors vous pouvez peut-être apprécier ma pensée. Si vous n'êtes pas en résonance vous ne la percevrez pas. C'est comme une radio, si vous tournez le bouton sur la bonne fréquence vous savez de quoi je parle, si vous tournez sur une autre fréquence, vous aurez une autre chose, et peut-être que l'on ne sera pas connectés ensemble.

        Je pense que c'est une forme de Yuan, vous êtes venu dans cette maison de thé, vous m'avez rencontré, vous voyez mon style ou la manière dont je vois les choses, et tout prend sons sens, vous percevez le sens qu'il y'a derrière et après on est connectés, puis on peut se connaître.

        Donc c'est un produit culturel, quelque chose de culturel, oui. Mais si vous ne pouvez pas attraper le sens derrière, c'est juste une boite de thé, juste une boisson. Mais ce n'est pas ça, non. Je pense, j'ai pensé, que je pouvais en faire plus que ça. Dans quelques articles que j'ai écrits par le passé, j'ai toujours mentionné le thé comme un miroir: il reflète votre personnalité, il reflète votre esprit, et votre manière de penser.

        Dans l'histoire du thé japonais il y'a un quelque chose lorsque Sen Rikyu et Hideyoshi font le thé. Hideyoshi est un très fameux et puissant samouraï, il a conquis tout le Japon et donc il construit pour ĺ'empereur une maison de thé entière, où tout était fait en or. Et puis Sen Rikyu fait une autre cérémonie du thé pour la cour. Il emmène l’empereur dans un lieu très simple, avec juste 3 tatamis, et il sert le thé avec un bol. Le thé est le même, mais le sens est différent. Et ce n'est pas le sens du thé, c'est le sens de Sen Rikyu et de Hideyoshi . Donc je pense que quiconque, quand il fait une tasse de thé, dit quelque chose.

        J'aime faire le thé d'une manière très simple, très confortable, mais du bon thé. Je ne veux pas performer comme ça (il mime une cérémonie du thé formelle), j'aime pas ça.

        D'un coté vous avez une boutique de thé, une maison de thé, vous vendez des théières, que vous dessinez parfois, et d'un autre coté vous êtes artiste, calligraphe, peintre. Est ce que vous ne voyez pas le thé, la productions de théières, le choix de vos propres thés, mais aussi votre maison de thé, comme finalement un moyen d'expression et de création, au même titre que par exemple calligraphie ou la peinture?

        Exactement. Exactement, une maison de thé c'est une création, c'est votre œuvre d'art. Samedi dernier on a eu un concert ici et j'ai justement répondu à cette question. Après le concert je parlais avec un musicien, et il a remarqué qu'il y avait toujours un petit détail de nouveau ici. Je ne suis pas comme d'autre gens qui font la décoration, puis qui la laisse simplement, et travaillent juste pour le business. Je change toujours un peu quelque chose tous les mois, ou tous les 2 mois. Parce que je ne pense pas que que ici ce soit un lieu de business. Les gens investissent simplement de l'argent, engagent un designer, et c'est fini. Ils font juste du business, et toute la décoration n'est là que pour servir le business. Rien de plus.

        Lock Cha Tea HouseWing-Chi Ip à Lock Cha Tea HouseLock Cha Tea HouseLock Cha Tea House
        • 1.Lock Cha Tea House
        • 2.Wing-Chi Ip à Lock Cha Tea House
        • 3.Lock Cha Tea House

        Mais pour moi cette maison de thé c'est une partie de ma vie, donc c'est juste comme quand vous faites une peinture, parfois vous voulez changer quelque chose ici, parfois vous voulez rajouter quelque chose là, parce que pour moi une maison de thé c'est toujours une création. Bien sûr je veux aussi garder ma maison de thé comme un lieu que j'habite, un lieu que j'apprécie, un lieu d'échange avec d'autres gens, pas qu'un simple commerce. Donc heureusement pour cela j'ai étudié l'art, l'esthétique, donc je n'ai pas besoin d'engager quelqu'un d'autre pour la décoration.

        Et aussi j'aime les maisons de thé (sourire) parce que j'aime aller ici ou là, dépenser de l'argent pour chercher quelque chose comme ci ou comme ça que je ramène dans ma maison de thé pour la décorer... et parfois je vends cet objet finalement (rires), et donc je fais aussi de l'argent. Donc je pense que c'est une très bonne chose, et je mets toujours de nouveaux éléments dedans.

        C'est un hobby, c'est de la décoration, et c'est peut être aussi du business, c'est quelque chose de très plaisant, et que tu peux partager avec les gens. Vous allez quelque part à a recherche de quelque chose, puis finalement vous la trouvez et vous la mettez juste ici... puis quelqu'un la perçoit, l'apprécie, cela vous rend très heureux. C'est pourquoi j'aime les maisons de thé.


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