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Il existe dans le Yunnan des thés rares, à la coloration ou aux reflets violets. Lorsque l'on a de la chance, il nous est possible de croiser de telles feuilles sur un arbre ancien au cœur de la foret ou au détour d'un Jardin à thé. Ensuite, on les retrouve parfois compressées en galettes ou en briques. Recherchés pour leur arômes, leur rareté et leurs bienfaits naturels, ces thés sont vendus, souvent chers, sous les noms de Zi Juan (紫娟), Zi Ya (紫芽) ou plus simplement Zi Cha (紫茶), thé violet, parfois aussi appelés thés pourpres en Français.

Comme bien souvent ce que l'on dit ici et là, le discours des vendeurs ou ce qui est écrit sur les galettes est très inexact et j'ai donc enquêté plus profondément sur l'origine, la nature et les propriétés de ces différents thés violets...

Bon voyage donc dans l'univers étonnant des feuilles pourpres.

Thés violets, une mutation rare, naturelle et recherchée du Camélia Sinensis

L'on entend souvent que tous les thés proviennent d'un même arbre, le fameux Camélia Sinensis. Si d'une certaine façon ce n'est pas tout à fait faux et que tous les théiers découlent du Camélia Sinensis, il en existe une multitude de types différents, en particulier dans les arbres anciens du Yunnan desquels proviennent le puerh, et qui comptent près de 200 variétés distinctes.

Au sein des thés verts et des oolong on note déjà différents cultivars, plus ou moins l'équivalent de ce que le cépage est au vin, parfois développés par l'homme par un long travail de sélection et de croisements. Ces arbres étant maintenus à l'état d'arbustes et remplacés régulièrement, ils n'ont cependant guère l'occasion de se croiser et de donner naturellement naissance à de nouvelles variétés de théiers.

Implantés au cœur des forets ou dans des zones à forte biodiversité, des vieux arbres à thé poussent depuis centaines d'années dans le Yunnan de manière totalement intégrés avec l'écosystème naturel. Ces arbres sont à l'origine de nombreux croisements et mutations naturelles, notamment (mais pas uniquement) responsables des grandes différences d'arômes que l'on remarque d'une région du Yunnan à une autre.

Arbre à thé poussant au coeur de la foret à YiWuJardin à thé moderne à NanuoVieux théiers de plantation dans la montagne JinuoFeuilles violettes sur un arbre à thé de YiWu
  • 1.Arbre à thé poussant au coeur de la foret à YiWu
  • 2.Jardin à thé moderne à Nanuo
  • 3.Vieux théiers de plantation dans la montagne Jinuo
  • 4.Feuilles violettes sur un arbre à thé de YiWu

Issu d'une mutation naturelle relativement rare, il arrive ainsi parfois qu'un théier produise des feuilles ou des bourgeons... violets! Cette teinte est due à une pigmentation d'anthocyane dont nous parlerons dans la suite de l'article, substance naturelle colorée responsable notamment de la couleur de certaines plantes comme la myrtille, la mûre ou la cerise et que certains arbres à thé produisent en quantité importante et en addition de la chlorophylle, responsable quant à elle de la couleur verte des feuilles de thé. Cette teinte violette ne touche en général que les bourgeons, ou les très jeunes feuilles qui bordent ces bourgeons, mais parfois cette étendue violette peut être plus large et se répandre à l'ensemble de l'arbre.

Or cette mutation de la plante n'a pas qu'une conséquence visuelle, mais influe bien sur les arômes du thé qui en résultera. Jusqu'à il y à très peu de temps on ne portait guère attention à cela et les feuilles violettes, rares, étaient soit jetées au moment du tri, soit mélangées au milieu des autres feuilles et se retrouvaient au petit bonheur la chance au milieu des galettes. Encore aujourd'hui de nombreux producteurs ne prennent pas garde à ces rares feuilles pourpres, leur quantité étant trop faible pour faire l'objet d'une production spéciale, et les intègrent donc avec leurs sœurs vertes au milieu de leurs galettes. D'autres se sont plus particulièrement intéressés à ces feuilles, notamment pour leur goût singulier et comme nous le verrons plus bas pour leurs bienfaits, et ont produit des thés exclusivement à partir de feuilles violettes.

Ces thés sont parfois appelés en Chine thé des trois couleurs: Violettes sur l'arbre, les feuilles une fois sèches et travaillées deviennent en effet d'un vert sombre pratiquement noir sur lesquelles on retrouve parfois de légers reflets pourpres, puis reprennent des couleurs et se changent en quelque chose de vert intense une fois infusées. La liqueur est pour sa part en général d'un or cuivré intense et profond. Il s'agit souvent de petites productions, soit issues de certains terroirs où l'on trouve une plus grande concentration naturelle de théiers violets et où ces feuilles seront cueillies séparément et pressées à part, soit plus souvent dans des jardins de théiers violets, où les arbres ont été obtenus par bouturage de théiers anciens ayant la faculté de produire des feuilles violettes.

Feuilles violettes de Zi Cha, sur un arbre à YiWuMao cha de feuilles violettes travaillées (Wang Bing, YiWu)Galette de Zi Cha compressé (Haiwan)Feuilles violettes une fois infusées (Shi Dai Mao)
  • 1.Feuilles violettes de Zi Cha, sur un arbre à YiWu
  • 2.Mao cha de feuilles violettes travaillées (Wang Bing, YiWu)
  • 3.Galette de Zi Cha compressé (Haiwan)
  • 4.Feuilles violettes une fois infusées (Shi Dai Mao)

Vendus en vrac, compressés en galettes ou en briques, ces thés sont en général appelés Zi Cha (紫茶) qui signifie thé violet ou thé pourpre, ou parfois Zi Ya(紫芽), signifiant bourgeons violets. Il n'y a cependant pas de définition stricte de ces appellations, qui ne concernent pas un cultivar (famille de thé définie) précis mais toute mutation aboutissant à une coloration du bourgeon ou de la feuille. Zi Ya, signifiant bourgeon violet, n'est censé concerner que le cas d'arbres dont le bourgeon et en général les trois premières feuilles sont violettes. Excessivement rarement, pour ne pas dire jamais, composées de bourgeons purs (vu la rareté du bourgeon violet), les galettes de Zi Ya comportent tout de fois en général plus de bourgeons violets que les thés simplement appelés Zi Cha (signifiant thé violet), qui concerne tout thé dont les feuilles présentent une coloration violette.

Pur bourgeons violets (Zi Ya)Pur bourgeons violets (Zi Ya) infusésGalette contenant des bourgeons violets (Haiwan)Feuille de Zi Cha infusées (Wang Bing, Yi Wu)
  • 1.Pur bourgeons violets (Zi Ya)
  • 2.Pur bourgeons violets (Zi Ya) infusés
  • 3.Galette contenant des bourgeons violets (Haiwan)
  • 4.Feuille de Zi Cha infusées (Wang Bing, Yi Wu)

Tout comme certains affirment la supériorité du thé vert ou blanc pur bourgeon, de par sa rareté, ce qui est totalement absurde, certains vendeurs prônent la supériorité du thé de bourgeon violet sur le thé violet, ce qui n'est pas moins absurde et n'a aucun fondement gustatif. Comme pour n'importe quel autre thé certaines galettes de tel ou tel thé violet sont très bonnes tandis ce que d'autres sont médiocres. Car il est important de noter à nouveau que ces dénominations ne portent en aucun cas sur des cultivars (cépages) précis mais concernent diverses mutations naturelles produisant le coloration (d'anthocyane), et que donc derrière les mots de Zi Cha ou de Zi Ya peuvent autant se trouver divers vieux arbres multi-centenaires de nature différente, que des cultures plus ou moins intensives bouturées sur ces arbres, le tout poussant dans des terroirs divers et variés.

Galette de Zi Cha (Yeshan cha ye)Vendeuse de thé présentant un Zi ChaComparaison de la liqueur dorée profonde de deux Zi Cha d'arbres anciensZi Cha infusé (Wang Bing, WiYu)
  • 1.Galette de Zi Cha (Yeshan cha ye)
  • 2.Vendeuse de thé présentant un Zi Cha
  • 3.Comparaison de la liqueur dorée profonde de deux Zi Cha d'arbres anciens
  • 4.Zi Cha infusé (Wang Bing, WiYu)

Le thé violet, bien qu'il soit souvent vendu cher, n'est donc non seulement pas un gage de qualité mais n'a pas de véritable caractère gustatif. Si on peut tout de même noter certaines permanences aux thés violets, comme une certaine douceur dans le goût, une amertume totalement absente ou moins marquée que d'autres puerh, et pour certains des hui gan frais pouvant rappeler des thés âgés, il n'y a pas de véritable "goût Zi Cha" ou de "goût Zi Ya" et les arômes de ces thés sont variés selon la véritable nature des arbres, les terroirs dont ils proviennent, et la qualité du travail des feuilles. Bon nombre de thés violets goûtés dans le cadre de cet article se sont ainsi avérés totalement médiocres et ne valaient en aucun cas leur prix. D'autres, comme les quatre thés ci dessous ont pour leur part présenté non seulement une certaine originalité mais de véritables qualités. Petite pause dégustation donc avant de poursuivre cet article et notre exploration des thés violets, avec pour commencer quelques thés violets haut de gamme, issus de mutation naturelle du théier.
Nous commencerons par une excellente galette produite par Wang Bing en 2009, pour un auteur et éditeur de Kunming et déjà présentée dans l'aricle complet sur ce producteur.

Tai Di contenant des arbres violets à Yi WuFeuilles de thé violettes sur un arbre à Yi WuDégustation de thé violet chez Wang Bing à Yi WuDégustation de thé violet chez Wang Bing à Yi Wu
  • 1.Tai Di contenant des arbres violets à Yi Wu
  • 2.Feuilles de thé violettes sur un arbre à Yi Wu
  • 3.Dégustation de thé violet chez Wang Bing à Yi Wu

Ce thé est un assemblage de théièrs violets issus de mutation naturelle collectés et sélectionnés par Wang Bing à partir de différents jardins à thé de Yi Wu. Les arbres qui composent cette galette sont en général assez jeunes, soit quelques dizaines d'années, et les jardins dont ils sont issu ne contiennent en général qu'une poignée de ces arbres.

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Trois ans plus tard, une nouvelle série spéciale de ce thé violet, issu exclusivement de cueillettes de printemps est pressée par Wang Bing à ma demande. Sous le nom cette fois de Zi Yo Cha, le nom local utilisé pour désigner ce thé à Yi Wu et qui signifie thé gras violet, de par l'aspect luisant des feuilles, elle vient accompagner une série haut de gamme de 3 autres galettes 2012 de ce producteur.

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Goûtons à présent un autre thé violet de grande qualité venant cette fois de la région de Pu'Er, sélectionnée elle aussi par professeur Wang à Kungming, qui fut à l'origine de l'Or violet originale que nous avons goûtés précédemment.

Il s'agit d'une brique de 250g produite par Lao zhi hao (老枝亳) dont les feuilles sont issues de vieux arbres de Jingu, dans la région de Pu'er cette fois, et qui sont elles aussi le fruit d'une mutation naturelle du théier.

Bien que possédant un caractère bien distinct du thé précédent, on y retrouve certains traits communs, qui commencent à tracer un contour à la famille des puerh (Pu Er tea) violets. Je pense notamment à une certaine rondeur sur laquelle se pose des soupçons vaporeux d'arrière goût frais...

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Toujours dans le domaine de thé violet de vieux arbres goûtons à présent une autre galette de thé violet très haut de gamme, pressée elle aussi pour le professeur Wang en 2010. Produit par Yeshan cha ye (野山茶業) ce thé provient d'arbres anciens de la montagne Wa à Ximeng, toujours dans la région de Pu'Er, à 20 km seulement de la frontière Birmane. Ce thé joue d'une certaine manière avec les mêmes armes que le thé précédent, grande rondeur et sobritété, intensité et complexité de l'arome, épaisseur de la liqueur et soupsons de fraicheur dans le hui gan, tout en poussant plus loin encore l'impression d'équibibre et d'une précieuse pureté.

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Poursuivons cette découverte gustative avec des thés moins haut de gamme, et vendu à des prix plus populaires, mais qui restent de qualité (je n'aborderais pas les innombrables thés violets imbuvables, ça n'a que peu d’intérêt), en commençant par un thé de grosse production, pressé par Haiwan en 2007 sous la marque Jiajia, initialement conçue pour des thés particulièrement populaires.

Haiwan, grand producteur auquel j'ai déjà consacré un article a ainsi produit annuellement des galettes de Zi Ya (bourgeons violets) entre 2005 et 2007 celle ci étant du millésime 2007. Fidèle à la tradition de Haiwan, il s'agit d'un assemblage de différentes feuilles et bourgeons conçu par Zou Bing Liang, fondateur et maître blender de Haiwan.

Bien que nomée Zi Ya (bourgeons violets), cette galette contient soit quelques bourgeons mais aurait peut être ainsi pus être nomée avec plus d'objectivité thé violet. Largement différente des autres thés goutés cette galette nous rapelle que le thé violet est un large domaine et ne possède pas nécessairement une identié gustative précise. Dans les mains de Zou Bing Liang, ces feuilles violettes se font nettement plus masculines, brutes, et laissent de coté la rondeur cuivrée pour exlater la capacité du thé violet à jouer sur la fraicheur de l'arrière gout et à se faire passer pour plus agées qu'elles ne le sont...

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Pour finir cette petite dégustation de thés violets j'aimerais vous parler de cette étonnante galette de Zi Cha premier prix. Dans l'ensemble toutes les galettes de Zi Cha bon marché que j'ai pu goûter se sont avérées détestables et ont de toute évidence été produites plus pour leur couleur que pour leur saveur. Cette galette produite par Shi Dai Mao à Jingu fait exception, et bien qu'elle reste tout de même et incontestablement inférieure aux autres Zi Cha testés c'est un thé tout à fait correct que l'on prend un réel plaisir à boire.

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Les thés violets du Yunnan sont généralement travaillés comme des thés puerh (Pu Er tea) (voir article De l'arbre à la galette), notamment car c'est la tradition dans le Yunnan. Il ne sont par ailleurs généralement pas fermentés, ce qui se comprend aisément de par le prix élevé des feuilles violettes. Il y'a cependant toujours des exceptions à tout, et des producteurs qui cherchent à exploiter de différentes manière le potentiel de ces feuilles violettes.

C'est notamment le cas d'un petit producteur de la région de De Hong, qui produit un thé rare, étonnant et très haut de gamme, aux colorations violettes. Il s'agit d'un thé produit à partir d'une variété sauvage de théiers à grande feuille telle qu'on en utilise pour produire des puerh (Pu Er tea) d'arbres sauvages, mais au lieux d'être travaillées à la manière d'un puerh, les feuilles sont finement fermentées d'une manière inspirée des thés noirs du Yunnan (Dian Hong). Le résultat est étonnant et absolument éblouissant!

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Le Zi Juan, le nouveau Cultivar violet du Yunnan!

Différentes recherches ont étés faites en Chine autour de ces thés violets, et notamment afin d'en isoler un cultivar donné. Dans les années 50 déjà des chercheurs du centre de recherche du Yunnan sur le thé découvrent dans la région de Nanuo des arbres possédant à la fois bourgeons et feuilles violettes. En 1985 une expédition retourne à Nanuo dans le but d'isoler un type d'arbre violet sans succès. En mai de la même année ils découvrent au cœur de leur propre plantation de Nan Zhen, dans la région de Menghai, un théier possédant tige, feuilles et bourgeons violets.

Village ShiTouZhai, dans la montagne NanuoMontagne NanuoVieil arbre à thé à NanuoFeuilles violettes de Zi Juan (YiWu)
  • 1.Village ShiTouZhai, dans la montagne Nanuo
  • 2.Montagne Nanuo
  • 3.Vieil arbre à thé à Nanuo
  • 4.Feuilles violettes de Zi Juan (YiWu)

Ce cultivar est alors isolé et nommé, le Zi juan (紫娟) était né. Il est caractérisé par une tige partiellement violette, des feuilles vert-violettes de forme elliptique allongée et des bourgeons violets au duvet abondant. Une fois travaillé le mao cha devient noir-violet intense et la liqueur que produit son infusion d'un gris-violet étonnant. Les conditions idéales de culture tiennent dans un lieu chaud et humide, une terre dont le ph est compris entre 4,4 et 5,5, mais le Zi Juan s'adapte particulièrement bien à différents terroirs, pousse aisément entre 800 et 2000 mètres d'altitude et présente une excellente résistance au froid, à l'excès de chaleur, et aux insectes.

En 1986 seront plantés par reproduction asexuée 0,9 Are (90 mètres carrés!) de ce nouveau cultivar, qui restera excessivement rare jusque dans les années 2000 ou les premières graines de Zi Juan seront produites par le centre de recherche du Yunnan et commercialisées. Bien que l'on compte aujourd'hui près de 200 hectares de Zi Juan à travers le Yunnan, principalement dans le Xishuangbanna, les régions de Pu'er, Lincang et Baoshan, cela reste un thé rare, cher et très recherché, pour son goût mais aussi ses propriétés.

Contrairement aux autres thés violets, les Zi Juan provenant tous de la même souche ont un caractère gustatif défini et commun à tous. C'est tout d'abord d'une très grande douceur et sans la moindre amertume, avec des arômes aiguisés et épicés uniques qui ne se réfèrent vraiment à aucun autre thé. C'est intense, léger en bouche et très frais, rafraîchissant, et si on y retrouve pas le corps et la force de certains puerh (Pu Er tea) (les arbres de Zi Juan ont pratiquement exclusivement moins de 10 ans) on y trouve une richesse gustative et une complexité auxquelles peu d'autres thés du Yunnan (notamment des thés vert) peuvent prétendre, des pointes épicées qui semblent osciller entre floral et le fruité.

Feuilles violettes de Zi Juan (YiWu)Mao Cha de Zi Juan (Wang, YiWu)Liqueur gris violette de Zi JuanLiqueur gris violette de Zi JuanFeuilles infusées de Zi Juan (Wang, YiWu)
  • 2.Mao Cha de Zi Juan (Wang, YiWu)
  • 3.Liqueur gris violette de Zi Juan
  • 5.Feuilles infusées de Zi Juan (Wang, YiWu)

De par la rareté de ce cultivar, sa très récente arrivée sur le marché et donc le faible rendement de ces jeunes arbres violets, ainsi que le prix prohibitif auquel les boutures et les graines se vendent (un petit producteur nous confiait avoir acheté ses graines de Zi Juan à plus de 1 RMB () (9 centime d'euro) la graine en 2006), le véritable Zi Juan est aujourd'hui un thé qu'il n'est pas si courant de trouver dans le commerce. Les quelques malheureux kilogrammes de Zi Juan que produit un certain nombre de producteurs font sauvant office de micro-productions privées, sont voués à devenir des collectors, ou à être offertes... lorsqu'elles sont pressées, car bien souvent le Zi Juan est gardé à l'état de mao cha précieux que l'on ne propose de goûter qu'aux amis et visiteurs comme certaines bouteilles de vin noble qui ne quittent jamais les caves d'où elles proviennent.

Cette rareté du Zi Juan devrait cependant tendre à disparaître progressivement dans les prochaines années, de plus en plus de producteurs s'intéressant à ce cultivar, souvent alléchés par la perspective de gros profits aux reflets violets, et les arbres plantés dans les années 2004-2007 commençant à permettre des récoltes correctes. Certains producteurs de mao cha en gros proposent déjà aujourd'hui du Zi Juan au kg, à un prix élevé tout en restant raisonnable, mais malheureusement la qualité de ces Zi Juan de grande production que j'ai pu goûter laissait passablement à désirer et de loin ne valent pas les petites productions que j'ai pu boire comme les premières galettes de Zi Juan de Wang Bing ou ce comme ce mao cha non commercialisé produit par Jinuo Shan Cha Chang.

Le fondateur de Jinuo Shan Cha Chang, petit producteur de la montagne Jinuo auquel j'ai consacré un article il y'a quelque temps est non seulement un très grand connaisseur de thé mais aussi un fou passionné d'agronomie. Jonglant habilement entre thés verts, blancs et noirs en passant par les wulong et le puerh (Pu Er tea) il ne cesse d'expérimenter de nouvelles approches de culture et de travail des feuilles dans le très large jardin à thé qu'il possède sur la montagne Jinuo.

Dans les années 2000 il plante ainsi à titre expérimental un minuscule jardin de ce nouveau cultivar violet dont la production est de l'ordre de quelques kilogrammes par an. En 2008 seront ainsi pressées une trentaine de galettes, qui prendront place au centre de magnifiques coffrets dans lesquels elles se verront entourées de 6 tuos de purs bourgeons blancs.

Cet objet rarissime n'a pas été commercialisé et rares sont ceux qui ont eu l'occasion de pouvoir goûter à la galette qu'il contient. J'ai pour ma part eu la chance de goûter au mao cha (non compressé) de Zi Juan que Jinuo Shan Cha Chang a produit en 2010.

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Passons à présent aux premières productions de Zi Juan de Wang Bing, producteur à qui j'ai déjà consacré un Article complet.

Feuilles de Zi Juan Wang Bing sur l'arbreMaocha de Zi Juan Wang BingFeuilles de Zi Juan Wang BingFeuilles de Zi Juan Wang Bing
  • 1.Feuilles de Zi Juan Wang Bing sur l'arbre
  • 2.Maocha de Zi Juan Wang Bing
  • 3.Feuilles de Zi Juan Wang Bing

Petit producteur du village de Yi Wu, Wang Bing a planté en 2006 un certain nombre de plants de Zi Juan, dont les premières feuilles furent récoltées en 2009 et dont une trentaine de galettes seulement furent pressées en 2010 en galette de 200g.

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Trois ans plus tard, ces arbres sont toujours à leur adolescence et la production annuelle reste infime. Le profil aromatique des thés qui en résultent restent très similaire, avec cependant un petit gain dans l'intensité et l'endurance. Voici les toutes dernières feuilles (2012) produites par ces arbres.

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Si le Zi Juan, encore rare aujourd'hui, est ainsi recherché pour sa rareté et son goût unique, l'engouement pour ce thé vient aussi des substances qu'il renferme, et notamment un fort taux d'anthocyanes et de flavonoïde, substances antioxidantes et bénéfiques pour la santé.

Anthocyane et Flavonoïdes, derrière la couleur, des molécules dont on ne cesse de démontrer les bienfaits!

C'est en effet un pigment naturel, l'anthocyane qui est responsable de la coloration violette des feuilles et des bourgeons de ce thé, qu'il s'agisse de Zi Juan, Zi Ya ou Zi Cha. La couleur de ce pigment flavonoïde couvre une large gamme du rouge à l'ultraviolet en passant par le bleu, d'où son nom (du grec anthos : fleur et kuanos : bleu sombre) et sa couleur dépend majoritairement de sa structure ainsi que de l'acidité du milieu dans lequel il se présente. On le retrouve dans différents végétaux, le plus couramment dans des fleurs comme la mauve ou des fruits tels que la cerise, la mûre, la myrtille, la baie de genièvre, la prune ou encore le raisin rouge mais il arrive aussi qu'on le retrouve dans des racines... et des feuilles.

En dehors des plantes ou des fruits violets où la forte concentration d'anthocyane rend la présence de ce pigment particulièrement évidente, on en trouve des traces dans de nombreuses autres plantes vertes. On remarque par exemple une production plus importante d'anthocyane sur de très jeunes plantes, avant que ces dernières ne produisent de chlorophylle, l'anthocyane fournissant alors à la plante une protection contre les ultra-violets. La production d'anthocyane diminuera ensuite proportionnellement à la production de chlorophylle. En automne, lorsque la plante perd sa chlorophylle c'est l'inverse qui se produit, et la couleur orangée que revêtent les feuilles mortes est attribuable à la disparition de la chlorophylle laissant apparaître la coloration d'anthocyane et de carotène.

Or les anthocyanines, avec les flavones, les flavonones et les catéchines forment ce que l'on appelle les flavonoïdes, une classe de métabolites secondaires (molécules produites par une plante sans pour autant être vitale à cette dernière) défini par une structure dérivée de celle du flavone (phénylbenzopyrone), dont l'on a identifié à ce jour plus de 4000 variétés et dont les propriétés ont fait l'objet d'innombrables recherches ces 15 dernières années. Ces molécules ont étés initialement découvertes dans les années 30 par Albert Szent-Gyorgyi, qui reçu le prix Nobel en 1937 précisément pour avoir découvert la vitamine C et les flavonoïdes, et pour avoir mis en évidence leurs propriétés biochimiques. Depuis ces molécules n'ont cessé d'occuper les chercheurs de tous pays, et plusieurs centaines d'études tendent à en montrer différentes propriétés bénéfiques telles qu'une activité antibactérienne, vasodilatatrice, anti-inflammatoire, antiallergique, antivirale et j'en passe.

Une action bénéfique sur les problèmes cardiovasculaires, vers une explication du paradoxe français?

L'on a commencé à vraiment s'intéresser aux flavonoïdes et à effectuer des recherches approfondies sur ces molécules dans les années 1990 avec la mise en évidence dans la communauté de chercheurs de ce qu'on a appelé le "french paradox" (le paradoxe français): On note en effet en France, et en particulier dans le Sud-ouest, un niveau de mortalité cardiovasculaire plus faible qu'ailleurs, et ce malgré une consommation particulièrement élevée de graisses saturées, pourtant reconnues comme grand facteur de risque cardiovasculaire.

La classe des flavonoidesSquelette de base des flavonoidesLe vin rouge comme explication du paradoxe français?Le paradoxe français, un cas qui interpelle les scientifiques (décidasse)
  • 1.La classe des flavonoides
  • 2.Squelette de base des flavonoides
  • 3.Le vin rouge comme explication du paradoxe français?
  • 4.Le paradoxe français, un cas qui interpelle les scientifiques (décidasse)

En a découlé les études dont tout le monde a plus ou moins entendu parler en France et qui semblent montrer qu'une consommation modérée de vin rouge, de l'ordre d'un ou deux verres par jour [1][2], ainsi qu'une consommation régulière de fruits tel que les pommes ("Mangez des pommes!") [3] ont une action bénéfique sur la santé et tendrait à une réduction des risques cardio-vasculaires (infarctus, etc) ou neurodégénératives (maladie d'Alzheimer, Parkinson, etc). L'on a en effet tout d'abord et en toute logique attribué ce paradoxe français à la consommation de vin rouge, plus élevée en France qu'ailleurs. Or le vin rouge, issu du raisin de la même couleur, possède une forte concentration de flavonoïdes, et ce sont ces molécules qui se sont retrouvées au devant de la scène pour tenter d'expliquer cette exception française. Depuis, plusieurs centaines d'études à travers le globe semblent confirmer ces résultats des bienfaits occasionnés par la consommation d'aliments riches en flavonoïdes auxquels on attribuerait notamment une réduction de la perméabilité des vaisseaux sanguins, une amélioration de la fonction de la vitamine c, une action positive sur la prévention de maladies cardio-vasculaires et sur la prise de poids excessive.

Devant la masse d'études sur le sujet, des experts anglais ont proposé une méta-analyse [4], passant pour cela en revue 133 études cliniques concernant l'action de différentes sous-classes de flavonoïdes sur les maladies cardio-vasculaires. Cette étude montrerait que la consommation de produits riches en flavonoïdes tels que le chocolat, les protéines de soja, et le thé aurait une action bénéfique sur la dilatation des artères (confirmés par 10 études), pourrait réduire la pression artérielle (17 études) ainsi que la cholestérolémie (4 études). Il est cependant important de noter d'une part qu'aucune certitude ne soit avancée sur le fait que ces résultats proviennent bien des flavonoïdes contenus dans les aliments et non d'autres de leurs composants (comme par exemple la caféine contenue dans le thé ayant elle aussi une influence sur la pression artérielle), et que pour la grande majorité des flavonoïdes étudiés, trop peu de preuves ont étés réunies pour permettre des conclusion valables.

Quantité d'Anthocyanines dans quelques aliments couramment consommés en occidentMarché en ChineCuisine traditionelle ChinoiseCuisine traditionelle Chinoise
  • 1.Quantité d'Anthocyanines dans quelques aliments couramment consommés en occident
  • 2.Marché en Chine
  • 3.Cuisine traditionelle Chinoise

Deux grands projets de recherche européens portent actuellement sur la question des flavoides dans le cadre du 6ieme Programme Cadre Européen, il s'agit du projet FLAVO (FLAVOnoids in Fruits and Vegetable; their impacts on Food Quality, Nutrition and Human Health) et du projet FLORA (Favonoids and related phenolics for healthy Living using Orally Recommended Antioxydants). L'objectif de ce dernier est de mettre en évidence les effets bénéfiques des flavonoides contre les maladies cardio-vasculaires les cancers et autres maladies dégénératives et implique des chercheurs de domaines divers tels que des chimistes, des chercheurs en biologie cellulaire, des généticiens mais aussi des nutritionnistes, épidémiologistes et chercheurs en physiologie.

Dans ce cadre une étude du Docteur Marie-Claire Toufektsian réalisée à l'université de Grenoble en collaboration avec les autres centres participant au projet FLORA et publiée dans Journal of Nutrition [6] porte précisément sur l'influence bénéfique des anthocyanes (le pigment flavonoïdes responsable notamment de la couleur violette des thés violets) sur les maladies cardio-vasculaires. Durant 8 semaines des rongeurs séparés en deux groupes ont ainsi été nourris respectivement avec un maïs violet riche en anthocyanes et avec un maïs dépourvu de cette substance. Les chercheurs ont ensuite étudié les différences sur l'apparition et l'évolution d'un infarctus du myocarde provoqué artificiellement. Les résultats se sont montrés très prometteurs, les rats ayant bénéficié d'un fort apport en anthocyanes (environ 13 fois plus élevé que la consommation moyenne d'anthocyanes en occident) ont présenté une plus grande résistance à l'infarctus, et la taille de ce dernier fut réduite de près de 30%.

Une autre étude [7], portant sur l'influence positive de la consommation de flavonoïdes sur une alimentation trop grasse, suggère pour sa part que sur certains sujets un apport de flavonoïdes limiterait la dégradation de la fonction endothéliale induite par un repas riche en graisse.

Historiquement issue d'une tentative de compréhension de ce "paradoxe français", de nombreuses études concernant les flavonoïdes portent ainsi sur l'influence de ces substances sur les maladies cardio-vasculaires, mais un certain nombre d'autres études récentes tendent à montrer les bienfaits des flavonoïdes dans d'autres domaines tel que les allergies, l'obésité, des problèmes rétiniens ou encore la maladie de Parkinson.

Des bienfaits qui dépasseraient largement la question cardio-vasculaire...

Une étude menée au Laboratory of Food Science and Technology de Jiangnan et publiée en 2008 [8] montre par exemple l'action positive de la lutéoline, un flavonoïde, sur la protection des neurones et permettrait de limiter les dommages causés par la maladie de Parkinson, peut être via une inhibition de l'activité de la microglie. Une autre étude (in vitro) publiée la même année et réalisée au département de pharmacologie de l'université de Kyungpook en Corée [9] suggérerait quand à elle un effet positif des flavonoïdes sur les désordres allergiques en inhibant la sécrétion d'histamine. Des chercheurs de l'université du Zhejiang en Chine [10] ont pour leur part mis en évidence les effets protecteurs d'un flavonoïde, la fisétine, sur le stress occident induit par les UV, suggérant par là même un potentiel protecteur face à l'apparition de la cataracte.

D'autres études portent sur l'influence positive des flavonoïdes sur la question de l'obésité. Certaines de ces études suggèrent notamment que certains flavonoïdes tels que les flavanones auraient une action bénéfique sur le métabolisme lipidique [11]. Une étude néerlandaise menée pendant 14 ans sur plus de 4000 sujets [12] suggérerait quant à elle qu'un apport de flavonoïdes pourrait avoir une influence positive sur le maintien d'un poids normal chez la femme, tandis ce qu'aucune influence significative ait été montrée pour la population masculine.

Différentes recherches tendent aussi à montrer un effet inhibiteur des flavonoïdes face à l'apparition et au développement de certains cancers. A l'heure actuelle on ne sait cependant pas avec certitude si ce sont bien les flavonoïdes eux-mêmes qui sont responsables de cet effet protecteur ou si ce dernier est le résultat d'une interaction de différentes substances présentes dans les produits végétaux sur lesquels portent les études.

Car si de nombreuses recherches suggèrent indéniablement l'impact positif sur la santé de la consommation de flavonoïdes, il reste beaucoup à faire afin de comprendre en détail les raisons de cette influence positive et et les mécanismes qui en sont à l'origine.

Un fonctionnement sur l'organisme qui reste à explorer...

On lit par exemple souvent, en particulier sur Internet et chez les vendeurs de "produits santé", que les anthocyanes et plus généralement les flavonoïdes sont de puissants antioxydants, molécules capables de contrer l'action négative d'oxydants comme les radicaux libres, leurs bienfaits découlant grandement de cette propriété. On les estimerait ainsi notamment favorables contre le vieillissement cellulaire en améliorant l'élasticité et la densité de la peau et permettrait d'éviter les rougeurs en renforçant les petits vaisseaux de l'épiderme. En comparaison avec d'autres antioxydants certains estiment que les proanthocyanidines (un composé flavonoïde présent dans différents végétaux tels que le raisin) ferait parti des antioxydants les plus efficaces et aurait des propriétés antioxydantes 20 fois plus puissantes que celles de la vitamine C et 50 fois plus puissantes que celles de la vitamine E.

Des chercheurs de l'université de l'Orgeon cependant, et sans que ces derniers ne remettent en question les bienfaits des flavonoïdes, sont à l'origine d'une étude [13] qui pour sa part tend à montrer le contraire. Si selon eux les flavonoïdes ont bien des propriétés antioxydantes in vitro, ces molécules une fois absorbées seraient fortement transformées, ce qui diminuerait voir annulerait leurs propriétés antioxydantes et leur action envers les radicaux libres. Assimilés à des corps étrangers les flavonoides ainsi transformés seraient alors rapidement éliminés.

Cette étude, ne portant plus cette fois sur les conséquences observées de la consommation de flavonoïdes mais sur une tentative de comprendre leur fonctionnement n'est pas inintéressante et ouvre de nouvelles voies. Une des théories avancées serait que la réaction de rejet du corps face aux flavonoïdes métabolisés induirait l'activation d'enzymes favorables à l'élimination d'agents mutagènes et carcinogènes. De même et selon ces chercheurs les flavonoïdes déclineraient l'activation de la synthèse d'oxyde nitrique, possédant des effets vasodilatateur et antihypertenseur.

Si on en croit cette étude, les flavonoïdes ne seraient ainsi pas en soit responsables de bienfaits observés mais auraient un effet déclencheur, aidant ainsi le corps à se protéger de lui même. Ainsi, et toujours selon cette étude un régime trop riche en flavonoïdes serait inutile, voir néfaste, et il suffirait d'une consommation régulière de flavonoïdes en quantité raisonnable pour en observer les bienfaits.

Encore une fois ces divergences de point de vue laissent entendre le manque de compréhension à ce jour sur le fonctionnement des flavonoïdes et les mécanismes de leur influence sur notre métabolisme. Si grâce à de nombreuses études internationales les 20 dernières années auront mis au grand jour l'influence bénéfique des flavonoïdes sur la santé, on peut espérer que les 20 prochaines permettront de mieux comprendre le fonctionnement des mécanismes que ces molécules induisent. En attendant les avis divergent, à l'unanimité on conseille la consommation régulière de fruits variés et tandis ce que l'industrie parapharmaceutique produit gaiement des compléments alimentaires enrichis aux flavonoïdes bon nombre de français excusent leur surconsommation de vin rouge par une vulgarisation d'articles scientifiques lus entre les lignes...

Changeons pour finir de cap et revenons au thé, plus précisément au Kenya où on ne compte pas laisser passer ce phénomène flavonoïdes, et où on en profiterait bien pour se faire du blé... précisément à partir d'un thé violet maison, le TRFK306/1.

TRFK306/1, Le Kenya à la recherche de l'or violet...

Le thé a été introduit au Kenya en 1904. Après des débuts difficiles notamment dus aux difficultés d'adaptation des plantes au terroir local le Kenya est vite devenu un des gros producteurs mondiaux de thé notamment grâce au travail de L’Institut de recherche Est Africain sur le thé (TRIEA) puis plus tard du Tea Research Foundation of Kenya (TRFK) qui permit la recherche et le développement de nombreux cultivars adaptés aux conditions naturelles du Kenya. Depuis les premières séries de clones crées par le TRFK et datant de 1964 la production de thé du Kenya n'a cessé de croître à un rythme soutenu et le Kenya est aujourd'hui le 4ieme plus gros producteur de thé mondial après la Chine, l'Inde et Ceylan.

Or si ce géant du thé exporte annuellement plus de 38 millions de kg vers 34 destinations, 96% de la production du Kenya se trouve être du thé noir bas de gamme, voué à être acheté en gros par l'industrie, mélangé, et à finir en produit de super marché, produisant dès lors des gains minimes pour les producteurs de thé de ce pays.

Ainsi aujourd'hui l'espoir des producteurs et de l'ensemble de l'industrie du thé du Kenya se trouve dans un thé au nom barbare, le TRFK306/1. Développé au Kenya par le TRFK il s'agit d'un thé violet qui offre des caractéristiques hors du commun. Outre sa forte pigmentation d'anthocyanes, ce thé qui pousse dans les mêmes conditions qu'un thé vert classique présente une grande résistance à la gelée, à la sécheresse, aux insectes nuisibles. Mais avant tout il posséderait la capacité d'enrichir les paysans et le TRFK espère avec ce thé permettre à ces derniers d'augmenter leur revenu de deux à quatre fois!

Pour y arriver la stratégie n'est pas d'augmenter le rendement des productions mais bien le prix de vente, en proposant des thés à forte valeur économique. Cet objectif tient non seulement dans la rareté de ce thé et la demande croissante des consommateurs en thés supposés bénéfiques pour la santé, mais aussi dans l'espoir de s'ouvrir un marché dans l'industrie pharmaceutique et para pharmaceutique voir l'industrie alimentaire susceptible d'être intéressée par l'anthocyane naturel du Kenya en tant qu'anti oxydant.

Je n'ai malheureusement pas pu goûter ce thé, et juger si ses qualités gustatives sont à la hauteur des espérances économiques du TRFK, ou si de par sa forte concentration en anthocyanes il possède des similitudes aromatiques avec le Zi Juan Chinois développé indépendamment et à peu près au même moment.

La question du goût ne semble cependant pas être dans les préoccupations des chercheurs du TRFK et ce passage au violet du Kenya apparait comme essentiellement un choix stratégique porté par une volonté économique. Si aujourd'hui les moyens mis en œuvre pour y arriver restent somme toute assez "naturel" ils laissent entrevoir entre les lignes une porte ouverte vers des dérives moins encourageantes. John Wanyoko, responsable de recherche du TRFK explique en effet que la longueur qu'a pris le développement de ce cultivar violet, plus de 25 ans, était due principalement aux méthodes scientifiques anciennes de croisement et de clonage qui avaient été mises en œuvre. Il ajoute que désormais et grâce à l'avancement de la technologie le TRFK serait capable de créer de nouvelles variétés en un temps beaucoup plus court.

Sans parler ouvertement de modifications génétiques cela y fait tout de même bien penser, et le pas vers un nouveau thé santé génétiquement modifié semble de plus en plus facile à franchir.

Heureusement qu'il restera toujours dans le Yunnan des arbres à thé multi-centenaires, témoins d'un autre temps motivé par des préoccupations qui apparaissent bien malheureusement comme de plus en plus révolues aujourd'hui...



SOURCES/REFERENCES SCIENTIFIQUES:

[1] 1.Renaud S, de Lorgeril M. Wine, alcohol, platelets, and the French paradox for coronary heart disease. Lancet. 1992;339:1523-6

[2] 2.Grønbaek M, Deis A, Sørensen TI, Becker U, Schnohr P, Jensen G. Mortality associated with moderate intakes of wine, beer, or spirits. BMJ. 1995;310:1165-9.

[3] Alliemetation riche en fruit et légumes ont action préventive contre maladies cardio vasculaires: Hu FB. Plant-based foods and the prevention of cardiovascular disease: an overview. Am J Clin Nutr;2003:78(Suppl):544S-51S.

[4] Hooper L, Kroon PA, Rimm EB, Cohn JS, Harvey I, Le Cornu KA, Ryder JJ, Hall WL, Cassidy A. Flavonoids, flavonoid-rich foods, and cardiovascular risk: a meta-analysis of randomized controlled trials. Am J Clin Nutr. 2008 Jul;88(1):38-50.

[5] http://www.flora-flavonoids.eu/

[6] Toufektsian MC, de Lorgeril M, Nagy N, Salen P, Donati MB, Giordano L, Mock HP, Peterek S, Matros A, Petroni K, Pilu R, Rotilio D, Tonelli C, de Leiris J, Boucher F, Martin C. Chronic dietary intake of plant-derived anthocyanins protects the rat heart against ischemia-reperfusion injury. J Nutr. 2008;138:747-52.

[7] Barringer TA, Hatcher L, Sasser HC. Potential Benefits on Impairment of Endothelial Function after a High-fat Meal of 4 weeks of Flavonoid Supplementation. Evid Based Complement Alternat Med. 2008 Jul 3. [Epub ahead of print]

[8] Chen HQ, Jin ZY, Wang XJ, Xu XM, Deng L, Zhao JW. Luteolin protects dopaminergic neurons from inflammation-induced injury through inhibition of microglial activation. Neurosci Lett. 2008 Oct 19.

[9] Park HH, Lee S, Son HY, Park SB, Kim MS, Choi EJ, Singh TS, Ha JH, Lee MG, Kim JE, Hyun MC, Kwon TK, Kim YH, Kim SH. Flavonoids inhibit histamine release and expression of proinflammatory cytokines in mast cells. Arch Pharm Res. 2008 Oct;31(10):1303-11

[10] Yao K, Zhang L, Zhang Y, Ye P, Zhu N. The flavonoid, fisetin, inhibits UV radiation-induced oxidative stress and the activation of NF-kappaB and MAPK signaling in human lens epithelial cells. Mol Vis. 2008;14:1865

[11]Morikawa K, Nonaka M, Mochizuki H, Handa K, Hanada H, Hirota K. Naringenin and Hesperetin Induce Growth Arrest, Apoptosis, and Cytoplasmic Fat Deposit in Human Preadipocytes. J Agric Food Chem. 2008 Nov 4. [Epub ahead of print]

[12]Hughes LA, Arts IC, Ambergen T, Brants HA, Dagnelie PC, Goldbohm RA, van den Brandt PA, Weijenberg MP; Netherlands Cohort Study. Higher dietary flavone, flavonol, and catechin intakes are associated with less of an increase in BMI over time in women: a longitudinal analysis from the Netherlands Cohort Study. Am J Clin Nutr. 2008 Nov;88(5):1341-52.

[13] Studies Force New View on Biology, Nutritional Action of Flavonoids By David Stauth, 541-737-0787


Photo et textes Copyright Olivier Schneider - www.puerh.fr
(Excepté certaines photos de thés, Copyright Sébastien - vacuithe.blogspot.fr


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