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Haiwan (voir article sur ce producteur) fait partie des plus grands producteurs de puerh, que ce soit par sa réputation ou la quantité de sa production annuelle. L'entreprise, un des premiers producteurs privés de puerh (Pu Er tea) après l'ouverture de la Chine, fut fondée en 1999 par Zou Bing Liang (邹炳良) et Lu Guoling (卢国龄) parmis les plus grandes personnalités du monde du puerh, issues toutes deux de la célèbre Menghai Tea Factory. Zou Bing Liang notamment, qui dirige toujours Haiwan, passa près de 40 ans au sein de Menghai Tea Factory.

Il y développera de nombreux thés et est considéré comme un des grand assembleur de l'histoire du puerh. Il participera ainsi au développement de recettes célèbres telles que la 7542, sans aucun doute le puerh (Pu Er tea) brut moderne le plus connu.

Haiwan Tea Industry Co LtdZou Bing Liang, fondateur de HaiwanGalette 7542 des années 90Galette 7572 du début des années 2000
  • 1.Haiwan Tea Industry Co Ltd
  • 2.Zou Bing Liang, fondateur de Haiwan
  • 3.Galette 7542 des années 90
  • 4.Galette 7572 du début des années 2000

Mais Zou Bing Liang fait aussi partie de la très petite poignée d'individus qui furent à l'origine du développement du puerh (Pu Er tea) fermenté dans les années 70, et est en quelque sorte le père de galettes fermentées célèbres comme la 7572 pressée sans interruption par Menghai Tea Factory depuis 1975.

L'origine des classiques de Haiwan

Ces assemblage brut (7542) et fermenté (7572) développés au sein de Menghai Tea Factory par Zou Bing Liang et le département de recherche de l'entreprise sont depuis longtemps considérés comme des grandes références du puerh (Pu Er tea) brut et fermenté, et sont notamment appréciés pour leur équilibre et leur dimension centré. Constituant toujours aujourd'hui les thés les plus produit par Menghai Tea Factory, les millésimes anciens sont très recherchés des amateurs. L'accroissement massif de la production de Menghai Tea Factory à partir de 2006 marque cependant pour beaucoup la fin des grandes références tel que la 7572 ou encore la 7542, les galettes sorties après 2006 étant considérées pas un certains nombre comme de qualité inférieure et leur potentiel à se bonifier avec le temps, remis en question par ceux ci.

Menghai Tea FactoryGalette 7572 du début des années 2000Galette 7542, fin des années 90Tong de galettes 7572 des années 90
  • 1.Menghai Tea Factory
  • 2.Galette 7572 du début des années 2000
  • 3.Galette 7542, fin des années 90
  • 4.Tong de galettes 7572 des années 90

Dans les premières années d'Haiwan, l'entreprise, sous la direction de Zou Bing Liang, continue à produire différentes recettes classiques de Menghai Tea Factory tel que la 7572, pressé par Haiwan sous la référence 7578. Pour ceux qui ne le savent pas, les deux premiers chiffres des références classiques de puerh (Pu Er tea) désignent en effet la première année de production de cette recette (donc 1975 pour une 7572), le suivant indiquant le grade (taille ou âge de la feuille sur l'arbre) global des feuilles, tandis ce que le dernier chiffre est le référence de l'usine d'où le thé est sorti, soit 2 pour Menghait Tea Factory (exemple 7572) ou 8 pour Haiwan, une 7572 de Menghai Tea Factory devenant ainsi chez Haiwan une 7578. Haiwan produira notamment en 2005 une superbe 7578, déjà très agréable à sa sortie et qui lorsqu'elle a été stockée avec soin est aujourd'hui une vraie merveille.

Chargement du thé...

En 2006 c'est la fin des "classiques" de Haiwan, le producteur affirme sa singularité et cesse de produire ces assemblages hérités du passé pour se concentrer exclusivement sur ses propres recettes, dont les références commencent désormais par 99 (année de la création de Haiwan).

Le retour des classiques de Haiwan

Cette année pourtant (2011), après 5 ans d'absence, réapparaît dans le catalogue Haiwan deux galettes, l'une brute, l'autre fermentée: les 7548 et 7578, correspondant respectivement aux 7542 et 7572 de Menghai Tea Factory. Les raisons du retour de ces grands classiques dans le catalogue de Haiwan sont ambigues. On peut y voir un retour au sources et, après le grand boum du puerh (Pu Er tea) des années 2003-2007 où chacun cherchait à se distinguer, une volonté pour Haiwan de renouer avec ses origines et de rappeler que derrière la dizaine d'année de l'entreprise (en 2009) il y'a le grand savoir faire de Zou Bing Liang et de Menghai Tea Factory. On peut y voir aussi une volonté de Haiwan de profiter de la grande notoriété de ces deux assemblages, commercialisés aujourd'hui par Da Yi (Menghai Tea Factory), et de revendiquer en quelque sorte sa part du gâteau. Mais on peut aussi y voir une volonté de démocratisation de ces thés, qui à l'ère communiste étaient des produits populaires bon marchés, et sont ces dernières années devenus dans les mains de Menghai Tea Factory des thés chers, sans aucune justification autre que leur notoriété de la marque qui les produits. Cette approche populaire du thé a d'ailleurs toujours été au coeur de la politique de Haiwan depuis sa création.

Si nous ne pouvons ainsi que spéculer sur les motivations de Haiwan à ressortir ces galettes, voyons ce que ces dernières ont à nous dires, notamment face à leurs aînées et aux versions produites en 2011 par Menghai Tea Factory.

La 7578 Haiwan édition 2011 au banc d'essai

Emballage et débalage

L'emballage de cette nouvelle 7578 est proche de l'édition 2005. Comme Haiwan sait le faire, c'est simple et sobre, sur un papier lui aussi très classique et fin qui nous renvois aux vieilles galettes de l'ère communiste. On retrouve donc les couleurs et de design général de la version de 2005, ou apparaît le logo de Haiwan et la marque Lao Tong Zhi (老同志, Vieux camarade), désormais pratiquement la seule utilisée par Haiwan. En observant avec plus d'attention on remarque à la droite du logo la disparition de la marque Jia Jia (加嘉), présente sur l'édition 2005, ce qui rendait la gamme de produit Haiwan, regroupée en quatre marque qui se chevauchaient parfois, particulièrement confuse. On remarque aussi la traduction du nom du producteur en caractère roman "Anning Haiwan Tea Industry Co.,Ltd.Yunnan China", probablement pour favoriser l'export, et la disparition de la signature de Zou Bing Liang, présente pourtant sur un bon nombre des productions 2011.

Emballage de la 7578 Haiwan millésime 2011Emballages des 7578 millésimes 2005 et 2011Logo QS et Hallal au dos de l'emballageSystème de sécurié anti copie sur les nouvelles galettes Haiwan
  • 1.Emballage de la 7578 Haiwan millésime 2011
  • 2.Emballages des 7578 millésimes 2005 et 2011
  • 3.Logo QS et Hallal au dos de l'emballage
  • 4.Système de sécurié anti copie sur les nouvelles galettes Haiwan

Le logo bleu QS, obligatoire depuis 2007 est pour sa part relégué au dos de la galette. Peu courant cela garde la sobriété de la face et nous renvois à l esthétique de galettes produites avant 2007, donnant immédiatement l'impression d'un thé plus ancien. Moins courant encore on trouvera à coté de ce logo celui d'une certification Hallal, les produits Haiwan de la marque Lao Tong Zhi étant désormais certifiés Hallal, très probablement pour plaire au marché Malaisien.

L'emballage est aussi à présent scellé par une étiquette holographique anti-contrefaçon, comme le sont les galettes Menghai Tea Factory, les produits Haiwan étant en effet largement contrefaits, notamment les 7578 des précédentes éditions. On notera cependant l'efficacité assez relative de ce type de sécurité qui empècheront peut être les copies les plus grossières mais n'arreteront pas les faussaires plus professionnels. De plus, et comme c'est le cas des galettes Menghai Tea Factory, ces autocollants ont la fâcheuse habitude de déchirer l'emballage de la galette lorsqu'on les retire ce qui est regrettable.

Plus intéressant encore on remarque l'évidente la mise en avant de la recette de cette galette à travers un très gros "7578", imprimé en rouge qui saute immédiatement aux yeux. Si en 2005 faire une 7578 était peut être pour Haiwan quelque chose de naturel qui ne valait pas d'être mis en avant, la volonté est de toute évidence désormais de jouer sur la notoriété de cette référence et d'accrocher le regard de celui qui passerait à coté de cette galette. Bien que Menghai Tea Factory soit plus discret la dessus, ils jouent aussi clairement depuis les années 2000 sur la notoriété de ces références, qui bien qu'elles existent depuis les années 70 n'étaient initialement jamais inscrites sur les emballages des galettes.

Dans la même lignée, apparaît en bleu, toujours de manière évidente sur la face de la galette la référence "111", qui dans la codification des anciennes usines d'état signifie "premier pressage de l'année 2011". Là aussi de telles références, très recherchées des amateurs (en particulier de produits Menghai Tea Factory) n'ont jamais autant été mises en avant que désormais, et confirme l'approche de Haiwan de vouloir non seulement inscrire cette galette dans le classicisme, en suivant tous les codes des anciennes usines d'état, mais aussi la volonté de mettre en avant cette appartenance, et de toucher les spécialistes et collectionneurs.

Ce que nous dit le Nei Piao

Le Nei Piao, cette petite feuille de papier incluse dans l'emballage va dans la lignée de celui ci et met aussi clairement en avant l'assemblage de cette galette: 7578. On remarquera cependant que si dans la version chinoise ce thés et systématiquement nommé 7578, ce nom est traduit en "Shu Bing Fermenteed/Ripe Pu-erh Tea" en anglais, probablement par soucis de simplification pour un public ne connaissant pas ces références classiques. On remarque aussi la mise en avant de Zou Bing Liang, qui disparait de l'emballage mais est présenté sur le Nei piao comme le producteur de ce thé. Plus intéressant le Nei Piao nous indique que le thé sera meilleur après 3 à 5 ans, confirmant ainsi la volonté de Haiwan de créer un puerh (Pu Er tea) classique, pensé pour la maturation, et non comme c'est souvent le cas désormais un puerh (Pu Er tea) fermenté conçu avant tout pour une consommation immédiate.

Déballage de la 7578 2011Nei Piao de la Haiwan 7578 2011Nei Piao de la Da Yi 7572 2011Nei Fei de la Haiwan 7578 2011
  • 1.Déballage de la 7578 2011
  • 2.Nei Piao de la Haiwan 7578 2011
  • 3.Nei Piao de la Da Yi 7572 2011
  • 4.Nei Fei de la Haiwan 7578 2011

On remarquera aussi le "mode d'emploi" donné par Haiwan. Là où Menghai Tea Factory, s'oriente visiblement vers la séduction de nouveaux consommateurs, en rajoutant des logos (qui servent particulièrement à rien) et en simplifiant la chose à une infusion de 1 ou 2 minute, Haiwan préconise pour sa part très simplement et en une seule phrase la pratique d'infusions multiples (gung fu) et l'allongement des durées d'infusion (entre 12 secondes et 4 minutes). On est par là clairement fidèle à la philosophie de Haiwan, et si la marque n'hésite pas à produire des mini tuos ou des sachet de thés (de qualité!) pour répondre aux demandes contemporaines et populariser le puerh, cette 7578 s'inscrit elle dans la poursuite d'une culture du passé, et tente de nous dire que ce passé n'est pas finit. Voyons maintenant si dans la tasse elle tiendra les promesses qu'elle nous annonce.

La nouvelle 7578 mise à nus (et face au millésime 2005)

La galette est très belle et visuellement très proche du millésime 2005. Un enchevêtrement de feuilles de grade et de couleur variées (7572/7578) s'étale sur les deux faces de cette galette, avec une légère prédominance de grade fin sur la face. La galette est assez compressée sans pour autant trop l'être. Si les feuilles ne se détachent pas toutes seules elles se délassent aisément et sans s'abîmer avec un pic à thé ou un couteau à thé.

Face de la Haiwan 7578 2011Dos de la Haiwan 7578 2011Détail de la Haiwan 7578 2011Comparaison des millésimes 2005 et 2011 de la Haiwan 7578
  • 1.Face de la Haiwan 7578 2011
  • 2.Dos de la Haiwan 7578 2011
  • 3.Détail de la Haiwan 7578 2011
  • 4.Comparaison des millésimes 2005 et 2011 de la Haiwan 7578

Une fois infusées les feuilles dégagent de très beaux parfums épicés et légèrement poivrés qui chatouillent le nez. La liqueur est pure et très belle, et s'échelonne selon les durées d'infusion du caramel au noir café en passant par un bordeaux profond. En bouche c'est dès la première infusion d'une très grande intensité, avec une très bonne présence et des arrières goûts mats et légèrement poivrés. Si les premières infusions manquent un peu de subtilité, ça s'éclaircit grandement après quelques tasses pour atteindre un équilibre très agréable. Ce que ce thé a de troublant c'est ses touches épicées, presque légèrement poussiéreuses qui rappellent des thés bien plus anciens, caractère que l'on ne retrouve que très rarement dans des thés de l'année. On est de toute évidence dans une fermentation subtile et équilibrée qui rappelle des pratiques passées, peut être additionnée de quelques temps de maturation en vrac avant compression, et ce thé devrait séduire un certain nombre d'amateurs de puerh (Pu Er tea) fermenté.

Si ainsi celui qui cherche simplement un puerh (Pu Er tea) fermenté de l'année devrait être séduit, l'amateur du millésime 2005 qui espérait retrouver les même arômes sera par contre sans aucun doute déçu par ce thé, notamment par une certaine lourdeur (surtout dans les premières infusions) et des touches de fermentation marquées, là ou le millésime 2005 lorsqu'il est issu d'un bon stockage sec est, avec ses touches fruitées et lumineuses, une merveille de richesse. Il ne faut en effet pas oublier que six années séparent ces deux thés, ce qui est particulièrement important pour un puerh (Pu Er tea) fermenté de qualité, qui a besoin de quelques années pour s'affiner (ce qui n'est pas nécessairement le cas d'un puerh (Pu Er tea) brut, dont l'influence du temps va plus vers une transformation que vers un affinement). Ces six années de maturation se font en effet clairement sentir sur le 2005, avec des arômes plus posés et mêlés, et une dimension fruitée profonde et complexe qu'il aurait été impossible d'obtenir à la sortir d'usine.

Détail de la Haiwan 7578 2011Test comparatif de la Haiwan 7578Test comparatif de la Haiwan 7578Liqueur de la Haiwan 7578 2011
  • 1.Détail de la Haiwan 7578 2011
  • 2.Test comparatif de la Haiwan 7578
  • 4.Liqueur de la Haiwan 7578 2011

Qu'y a t'il donc finalement derrière les différences entre le millésime 2005 et celui de 2011 entre la part naturelle à attribuer au temps et à la maturation, et celle qui viendrait d'un éventuel changement dans les pratiques, notamment de fermentation, de Haiwan?

La question n'est pas évidente. Cette fermentation, bien que fine apparaît en effet plus marquée dans ce nouveau millésime. Celà vient tout d'abord naturellement de la jeunesse de la galette, qui aurait besoin d'au minimum une année supplémentaire pour perdre l'arôme typique de puerh (Pu Er tea) juste fermenté. Mais on peu peut être aussi y voir une légère augmentation du degré de fermentation pour s'approcher légèrement plus rapidement de l'édition 2005. Si cette derrière hypothèse est probable, elle ne compromet probablement pas les capacités de cette galette à rejoindre son aînée. La fermentation reste en effet de toute évidence une fermentation modérée, pensée pour la maturation, et non une fermentation poussée tel que cela ce fait de plus en plus couramment dans le monde du puerh (Pu Er tea) fermenté (et dans certains autre produits Haiwan).

On remarquera aussi derrière cette petite lourdeur du millésime 2011, un caractère encore un peu timide mais très subtil qui renvoit directement à ce qui fait la richesse du millésime 2005: cette rondeur lumineuse et fruitée, encore un peu maladroite aujourd'hui dans l'édition 2011 mais bel et bien présente et qui ne demande qu'un peut plus de temps pour s'affirmer et s'affiner. Présent au goût ce constat est encore plus flagrant dans le parfum et l'arrière goût de cette nouvelle édition, qui renvoient clairement à l'édition de 2005.

En ce sens ce qui semble différencier les deux galette n'est pas un changement de caractère à proprement parler mais est avant tout une questions d'équilibre: tout est déjà dans ce nouveau millésime, qui n'a très probablement besoin que de s'équilibrer un peu pour arriver à la grâce de son prédécesseur.

On en retient ainsi un thé de qualité pensé pour maturer. Non seulement il se défend très bien aujourd'hui en tant que jeune puerh (Pu Er tea) fermenté même si pour un usage immédiat ce n'est probablement pas le meilleur puerh (Pu Er tea) fermenté de l'année, mais surtout il semble promettre de façon assez convaincante de suivre la voie exemplaire du millésime 2005.

La dernière 7578 tel que le préconise Haiwan

Sur le mode d'emploi qui accompagne la galette, Haiwan conseille un mode de préparation qui pourra surprendre certains amateurs de puerh: Une quantité de thé de 3 grammes pour 150 millilitres (1g/50ml) et des infusons progressives commençant entre 12 et 30 secondes pour finir entre 2 et 4 minutes, là où on serait par exemple tenté de doser ce thé plus fortement ou de l'infuser plus court.

3 grammes de thé dans un gaiwan de 150 millilitresPremière infusion cuivréeDeuxième infusion bordeauInfusion de la 7578 selon Haiwan
  • 1.3 grammes de thé dans un gaiwan de 150 millilitres
  • 2.Première infusion cuivrée
  • 3.Deuxième infusion bordeau
  • 4.Infusion de la 7578 selon Haiwan

Les trois grammes de feuilles semblent ainsi perdues au fond d'un gros gaiwan de 150ml. Après une première infusion de 20 secondes, le gaiwan ne dégage aucun parfum, et en sort une liqueur d'une belle couleur cuivrée. Cette dernière s'assombrira ensuite avec les infusions pour prendre un teinte rubix profond.

Ainsi infusé ce thé se présente tout en finesse, avec des arômes subtils, clairs et lumineux. On se rapproche ainsi nettement plus des sensations du millésime 2005, le coté un peu jeune du thé étant largement gommé pour mettre en valeur sa subtilité, et sa dimension ronde, fruitée et lumineuse.

C'est au final bien une excellente manière d'infuser ce thé, en mettant en avant sa finesse, à travers un corps très léger et fluide qui invite à savourer les arômes qu'il propose et à prendre conscience de sa profondeur.

7578 de Haiwan (2011) face à la 7572 (2011) de Menghai Tea Factory

Qu'en est il désormais de cette 7578 Haiwan 2011, face à l'édition 2011 de la 7572 de Menghai Tea Factory, sorti la même année et basé à priori sur la même recette?

La 7572 de Menghai Tea Factory 2011 se veut en effet comme la dernière (en 2011) d'une longue série de galettes pressées depuis la création de cette recette en 1975, et dont la réputation des millésimes anciens n'est plus à faire.

Haiwan 7578 2011 face à Menghai Tea Factory 7572 2011Haiwan 7578 2011 face à Menghai Tea Factory 7572 2011Haiwan 7578 2011 face à Menghai Tea Factory 7572 2011Haiwan 7578 2011 face à Menghai Tea Factory 7572 2011
  • 1.Haiwan 7578 2011 face à Menghai Tea Factory 7572 2011

Face à la 7572 de Menghai Tea Factory la nouvelle 7578 apparaît comme sensiblement plus compressée. La séparation des grandes entre face et dos, privilégiant les feuilles de grades les plus fins sur la face est elle aussi nettement plus visible sur la galette de Menghai Tea Factory, donnant à cette dernière un aspect plus soigné. De même la trame du tissus, pratiquement invisible sur la galette produite par Menghai Tea Factory, est plus visible sur la version de Haiwan donnant là aussi un point esthétique à sa concurrente de Menghai.

Les liqueur produites par ces deux soeurs sont très semblables. Au goût c'est tout d'abord assez proche, et il est clair qu'on a à faire au même assemblage et au même techniques de fermentations, venant de deux producteurs qui les maîtrisent parfaitement. La 7578 de Haiwan apparaît cependant comme plus fine et subtile que la 7572 de Menghai Tea Factory. Cette dernière a en effet quelque chose de plus plaqué, qui ne manque pas d'intensité mais auquel la profondeur fait défaut. Un caractère un peu plat, monotone qui malgré des arômes intenses ennui un peu face à une 7578 plus riche et diversifiée. C'est non seulement visible au goût, mais plus évident encore dans les parfums qui se dégagent par exemple du couvercle du gaiwan, où la 7572 s'avère très plate et presque vulgaire, là où le thé de Haiwan s'approche largement plus du charme de son millésime 2005.

Si dans des infusions longues ces deux galettes se rapprochent un peu leurs différences s'accentuent dans des infusions plus courtes. Là où après quelques infusions la 7578 de Haiwan devient lumineuse et limpide, avec la présence de belles touches épicées, la 7572 reste sur un coté un peu laiteux de puerh (Pu Er tea) fermenté très ordinaire. De même le fossé se creuse au fur et à mesure des infusions, et si les deux thés semblaient commencer la course assez proche la 7572 se fait vite dépasser par sa concurrente et devient franchement ennuyeuse là où la 7578 de Haiwan s'affine au contraire avec les infusions pour se révéler nettement plus riche et complexe.

Ainsi là ou la galette de Haiwan sans pour autant être renversante se boit avec plaisir, en particulier après quelques infusions celle de Menghai Tea Factory garde tout du long un coté lourd et malté, plaqué et un peu vulgaire, qui renvois à des puerh (Pu Er tea) fermenté bon marché et rebutera sans aucun doute un certain nombre d'amateurs de puerh (Pu Er tea) fermenté.

Dans le duel des millésimes 2011 de la 7572 contre la 7578, la nouvelle Haiwan semble bien s'en sortir haut la main. Voyons maintenant en quoi ce dernier millésime de la 7578 est ou non dans la continuité des célèbres 7572 du passé et ce que cette dernière Haiwan a à nous dire lors d'une dégustation en parallèle avec son ancêtre: une galette de même recette produite il y'a 10 ans au sein de Menghai Tra Factory issue d'un stockage naturel sec (Kunming).

La 7578 2011 face à une 7572 de 2001

L'aspect des deux galettes est tout d'abord très semblable, que ce soit dans l'assemblage des feuilles ou dans leur compression. Une fois infusées les feuilles dégagent de manière troublante quelque chose de visiblement commun. La nouvelle Haiwan apparaît naturellement comme plus lumineuse et fruitée, là ou la 7572 de 2001 s'exprime avec ses 10 ans d'age à travers quelque chose de plus mat et sourd, mais il y'a bien derrière celà un caractère commun. Face à ces deux galettes, qui malgré leur 10 années de différences jouent bien sur un air de famille, les parfums dégagés par la dernière 7572 de Menghai Tea Factory semblent pour leur part radicalement différents, beaucoup plus lourds et immédiats.

7578 Haiwan 2011 face à une 7572 de 20017578 Haiwan 2011 face à une 7572 de 20017578 Haiwan 2011 face à une 7572 de 20017578 Haiwan 2011 face à une 7572 de 2001
  • 1.7578 Haiwan 2011 face à une 7572 de 2001

La liqueur produite est pratiquement identique visuellement entre la galette Haiwan 2010 et celle de Menghai Tea Factory produite en 2001. Au goût c'est tout à fait dans la lignée de ce que le parfum de ces thés suggérait: Un thé de 2011 plus lumineux, fruité et fleuri (plus jeune) face à son ancêtre plus sculptée par le temps, moins fleuri avec des arômes plus posés, mat et profonds, mais possédant tout deux un dimension résolument commune. Par ailleurs si en bouche la 7578 de Haiwan est bien plus ronde et fruitée, en découle un arrière goût nettement plus mat qui renvois clairement au thé de 2001, et semble annoncer un futur sur la même lignée.

Tel que celà transparaissait aussi dans le parfum dégagé par les feuilles humides, la dernière 7572 de Menghai Tea Factory semble pour sa part s'éloigner beaucoup plus de celle sortie de la même usine il y'a 10 ans. Au vus des similitudes entre la 7578 de Haiwan et une 7572 de 2011, la dernière 7572 de Menghai Tea Factory semble franchement à coté, visiblement plus fermentée et nettement plus lourde à la dégustation. Si ce nouveau millésime Menghai Tea Factory a des choses qui peuvent plaire, une grande intensité, un dimension maltée très marquée... est ce encore une 7572?

A l'inverse on est probablement en mesure de voir dans cette nouvelle 7578 de Haiwan le juste héritier des anciennes 7572, et on est en mesure de penser que stockées dans de bonnes conditions, ces nouvelles galettes "classiques", s'approcheront des 7572 anciennes tant appréciées aujourd'hui.

La 7548 Haiwan édition 2011 au banc d'essai

Passons à présent à la seconde galette de recette "classique" re-produite cette année par Haiwan, la 7548. Pendant Haiwan de la 7542, il s'agit d'un assemblage brut particulièrement reconnu et dont les millésimes des décennies passées (produits par Menghai Tea Factory) sont très prisés des amateurs.

Emballage, déballage et Nei Piao

L'emballage ne reprend pas l'esthétique des anciennes 7548 de Haiwan, et son design a été unifié avec la 7578 probablement afin de créer un couple brut et fermenté basé sur ces deux grandes recettes. Il reprend par contre les couleurs, vert et rouge, des anciennes Chi tse beeng cha. On pourra par ailleur faire les mêmes remarques concernant l'emballage que celles formulées à propos de la 7578, notamment la mise en avant des référence 7548, et 111 pour 2011.

Contrairement à celui de sa cousine fermentée, le Nei piao ne fait cette fois pas mention de la référence du thé (7548), qui est juste nommé puerh (Pu Er tea) brut / non fermenté. Le même Nei piao nous indique aussi (à tord ou à raison) que les feuilles sont des premières récoltes de printemps, qui prennent place autour de Qingming.

La nouvelle Haiwan 7548 millésime 2011 (emballage)La nouvelle Haiwan 7548 millésime 2011 (galette)La nouvelle Haiwan 7548 millésime 2011 (détail)La nouvelle Haiwan 7548 millésime 2011 (Nei Piao)
  • 1.La nouvelle Haiwan 7548 millésime 2011 (emballage)
  • 2.La nouvelle Haiwan 7548 millésime 2011 (galette)
  • 3.La nouvelle Haiwan 7548 millésime 2011 (détail)
  • 4.La nouvelle Haiwan 7548 millésime 2011 (Nei Piao)

Comme pour la 7578 Zou Bing Liang (ou en tout cas Haiwan) conseille sur ce Nei Piao des infusions multiples. On sera peut être par contre surpris par les durées et grammages préconisés, soit 1 gramme de thé pour 50 millilitre d'eau, et des infusions commençant entre 12 et 30 secondes pour finir entre 2 et 10 minutes, ce qui semble à la fois léger au niveau du grammage, et long au niveau des premières infusions pour un tel puerh (Pu Er tea) brut.

Je commencerais donc à tester cette galette avec des paramètres d'infusions plus standards pour un jeune puerh (Pu Er tea) (2,5g pour 50ml et des infusions de quelques secondes), avant d'expérimenter pour vous ceux préconisés par la notice.

La nouvelle 7548 mise à nus

La galette est plutôt gracieuse, avec une assez grande proportion de bourgeons et une belle variété de tons. Comme c'est aussi le cas de la 7578 la galette est assez compressée, en particulier en son centre, mais les feuilles se détachent tout de même aisément à l'aide d'un pic ou d'un couteau à thé.

L'odeur qui se dégage des feuilles humides n'est pas très intense mais est aiguisée, épicée avec de petites touches de résineux. Au goût c'est typique de Menghai mais aussi typique de ce type de thés de grosse production, quelque chose d'un peu âpre, sourd et légèrement épicé, avec une amertume bien présente et une certaine astringence.

C'est un type de thé qu'il est préférable d'infuser très court si on en a pas l'habitude. Un thé qui commence typiquement avec quelque chose d'assez abrupt et anguleux, pour prendre son aise après quelques infusions, dégager des touches fleuries dans la fosse nasale tandis ce que l'amertume du début se change progressivement sous la langue en quelque chose de doux et particulièrement rond.

Si ainsi les premières infusions peuvent surprendre voir décevoir, ce thé a une dimension plaisante sur la longueur, notamment par sa capacité à se renouveler d'infusion en infusion et à sculpter le palais de celui qui le bois. On appréciera aussi le charme de cette douceur produite par la transformation de l'amertume initiale et des touches entre paille et fumé, typiques de ce type de thé.

L'amateur de jeunes puerh (Pu Er tea) contemporain verra cependant sans aucun doute dans ce thé un certaine pauvreté gustative, et il est incontestable que lors d'une dégustation parallèle ce thé manquera cruellement d'ampleur, de richesse et de complexité face à bon nombre d'autres productions de 2011. Ce caractère qu'il ne faut pourtant peut être pas juger aussi vite nous renvois finalement à celui qu'avait bon nombres de puerh (Pu Er tea) du passé tel que les 7542 lorsqu'ils sortaient d'usine.

Cela pose à nouveau la question du sens de produire aujourd'hui une recette issue des années 70, tandis ce que non seulement les goûts mais aussi les méthodes de production ont largement changés, dont découle la délicate question du choix à faire entre mise à jour ou conservation telles recettes classiques? Si la transformation et l'adaptation au goût du jour de telles recette reviendrait finalement à n'en garder que le nom dans le seul sens d'en exploiter la notoriété à travers une approche de pur marketing, Haiwan semble pour sa part avoir choisit privilégier avant tout la nature et l'authenticité du thé qui est derrière, au risque d'être en décalage et d'affronter les critiques.

Car une fois de plus, si ces références classiques ont une telle notoriété et sont aujourd'hui recherchées c'est avant tout pour leurs millésimes anciens et pour la qualité gustative que nous portons aujourd'hui à ces thés agés. Or on sait pertinemment que ces thés, produits en masse par l'industrie communiste, n'avaient pas lorsqu'ils sortaient d'usine le caractère que l'on attend de productions fines contemporaines. Si on peut penser que ces dernières aboutiront parfois après maturation à des thés de très grande qualité qui dépasseront probablement ce que les dernière décennies nous ont laissées, elles se distingueront par contre sans l'ombre d'un doute du caractère des Chi tse beeng agés. En ce sens c'est probablement bien du coté de productions inspirées du passé comme cette 7548 que celui ai aime aujorud'hui le caractère des Chi tse beeng des années 80 devra se tourner si il cherche à obtenir ces arômes dans 20 ans, et peut être pas dans les grands crus contemporains.

Avant de pousser cette question, en comparant la nouvelle 7548 de Haiwan avec une 7542 ancienne, j'aimerais tout d'abord proposer un nouveau regard sur ce thé et comme je l'ai évoqué précédemment l'infuser tel que le préconise Haiwan sur le Nei Piao de la galette.

La dernière 7542 tel que le préconise Haiwan

Haiwan conseille en effet d'infuser ce thé avec une proportion de 1 gramme de feuilles pour 50 millilitres d'eau, soit 3 grammes pour 150 millilitres, et des infusions débutant entre 12 et 30 secondes, pour finir entre 1 et 10 minutes. Celà ne sera pas sans interpeller l'amateur de jeune puerh, souvent plus habitué à des proportions de thés au moins deux fois supérieures, et des durées d'infusions très largement plus courtes. Voyons donc ce que ce thé donne préparé à la manière de Haiwan.

3 grammes de thé dans un gaiwan de 150 millilitresInfusion de la 7548 de Haiwan dans un gaiwan de 150 millilitresLiqueur de la 7548 infusée selon HaiwanLiqueur de la 7548 infusée selon Haiwan
  • 1.3 grammes de thé dans un gaiwan de 150 millilitres
  • 2.Infusion de la 7548 de Haiwan dans un gaiwan de 150 millilitres
  • 3.Liqueur de la 7548 infusée selon Haiwan

Nous sommes contraint avec une quantité de 3 gramme de thé d'avoir recours à un très gros gaiwan de 150 millilitres au fond duquel ces 3 grammes de feuilles semblent perdus. Après 20 secondes d'infusion la liqueur est d'un jaune lumineux. Au goût cela s'avère particulièrement équilibré. Ainsi infusé on obtient quelque chose de fin et subtil, dans lequel les sensations en bouche se retrouvent adoucies pour mettre en valeur les arrières sensations qui prennent place sur le palais, dans la gorge et la fosse nasale.

Ce mode d'infusion met ainsi largement en valeur les arrières sensations de ce thé, et en particulier la richesse des parfums qui se développent dans la fosse nasale. Celà donne au thé un très bon équilibre et le révèle d'une manière très ronde et lumineuse. En ressort aussi quelque chose de très doux. Infusé de manière plus conventionnelle ce thé avait en effet déjà peu d'amertume, mais deviens franchement doux infusé de cette manière.

Les conseils de Haiwan quand à l'infusion de ce thé se révèlent ainsi plutôt pertinent et particulièrement intéressant. Ils donnent à ce thé une dimension particulièrement fine et douce, de laquelle se dégage un charme particulier qui prend petit à petit posession de celui qui le bois sans l'agresser.

Voyons désormais ce que ce thé a à nous dire à travers des dégustations parallèles, en commençant tout d'abord par sa cousine produite cette année par Menghai Tea Factory.

La 7548 2011 (Haiwan) contre la 7542 2011 (Da Yi)

Si Haiwan, fondé et dirigé par Zou Bing Liang, a dans son histoire pressé à plusieurs reprises des galettes reprenant les recettes classiques qu'il a hérité des usines d'état, la célèbre Menghai Tea Factory où bon nombre de ces recettes ont étés développées et qui est depuis devenue privé continue à presser annuellement ces galettes à travers la marque Da Yi (aujourd'hui devenue TAETEA Group).

Représentant le plus gros producteur de thé du Yunnan, avec plus de 6000 Tonnes annuelles, les derniers millésimes des galettes Da Yi sont souvent critiqués des amateurs, qui ne voient pas à travers ces thés les justes héritiers des production passées. Voyons donc comment se situe la dernière Haiwan face aux derniers thés sortis cette année (2011) de cette mythique usine.

Ces deux galettes diffèrent au premier coup d'oeil. Au niveau du grade (taille) des feuilles tout d'abord: les feuilles et bourgeons de la galette de Haiwan étant répartis plus uniformément, là où la 7542 de Menghai Tea Factory suit une pratique de moins en moins courante qui consiste à privilégier les bourgeons et les feuilles les plus fine sur la face, donnant à cette dernière un plus bel aspect. En ce sens la 7542 donne l'impression d'être composée de grade plus fin que l'édition de Haiwan. Différences aussi au niveau de la compression. La galette de Menghai Tea factory est en effet largement plus compressée mais a aussi un profil différent, avec des bords plus pointus là ou la 7548 est plus ronde. A nouveau celà rend la 7542 de Menghai Tea Facotry nettement plus gracieuse, élégante et attirante, bien que à l'usage une galette moins compressée est plus agréable à manipuler.

Haiwan 7548 2011 face à Menghai Tea Factory 7542 2011 (emballages)Haiwan 7548 2011 face à Menghai Tea Factory 7542 2011 (Nei Piao)Haiwan 7548 2011 face à Menghai Tea Factory 7542 2011 (galettes)Haiwan 7548 2011 face à Menghai Tea Factory 7542 2011 (détail)
  • 1.Haiwan 7548 2011 face à Menghai Tea Factory 7542 2011 (emballages)
  • 2.Haiwan 7548 2011 face à Menghai Tea Factory 7542 2011 (Nei Piao)
  • 3.Haiwan 7548 2011 face à Menghai Tea Factory 7542 2011 (galettes)
  • 4.Haiwan 7548 2011 face à Menghai Tea Factory 7542 2011 (détail)

Une fois infusées les deux concurrentes produisent une liqueur semblable, lumineuse et parfaitement pure. En bouche on est clairement dans le même ton, et de toute évidence ces deux galettes on un air de famille. Après si elles ont des origines communes elle ne sont pas égales pour autant. Bien qu'elles aient toutes deux ce coté très brut et sec, la galette de Menghai Tea Factory présente une amertume largement plus marquée et agressive tandis ce que la galette de Haiwan apparaît en comparaison plus équilibrée.

Comme je l'ai signalé précédemment le thé de Haiwan ne brille par son hui gan, en particulier dans les premières infusions. Si ces arrières sensations sont un peu faible chez Haiwan elles sont totalement absentes du thé de Menghai Tea Facotry. De plus l'arrière goût gagne en présence au fur et à mesure de la dégustation du Haiwan et développe tout de même une certaine richesse dynamique là ou sa concurrente reste éperdument muette.

On note aussi une certaine différence au niveau du caractère: La 7548 Haiwan apparaît comme plus aiguisée avec cependant quelque chose d'âpre et trapu et des touches presques fumées qui peuvent rappeler des thés anciens, là ou le thé de Menghai Tea Factory est plus frais et léger mais avec une amertume très présente.

Si ainsi ces deux thés inspirés de la même recette tirent leurs origines d'une source commune, ils se révèlent bien différents dans les mains de Haiwan ou de Menghai Tea Factory, et bien qu'ils partagent toujours un air de famille ils sont de toute évidence pas de même facture.

Une nouvelle dégustation en parallèle s'imposait donc pour peser le chemin qui a été parcouru par ces recettes, en mettant la dernière Haiwan face à son (jeune) ancêtre, une galette de recette 7542 produite il y'a 10 ans par Menghai Tea Factory.

La 7548 de 2011 face à une 7542 de 2001

J'ai volontairement choisi pour cette comparaison une galette 10 ans plus vielle que cette Haiwan de 2011, et issue d'une stockage naturel sec dans une atmosphère humide (Malaisie), possédant donc une maturation bien présente, mais ne venant pas non plus prendre le dessus ou trop dénaturer le caractère propre au thé.

A l'oeil la dernière Haiwan est très similaires à son ancêtre, en faisant bien entendu abstraction de l'assombrissement et du brunissement de la galette de 2001, hérités des 10 années de maturation du thé.

L'aspect général de la galette, le degré de compression et le profil sont par contre très proches, là où en comparaison la dernière 7542 de Menghai Tea Factory (2011) apparaît par contre comme très nettement plus compressée. Outre la dimension esthétique une compression plus légère telle que celle pratiquée par Haiwan présage une meilleure maturation, ou tout du moins une maturation plus proche des anciennes 7542 là où on peut avoir plus de doute sur les nouveaux nés de Menghai Tea Factory.

Haiwan 7548 2011 face à une 7542 de 2001 (emballages)Haiwan 7548 2011 face à une 7542 de 2001 (galettes)Haiwan 7548 2011 face à une 7542 de 2001 (détail)Haiwan 7548 2011 face à une 7542 de 2001 (feuilles)
  • 1.Haiwan 7548 2011 face à une 7542 de 2001 (emballages)
  • 2.Haiwan 7548 2011 face à une 7542 de 2001 (galettes)
  • 3.Haiwan 7548 2011 face à une 7542 de 2001 (détail)
  • 4.Haiwan 7548 2011 face à une 7542 de 2001 (feuilles)

L'assemblage des feuilles semble aussi visuellement très proche entre la 7548 de 2011 et la 7542 de 2001, que ce soit au niveau de la taille des feuilles, de leur diversité ou de la proportion des feuilles de chaque grade.

La dégustation de ces deux galettes en parallèle est particulièrement intéressante: Si de prime abord leurs caractères semblent radicalement différents, la galette de 2001 étant clairement marquée par ses 10 années de maturation, on note pourtant plus qu'un air de famille, un caractère commun.

En comparant les parfums qui se dégagent des feuilles humides on remarque bien entendu en premier lieux la fraîcheur et la dimension très fleurie des parfums de la 2011, qui vient s'opposer au caractère ancien et aux touches camphrées de la 2001. En allant cependant derrière cette différence apparaît les similitudes de ces thés, une base commune clairement identifiable lors d'une dégustation parallèle.

Cette permanence se retrouve au goût: une sorte de corps commun, qui se voit respectivement habillé de la fraîcheur d'une nature luxuriante et fleurie pour la plus jeune ou du velouté poivré des parfums camphrés pour son aînée, mais qui s'appuient bien sur une structure commune. Ce sont surtout les arrières sensations laissées par cette 7548 qui sont troublantes et font fortement penser à l'arôme de son aîné de 10 ans. On remarquera par contre que cet étonnant arrière goût du passé, subtil mais bien présent dans la 7548 de Haiwan, est totalement absent de la 7542 produite en 2011 par Menghai Tea Factory.

Outre le fond commun de ces deux galettes leur dégustation laisse apercevoir la nouvelle Haiwan classique sous un tout autre regard. En effet ce puerh (Pu Er tea) brut peut sembler décevant au premier abord, pris de manière indépendante ou pire en comparaison avec d'autres jeunes puerh (Pu Er tea) brut de 2011 qui peuvent facilement présenter une plus grande complexité, des arômes plus riches, subtils et des arrières sensations plus intenses. Les similitudes, subtiles mais présentes, que l'on retrouve cependant entre ce jeune thé et des 7542 d'une dizaine d'années, rendu excellentes par leur maturation, nous font en effet repenser les questions de la qualité gustative et du rapport au temps.

Les 7542 n'ont en effet jamais été des produits de haute qualité ou de prestige, mais des thés populaires produits en masse par l'industrie communiste du thé chinois. En aucun cas on ne peut donc comparer ces thés à certains thés de prestige produits aujorud'hui, provenant par exemple d'arbre ultra-sélectionnés, de terroirs renommés, ou d'un travail particulièrement fin du producteur. En ce sens on a peu de références (hormis peut êtres les thés produits avant les années 50) pour juger l'évolution sur le long terme des productions de puerh (Pu Er tea) des 10 dernières années, tellement bon nombre de ces dernières n'ont rien à voir avec ce qui était produit durant l'ère communiste. Si ainsi les jeunes amateurs de puerh (Pu Er tea) frais n'ont peut être pas tord de discréditer des productions "classiques" tel que les 7548 et 7542 modernes, auquel ils préféreront des thés plus profonds et subtils, on peut se questionner sur ce qu'ils auraient pensés il y'a 20 ans d'une 7542 fraîchement sortie d'usine (si bien sur ils avaient en ce temps eux autre chose que les productions d'état pour les comparer)?

En poursuivant ce point de vue, l'amateur de 7542 anciennes peut se demander quel puerh (Pu Er tea) produit aujourd'hui faut il stocker pour les années à venir. Si certes des puerh (Pu Er tea) contemporains de haute qualité sont très probablement un gage de qualité pour le futur, ce futur a de grandes chance de s'éloigner de ce que l'on connaît aujourd'hui des thés âgés de l'ère communiste. En ce sens c'est peut être dans des productions telles que cette nouvelle 7548 qu'il faut chercher la relève des célèbres 7542 des années 80 ou 90, et peut être cette galette qu'il faut stocker pour retrouver dans 20 ans le charme des Chi tse beeng cha du passé.

Derrière la confiance que l'on peut avoir dans la capacité de cette nouvelle galette à re-produire l'alchimie des vielles 7542, il y'a d'abord la spéculation que l'on peut faire à partir du constat d'une vrai permanence gustative entre ce thé et ses aînés. A cela s'ajoute non seulement l'expérience de Zou Bing Liang, mais aussi la politique qu'il poursuit et les valeurs qu'il défend à travers Haiwan. Des valeurs dans la lignée directe de la Menghai Tea Factory de l'époque communiste, là où la politique du Menghai Tea Factory contemporain a pour sa part radicalement changé.

Au rayon des doutes maintenant on remarquera la très grande légèreté de l'amertume de cette nouvelle 7548, qui apparaît étonnamment comme moins amère que son ancêtre âgée de 10 ans, là où on aurait pu s'attendre au contraire (l'amertume ayant tendance à s'arrondir avec le temps). L'amertume possédant un rôle important dans la capacité d'un bon puerh (Pu Er tea) à évoluer positivement, on peut voir dans cette amertume modérée une lacune potentielle de cette galette sur le long terme, peut être pensée par Haiwan pour rendre son thé plus facile d'accès pour une consommation immédiate. Sur ce point, et c'est probablement le seul, la galette de Menghai Tea Factory 2011 a peut être un petit avantage pour les années à venir. Point probablement pas suffisant non plus à faire préférer la Da Yi 7542 à celle produite par Haiwan, au vus des grandes lacunes qu'elles présente par ailleurs.

Verdict

Que retenir finalement de ces deux nouveaux thés Haiwan?

Haiwan 7578 millésimes 2005 et 2011Haiwan 7548 2011 (feuilles)Comparaison des nouvelles classiques de HaiwanComparaison des nouvelles classiques de Haiwan
  • 1.Haiwan 7578 millésimes 2005 et 2011
  • 2.Haiwan 7548 2011 (feuilles)
  • 3.Comparaison des nouvelles classiques de Haiwan

De toute évidence ces thés s'inscrivent bien et de manière relativement fidèle dans la continuité des grands classiques de l'ère des Chi tse beeng cha que sont les 7542 et 7572. C'est non seulement le cas au niveau gustatif, pour lequel ces deux thés sont bien les descendant des millésimes passés, mais aussi au niveau de l'esprit de ces thés et de la philosophie qui était derrière: Des thés populaires, accessibles et relativement bon marché, pensés non seulement pour un usage quotidien immédiat, mais aussi pour s'affiner et s'enrichir avec le temps.

Si l'amateur de puerh (Pu Er tea) contemporain, en particulier brut, pourra ainsi voir à travers ces galettes une certaine retenue, pour ne pas dire une pauvreté face à certains jeunes thés haut de gamme, et s'empressera peut être de leur jeter la pierre, c'est avant tout dans les différences entre le puerh (Pu Er tea) d'hier et celui d'aujourd'hui qu'il faut en rechercher la cause, ce nouveau thé de Haiwan jouant finalement plutôt très bien le jeu risqué de produire en 2011 des 7548 et 7578 fidèles à ce qu'était une Chi tse beeng cha.

Comparés avec leur aînées, on retrouve bien et malgré l'action du temps, un caractère commun, spécifique à ces deux assemblages, qui peuvent laisser entrevoir une maturation similaire, bien que d'un autre coté un certain nombre de détails semblent tout de même séparer ces nouveaux millésimes des anciens, notamment l'atténuation de l'amertume de la 7548.

Comparées aux versions produites en 2011 par Menghai Tea Factory, on note une supériorité qualitative non négligeable pour les productions de Haiwan, non seulement plus riches et agréables mais qui apparaissent aussi comme plus proches des recettes originales.

A qui donc s'adressent ces galettes et valent elles le coup d'être stockées?

Ces thés s'adressent pour moi principalement aux amateurs de puerh, malgré ce que l'on peut leur reprocher ou leur prix modéré. Je ne les conseillerais en effet pas forcément ni à celui qui cherche deux premières galettes pour découvrir le monde du puerh, ni à celui qui cherche juste un unique thé à boire lorsqu'il en a envie sans aller plus loin. Celui qui par contre s'intéresse au puerh (Pu Er tea) et à sa culture, qui cherche à comprendre les thés d'aujourd'hui, les thés du passé et leurs évolutions aura tout intérêt à posséder quelques unes de ces galettes dans sa cave, pour les boire aujourd'hui et les voir évoluer.

Ces thés, bien que d'une jeunesse évidente, sont en effet le reflet du passé, et nous renvoient à l'ère révolue des Chi tse beeng cha. Aujourd'hui ils nous permettent de saisir le chemin qui a été fait depuis et de mieux comprendre d'où viennent les galettes laissées par les décennies passées. Avec le temps ils nous permettront de re-vivre cette maturation des thés de l'ère communiste dont nous n'avons pour beaucoup vu que les fruits sans en vivre le cheminement. Demain ils seront probablement les dernières traces d'une page qui se tourne.

En ce sens ce sont des thés qu'il peut aussi être judicieux de stocker pour les années à venir et qui, bien qu'ils ne deviendront probablement pas les meilleurs thés agés de 2040, seront peut être les derniers garants d'arômes d'un autre temps. Nous vivons en effet aujourd'hui le début d'une révolution importante dans l'histoire du puerh, qui nous renvoit en quelque sorte plus de 60 ans en arrière à l'ère des anciens producteurs privés. Ainsi depuis 10 ans dans le Yunnan une multitude de nouveaux producteurs tentent de redécouvrir empiriquement une réalité passée qui n'a laissé que peu de traces. Nous observons déjà à travers certains jeunes puerh (Pu Er tea) contemporain haut de gamme une richesse qui dépasse le passé et nous pouvons espérer que à terme, et probablement après encore un certain nombre d'années d'expérimentation ces thés contemporains deviennent avec le temps potentiellement meilleurs que ce que nous ont laissé les dernières 60 années. Cette nouvelle page de l'histoire du puerh (Pu Er tea) ensevelira par contre sans aucun doute les pratiques de celle qui l'a précédée, comme ce fut le cas des ères précédentes.

De telles galettes produites aujourd'hui mais directement et encore relativement fidèlement inspirées par l'ère des Chi Tse Beeng Cha ont des chances de rester dans l'histoire, et si elles dénoteront peut être dans 20 ou 30 ans par rapport à d'autres thés du même âge, elles constitueront probablement les dernières traces de ce qu'était le puerh (Pu Er tea) durant l'ère communiste des Chi tse beeng cha.


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