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Arrivé sur le marché du puerh (Pu Er tea) il y'a quelques années seulement, Chen Sheng Hao est un producteur ambitieux dont les thés se sont déjà forgés un solide réputation auprès des amateurs. Si on a surtout entendu parler de ce producteur pour la quasi exclusivité qu'il a signé sur le terroir de Lao Banzhang, aujourd'hui le terroir le plus recherché et le plus cher du Yunnan, l'histoire de ce producteur ne s'arrêtte pas là.

Afin d'en savoir plus j'ai eu la chance d'obtenir en 2010 un long entretien avec Chen Sheng He, l'homme qui se trouve derrière Chen Sheng Hao. Avant de vous proposer une visite du propriétaire et un article complet sur ce producteur et ses productions j'ai le plaisir de dessiner aujourd hui à travers cet entretien un portait rapide de cette personalité hors norme du monde du thé. A la fois businessman hors pair et magicien du thé, capable non seulement d'acheter une montagne mais surtout d'en composer avec finesse ses feuilles afin d'en produire un thé qui tend vers la perfection, Chen Sheng He, de ses 59 ans est un homme qui sait ou il va, et dont le charme et le charisme inspire si ce n'est l'admiration, le respect.

Chen Sheng HeChen Sheng HeChen Sheng He
  • 1.Chen Sheng He

L'histoire de Chen Sheng He commence à Shantou (汕头) en 1974. Ses études achevées, il commence à rechercher du travail. La Chine vivait alors une période difficile et si on avait le malheur d'être un peu trop exigeant il n'était pas si aisé de se frayer un chemin dans le monde du travail. C'est ainsi que Chen Sheng He débute sa carrière en revendant discrètement du thé qu'il achetait directement chez les producteurs. La Chine était en ce temps en pleine ère communiste, tout le thé passait en théorie par les usines d'état et il n'était pas légal de revendre de la sorte du thé acquis directement chez le producteur. Si cela présentait un certain danger cela rapportait en contre partie beaucoup d'argent, le thé étant à ce moment près de 30% moins cher chez les producteurs que dans les usines d'état.

En 1983, la Chine dont l'ouverture économique à débuté en 1969, franchit une nouvelle étape et le commerce privé du thé devient plus aisé. Chen Sheng He en profite pour légaliser son activité, puis s'installe à Shen Zhen en 1989 où il restera près de 20 ans. Pendant chinois de Hong Kong, grand port de commerce, le choix est très stratégique et l'entreprise pionnière prospère dès ses débuts. Chen Sheng posséderait ainsi en 1989 près de 60% du marché du thé de Shen Zhen. Le Shen Zhen des années 80, de par sa position, bouge beaucoup et devient vite le centre de rencontre de tous les types de thés chinois, verts, longjing, bi luo chun, mao feng, etc, et bien sur le oolong, considéré comme le thé le plus difficile techniquement. Si Chen Sheng vend alors essentiellement du oolong il s'ouvre à tous les types de thé, vert, blanc, noir et en infime quantité puerh. A la fin des années 80 le monde du puerh (Pu Er tea) est en effet plus situé à Taiwan, Canton et en Malaisie et le marché est majoritairement composé de puerh (Pu Er tea) fermenté.

Chen Sheng a dans ces années une position très influente sur le marché de Sheng Zheng. Nourri par une grande ambition et une soif de savoir, il profite de cette position pour parfaire sa connaissance des différents thés chinois et s'ouvrir sur l'extérieur. Il est ainsi un des premiers à ouvrir son usine au public, à y accueillir des personnalités venant de toute la Chine pour y goûter ses thés, et rencontre de nombreux maîtres de thés.

C'est à ce moment que Chen Sheng He décide que le thé sera le chemin de sa vie. Si ce choix semble assez évident au vu de l'excellente position dont il jouit dans le commerce du thé et de la prospérité dans laquelle il se trouve, Chen Sheng He aime à préciser que ce qui le motivait alors et avant tout, c'était le potentiel que le thé possède à rendre les gens heureux, et d'une certaine façon à effacer la marque de l'âge: Lorsqu'une personne âgée boit un bon thé, elle éprouve le même plaisir qu'éprouverait un jeune homme ou une jeune femme, et cela donne au thé quelque chose de noble, un pouvoir à diffuser du bonheur au delà des âges.

C'est alors qu'il commence à visiter de façon approfondie et pendant plus de 10 ans la Chine du thé, les différentes régions dont sont issus les grands thés chinois, et l'une après l'autre les différentes montagnes à thé. C'est en 2006, à l'issu de ce long périple, qu'il atterrit finalement dans le Yunnan et fait la découverte qui changera le cours de sa vie: le thé puerh. Après un premier mois à marcher dans les montagnes de Lincang il retourne à Sheng Zheng avant de revenir un deuxième mois dans le Yunnan, cette fois dans la région de Menghai. Ce second voyage a été vécu par Chen Sheng He comme un grand choc et à l'origine d'une attirance particulière pour le puerh. De Menghai il monte au nord et visite les différents terroirs de Simao, pour finalement retourner dans le Xishuangbanna où pousse pour lui le meilleur thé.

Un dicton Chinois dit que la hauteur d'un arbre égale la profondeur de ses racines. Pour Chen Sheng He c'est précisément là que ce trouve le charme si unique du puerh. De leurs profondes racines, les anciens arbres à thé du Yunnan puisent l'essence de la montagne en profondeur, loin de toute pollution et en ressort dans la tasse la saveur de la montagne. Aux yeux de Chen Sheng He c'est ce qui fait la différence du puerh (Pu Er tea) avec les autres types de thé, quelque chose qu'aucune technique ne peut égaler, et c'est de cette saveur de la montagne que le puerh (Pu Er tea) tire son potentiel à se bonifier au fil des années.

Site sur lequel Chen Sheng He a construit son usine à MenghaiAllée du futur jardin bordant l'usine Chen ShengChen Sheng He dans la salle de mélange de l'usine Chen ShengUsine Chen Sheng Hao
  • 1.Site sur lequel Chen Sheng He a construit son usine à Menghai
  • 2.Allée du futur jardin bordant l'usine Chen Sheng
  • 3.Chen Sheng He dans la salle de mélange de l'usine Chen Sheng
  • 4.Usine Chen Sheng Hao

Suite à ce voyage, vécu comme une sorte de révélation, Chen Shen He décide de s'installer à Menghai, malgré la forte concurrence présente dans la région et les conseils de différents spécialistes de thé. Il y achète en 2007 un terrain pour y construire le "projet de sa vie". Alors âgé de 56 ans c'est pour lui une sorte d'achèvement, l'aboutissement de plus de 20 ans de parcours dans le thé. Sur les raisons de ce choix Chen Sheng He raconte qu'il a déjà "tout" à Sheng Zheng, une entreprise qui tourne, beaucoup de biens dans l'immobilier, la prospérité, une situation enviable, mais nul part ou développer son propre projet, l'œuvre de sa vie. Après avoir longtemps cherché le lieu de cette entreprise c'est avec une confiance inébranlable qu'il se pose à Menghai et, dans un paysage baigné par la crise du marché puerh (Pu Er tea) et où les usines de la région ferment les unes après les autres, il construit sa manufacture de puerh. Plus qu'une simple usine c'est un projet ambitieux qui reste aujourd'hui en plein développement. Différentes variétés de théiers poussent progressivement dans ce qui sera bientôt un vaste jardin, au cœur duquel il sera possible de se restaurer en dégustant des thés fins. Alors âgé de 56 ans, il pose avec grande conviction l'objectif de ce projet pour les 10 années à venir: qu'on s'y intéresse dans les 5 prochaines années et que sa marque soit connue et reconnue d'ici 10 ans. Aujourd'hui, soit seulement 4 ans après que la première pierre de la fabrique ait été posée on peut dire que le pari a été plus que largement tenu.

Chen Sheng HeChen Sheng HeChen Sheng He
  • 1.Chen Sheng He

Un entretient avec Chen Sheng He

Olivier Schneider: Comment définisseriez vous en deux mots la philosophie de votre entreprise?

Produire le meilleur thé pour les connaisseurs, et d'autre part un thé accessible que tout le monde puisse avoir les moyens d'acheter.

Olivier Schneider: S'agit il de deux thés différents, constituant différentes gammes de qualité au sein de votre production, ou ces deux objectifs peuvent se rejoindre dans un même thé?

Tous les thés doivent être à la hauteur pour satisfaire le connaisseur, après certains doivent en outre être abordables et toucher un plus large public.

Olivier Schneider: On a surtout entendu parler de Chen Sheng Hao pour une certaine recherche de la perfection, la qualité et l'exigence de la sélection du matériau brut et la finesse du mélange. Possédez vous par ailleurs vos propres jardin à thé ou est ce que travailler ainsi au niveau de l'arbre lui même est un projet pour l'avenir?

Non. Le projet dans lequel je me suis engagé depuis 4 ans est déjà colossal, j'ai 59 ans aujourd'hui et c'est un peu trop tard maintenant pour me mettre à cela... la seule chose que je puisse faire c'est de choisir, sélectionner et assembler les meilleures feuilles qu'il soit.

Olivier Schneider: Quand avez vous commencé à vous intéresser au terroir de Banzhang et pourquoi?

Je suis arrivé à Banzhang en 2007 et j'ai été marqué par le goût unique du thé de ce terroir, l'influence exceptionnelle de la terre et de la foret qui la recouvre. L'arôme du thé de Banzhang a quelque chose d'un filet d'eau qui s'écoule au loin, quelque chose de discret mais qui dure. C'est comme une soupe de poulet, ce n'est pas la même chose de laisser mijoter longuement le poulet ou d'y rajouter du MSG (un exhausteur de goût très courant et utilisé quotidiennement en Chine). C'est aussi comme quelqu'un doté d'une grande culture et dont la richesse et la subtilité du vocabulaire s'écoulerait avec lenteur au fil des phrases. Tout comme on peut parler des jours entiers sans se lasser avec ce type d'individus, on peut boire tous les jours le thé de Banzhang sans jamais s'en lasser.

Village de Lao Banzhang, Bulang ShanVillage de Lao Banzhang, Bulang ShanVillage de Lao Banzhang, Bulang ShanBrique Chen Sheng Lao Banzhang 2010, fraîchement pressées.
  • 1.Village de Lao Banzhang, Bulang Shan
  • 4.Brique Chen Sheng Lao Banzhang 2010, fraîchement pressées.
Olivier Schneider: L'année 2007 coïncide avec l'explosion du prix du thé de ce terroir qui atteint alors des records auxquels aucun autre puerh (Pu Er tea) n'a jamais pu prétendre. Que pensez-vous de cela?

Ca a été une affaire purement spéculative, ce sont des businessmen qui ont ainsi fait flamber les prix de ce thé, mais ce qui compte avant tout c'est la qualité du thé, l'absence de toute pollution avoisinante et l'exceptionnalité du terroir de Banzhang. En 2008 cette bulle spéculative explose et le kilogramme de mao cha (matériau brut non compressé) de Banzhang chute autour des 400 RMB (). C'est à ce moment que j'ai commencé à discuter avec les villageois.

Olivier Schneider: En 2008 vous rachetez l'intégralité du mao cha de ce terroir, comprenant une centaine de familles de producteurs et commencez à négocier avec le village les modalités de ce rachat pour les 30 années à venir. C'est là quelque chose de plus que pas courant. Pouvez-vous nous en dire plus sur les raisons et la façon dont cela s'est passé?

Face à la chute radicale du prix du thé de Banzhang entre 2007 et 2008 (de 1700 RMB () à 400 RMB () NDR) et afin d'aider les paysans, j'ai obtenu un grand soutien du gouvernement dans cette initiative. La production de ce terroir n'est pas si grande (50 tonnes NDR) et le thé de Banzhang à quelque chose d'exceptionnel qui méritait des mesures exceptionnelles. S’il n'avait pas été racheté à ce moment il aurait probablement été impossible d'en trouver aujourd'hui.

Olivier Schneider: Quel a été la forme de ce soutien gouvernemental?

L'année 2008 à été désastreuse pour le monde du puerh. Tandis ce que le kilogramme de mao cha tombait à Banzhang autour de 400 RMB (), il dégringolait un peu partout sous les 30 RMB (). Pour le gouvernement signer contractuellement le rachat du thé de ce terroir sur une longue durée était une bonne chose d'une part pour aider les petits producteurs de ce village, et d'autre part pour éviter la dislocation du village face à une multitude d'entreprises attirées par le prix élevé de ce thé. Le gouvernement m'a pour cela apporté un appui stratégique pour aider à convaincre les paysans à signer ce contrat. Il a joué et joue encore aujourd'hui un rôle de médiateur dans cette affaire.

Olivier Schneider: Il semble que les négociations avec les villageois aient été longues et complexes au long de ces trois dernières années, pouvez vous nous en dire plus sur les raisons et la manière dont cela s'est passé?

Les problèmes majeurs ont été l'accessibilité du village, le problème de la falsification du thé et la concurrence d'autres acheteurs. Le village de Lao Banzhang est particulièrement reculé et le fin chemin de terre pour y accéder était à l'origine pratiquement impraticable, on pouvait mettre près de deux jours à atteindre le village. C'est pour cela que j'ai fait reconstruire le chemin et financé ces travaux.

Le problème de la falsification du thé de la part des paysans eux mêmes, qui importaient des feuilles des terroirs avoisinants pour les mélanger au véritable mao cha de Banzahng fut un gros choc pour moi, et aussi le problème le plus difficile à régler. Parallèlement à cela c'est difficile pour beaucoup dans le marché du thé d'accepter que quelqu'un puisse avoir l'exclusivité d'un terroir recherché comme celui de Banzhang, et j'ai rencontré d'innombrables problèmes de concurrence ou de vente sous le manteau et "hors contrat" de la part de producteurs du village.

Mao Cha d'un petit producteur de BanzhangProduction du carré Lao Banzhang Chen Sheng 2010Célèbre galette Lao Banzhang Chen Sheng 2008Feuilles infusées du carré Lao Banzhang Chen Sheng 2010
  • 1.Mao Cha d'un petit producteur de Banzhang
  • 2.Production du carré Lao Banzhang Chen Sheng 2010
  • 3.Célèbre galette Lao Banzhang Chen Sheng 2008
  • 4.Feuilles infusées du carré Lao Banzhang Chen Sheng 2010
Olivier Schneider: Les galettes et briques de Banzhang que vous avez produites depuis 2008 apparaissent comme nettement supérieures à ce que j'ai pu goûter chez d'autres producteurs, ou aux différents mao cha brut que goûté au sein même du village. A quoi attribuez-vous cela?

Cela provient tout d'abord de l'expérience et de mon objectif qui est avant tout de produire un thé d'excellence et non pas un maximum d'argent. Sur 100 kilogrammes de maocha que j'achète, seul 90 seront utilisés et finiront dans les tasses !


Pour illustrer cela je vous propose de goûter une galette de devenue aujourd'hui un collector, la première production Chen Sheng Lao Banzhang, pressée par Chen Sheng Hao en 2008, ainsi que le millésime 2009 de ce thé d'exception.

Chargement du thé...
Chargement du thé...
Olivier Schneider: Face à la proportion de thé falsifié ou de qualité inférieure j'ai entendu que vous avez en 2009 changé le contrat afin de refuser l'achat du mao cha qui ne serait pas de qualité convenable?

Oui c'est exact.

Olivier Schneider: Vous achevez cette année (2010) la construction d'une unité de premier traitement au sein même du village afin d'acheter les feuilles fraîches aux paysans et produire le mao cha travaillé par vos propres moyens. Pourquoi installer un tel atelier à Banzhang ?

Il y'a deux raisons. Tout d'abord les paysans n'ont pas assez de moyens financiers. Par conséquent si je veux améliorer la qualité du produit, la propreté et la qualité du travail des feuilles ainsi que l'uniformité du résultat, c'est à moi de le faire. Avant, bon nombre de paysans séchaient par exemple les feuilles par terre, etc. Ensuite je peux désormais envoyer sur place des techniciens possédant une meilleure technique afin d'augmenter encore la qualité et la pureté du produit. Le gouvernement m'a aussi largement poussé sur cette voie, produire un produit pur et réputé.

Olivier Schneider: A t’il juste s'agit d'une incitation de la part du gouvernement ou avez vous reçu une aide financière pour cela?

(Rires), non non je n'ai pas reçu de financement de l'état.

Olivier Schneider: Vous avez fait le choix dans cet atelier de traitement primaire de passer à un travail industriel alors qu'avant le mao cha était pratiquement exclusivement réalisé à la main. J'ai vu par exemple des machines pour effectuer le rou cha (pétrissage), ou le sha qing (premier séchage / torréfaction). Pourquoi ce choix et quelle influence sur le résultat?

Les machines sont là pour pallier les conditions météologiques. Quand il pleut on est obligé de travailler très rapidement pour éviter que les feuilles se détériorent et donc d'avoir recours à la machine. Une machine si elle est bien utilisée permet un résultat aussi bon qu'un travail manuel.

Feuilles séchant dans la fumée, au coin du feu par mauvais temps chez un petit producteur de Lao BanzhangSha qing manuel par un petit producteur de BulangMachine à sha qing à BulangVieille machine à rou cha dans le village de Lao Banzhang
  • 1.Feuilles séchant dans la fumée, au coin du feu par mauvais temps chez un petit producteur de Lao Banzhang
  • 2.Sha qing manuel par un petit producteur de Bulang
  • 3.Machine à sha qing à Bulang
  • 4.Vieille machine à rou cha dans le village de Lao Banzhang
Olivier Schneider: Vous voulez dire que vous obtenez les mêmes résultats entre le mao cha que vous produisez à la main et celui que vous obtenez à l'aide d'outils mécanisés?

Pour moi la machine permet un sha qing (premier séchage des feuilles) de qualité supérieure à ce que l'on peut faire à la main et un meilleur contrôle de la température. Mais pour ce qui est des autres étapes le travail manuel reste meilleur. C'est la première année de l'atelier de Lao Banzhang, j'égaliserais probablement les pratiques avec le temps... mais pour le moment et au vu des résultats je préfère effectuer le sha qing mécaniquement.

Olivier Schneider: Pourquoi dans ce cas là continuer à effectuer une partie de sha qing à la main et ne pas tout faire à la machine?

Parce que les gens qui travaillent à Banzhang sont habitués à travailler à la main. J'envoie des spécialistes de l'extérieur pour accroître la technicité et superviser le travail mais tous les travailleurs sont du village. Pour le moment ils n’ont pas l'habitude de la machine mais cela va changer et on passera progressivement à la généralisation du sha qing mécanisé. Le problème du sha qing à la main c'est son imprécision, c'est souvent trop ou pas assez, la technique est cruciale à cette étape. Les autres étapes comme le rou cha ou la presse des galettes sont pour leur part toujours effectuées à la main.


Je vous propose pour illustrer cela de goûter tout d'abord au millésime 2010 du célèbre Lao Banzhang de Chen Sheng Hao, travaillé pour la première fois à partir de la feuille fraiche dans l'atelier du producteur, et de le comparer au millésime précédent produit à partir de maocha travaillés à la maison par les villageois.

Chargement du thé...

comparatif

Chen Sheng Lao Banzhang 2009 vs. Chen Sheng Lao Banzhang 2010

Comparatif particulièrement intéressant puisqu'il s'agit de mettre en parallèle deux millésimes du grand thés de Lao Banzhang produit par le célèbre Chen Sheng Hao.

Plus que de refléter simplement le caractère propre à ces deux années, ce comparatif prend tout son sens lorsque l'on sait que l'édition 2010 est le premier thé de Lao Banzhang à avoir été travaillé par Chen Sheng Hao depuis la feuille fraîche dans l'atelier qui a ouvert ses portes au sein du village en 2010, là où les deux millésimes précédents ont étés produits à partir de maocha travaillés à la maison par les différentes familles du village.

Les feuilles qui s’entremêlent à la surface de ces deux thés sont très proches. On note une couleur légèrement plus sombre sur les feuilles de 2009 mais la différence est minime.

Une fois infusés les deux thés produisent une liqueur de couleur identique, avec cependant une liqueur plus belle, lumineuse et limpide pour le millésime 2010.

Le parfum qui se dégage des feuilles semble dire la même chose: Si on est très proche, et si ces thés sont sans le moindre doute issus du même terroir, mais aussi de la même approche quand à la sélection et l'assemblage, le parfum des feuilles de 2010 apparaît en comparaison comme plus fin et plus pur que celui de l'année précédente. Face à cette pureté parfaite du millésime 2010, on décèle dans l'édition 2009 de petites touches très légèrement fumées, que l'on peut peut être attribuer à la présence de fumée dans l'espace lors du Sha Qing ou du séchage des feuilles, et qui justifierait les mesures entreprises par Chen Sheng He pour prendre en main le travail des feuilles dans un lieux spécifiquement construit pour cela.

Ce constat ce retrouve bien au goût, et plus particulièrement dans les parfums qui se développent dans le fosse nasale au cours de la dégustation. Si pris de manière indépendante le millésime 2009 ne présente aucun défaut, et est indéniablement un puerh (Pu Er tea) de très haut niveau, une dégustation attentive en parallèle avec l'édition 2010 le fait apparaître comme plus « brut », moins fin, là où ce nouveau cru de 2010 éclate par une finesse et une pureté sans faille. Légèrement moins amer, ce nouveau millésime gagne en luminosité et en douceur, mais aussi légèrement en intensité.

On ne peut qu'attester du succès de la stratégie et de l'investissement de Chen Sheng He pour améliorer encore ce produit, déjà considéré comme remarquablement fin de la part des amateurs. En résulte un millésime 2010 au caractère inchangé mais à la pureté accrue : l'extraction du nectar de Lao Banzhang comme on ne l'avait encore jamais fait jusque là !
Olivier Schneider: Après Banzhang, j'ai entendu que vous construisiez actuellement un établissement similaire à Yi Wu, pouvez vous nous parler de cela?

Oui j'ai acheté le lieu en 2007. Il s'agit de l'atelier d'un très ancien producteur réputé de Yi Wu, avant l'ère communiste, Fuyuan Chang (福元昌). La production a cessé depuis et la marque n'existe plus (elle a en fait été rachetée NDR) mais il restait l'atelier de 200 à 300 mètre carrés.

Vieux village de Yi WuVieux village de Yi WuNei Piao Chen Sheng Yi Wu représentant l ancien atelier Fuyuan ChangVieux village de Yi Wu
  • 1.Vieux village de Yi Wu
  • 3.Nei Piao Chen Sheng Yi Wu représentant l ancien atelier Fuyuan Chang
  • 4.Vieux village de Yi Wu
Olivier Schneider: Vous avez donc acheté ce lieu au même moment que celui de Menghai, pourquoi avoir attendu 2009 pour commencer à y travailler et produire du thé de Yi Wu?

Parce que j'étais trop occupé ici (Menghai) et à Banzhang. Parallèlement au travail conséquent à Banzhang, construire, mettre en route l'usine de Menghai et en sortir des thés de cette qualité en seulement trois ans a été très prenant. C'est pourquoi j'ai attendu 2009 pour commencer à me pencher sur YiWu.

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Olivier Schneider: Pourquoi Yi Wu?

Yi Wu est non seulement une des 6 grandes montagnes à thé, mais a une très vieille histoire. Menghai s'est forgé une forte réputation depuis quelques années mais l'histoire de Yi Wu tire ses sources dans un passé beaucoup plus lointain.

Olivier Schneider: Comment se passe la collaboration avec les paysans de Yi Wu (achat des feuilles, etc...)?

Banzhang est un terroir très limité et le thé de Banzhang est bon de part ce terroir. Yi Wu est une grande montagne abritant de nombreux terroirs... mais je trouverai le meilleur thé de Yi Wu. Pour le moment je cherche encore, mais ça sera excellent vous verrez.

Olivier Schneider: "Pour le moment vous cherchez encore"?

Oui ce thé est encore en développement et il faudra encore beaucoup de temps. La question est très différente de celle de Banzhang, il ne s'agit pas là d'acheter tout le thé du village. Il y'a beaucoup de thés très différents et de goûts différents à Yi Wu et ce qui compte c'est de trouver le bon. Je suis obligé de prendre le temps pour cela, de me rendre moi même sur place, etc, et ça demande beaucoup de temps.


Goûtons pour illustrer cela une galette excessivement rare, produite en série très limitée par Chen Sheng He pour le concours du meilleur thé de Yi Wu en 2010 (gagné en 2010 par Baopuxuang).

Chargement du thé...
Olivier Schneider: Bien que vous commercialisiez des thés de Yi Wu depuis 2009, vous dites encore chercher. Quand est ce que l'on peut s'attendre à voir sur le marché le thé de Yi Wu à la hauteur de votre attente ?

En 2011


Non disponibles à la première publication de cet entretient en 2010, voici les 2 thés de Yi Wu produit par Chen Sheng Hao en 2012, dans sa version supérieure, la Fu Yuan Cheng Bing (généralement simplement appelée 357g) et l'édition meilleure marché, la Fu Yuan Yuan Cha (généralement simplement appelée 400g).

Chargement du thé...
Chargement du thé...

Ces thés de Yi Wu étant encore selon Chen Sheng He en développement durant leurs première sortie sur le marchée en 2009, voici donc un comparatif entre la première version de 2009 et la version « achevée » du Fu Yuan Cha (aussi appelé 400g) sortie 3 ans plus tard.

comparatif

Chen Sheng Yi Wu 400g 2009 vs. Chen Sheng Yi Wu 400g 2012

La différence de couleur entre les feuilles de ces deux galettes est incroyable ! Si le millésime 2012 est déjà particulièrement sombre pour un thé de l'année, les feuilles du millésime 2009 sont encore beaucoup plus sombres, ce qui dénote une maturation particulièrement rapide pour une galette seulement de 3 ans plus ancienne que la version de 2012.

Au parfum qui s'échappe des feuilles on reconnaît tout de suite le caractère commun de ces deux thés, notamment cette forte dimension fruitée et épicée caractéristique. On a de toute évidence à faire à la même alchimie et au même regard sur le thé de Yi Wu.

On retrouve tout à fait la même chose au goût : deux thés qui possèdent résolument le même caractère et sont surtout séparés par 3 ans de maturation naturelle. On retrouve notamment cette belle dimension fruitée et épicée qui caractérise ce thé, son excellente intensité et profondeur, et une remarquable propension à envahir le palais et la fosse nasale.

Le millésime 2012 apparaît naturellement comme plus jeune, plus frais et aiguisé mais il apparaît aussi comme plus intense et dense en bouche. Le thé de 2012 semble ainsi totalement dans la lignée du 2009 et possède ce même caractère crée par Chen Sheng He. Il apparaît cependant comme sensiblement plus profond, fin et complexe que le 2009 goutté il y'a 3 ans. Si il possède ainsi très probablement l'excellent potentiel à la maturation de son ainé, il promet sûrement meilleur encore pour le futur !
Olivier Schneider: Contrairement à d'autres villages qui ne produisent que du mao cha, Yi Wu est très réputé pour la qualité de son travail manuel, travail des feuilles mais aussi presse manuelle des galettes, en général effectuée directement à la ferme. Certains petits producteurs de Yi Wu sont mêmes sollicités pour presser des galettes provenant d'autres montagnes. Comment comptez vous jouer avec cela, et comment sera effectué le travail dans l'atelier que vous construisez à Yi Wu, manuellement, mécaniquement, et avec quelle main d'œuvre?

Le lieu que je construis à Yi Wu sera très différent de celui de Banzhang. A Yi Wu il ne s'agira pas d'une unité de traitement primaire. Les paysans avec lesquels nous travaillerons continueront à travailler comme ils l'ont toujours fait et nous achèterons du mao cha déjà travaillé que nous presserons à l'usine. Le lieu de Yi Wu sera surtout là pour analyser et choisir les mao cha... il y aura aussi une sorte de musée qu'il sera possible de visiter.

L'ancien atelier de Fuyuan Chang à Yi WuRestaurtion-Recontruction de Fuyuan Chang par Chen Sheng He en 2012Restaurtion-Recontruction de Fuyuan Chang par Chen Sheng He en 2012Restaurtion-Recontruction de Fuyuan Chang par Chen Sheng He en 2012
  • 1.L'ancien atelier de Fuyuan Chang à Yi Wu
  • 2.Restaurtion-Recontruction de Fuyuan Chang par Chen Sheng He en 2012
Le thé de Yi Wu est réputé pour être très équilibré entre Ying et Yang, Masculin et Féminin. Les premiers thés de YiWu que vous avez produits, et notamment celui que vous avez présenté cette année au concours du meilleur thé de YiWu me sont apparus pour leur part comme très féminins?

Il y'avait peu de technique avant, maintenant beaucoup plus. Les autres thés de Yi Wu sont moins bons maintenant... mais après 10 ans cela apparaîtra sous un visage nouveau.

Vous voulez dire que les thés produits maintenant seront meilleurs dans 20 ans, que les thés produits il y'a 20 ans aujourd'hui?

Oui. La technique a beaucoup progressé, les choses sont plus propres aussi. Le goût dans le futur sera meilleur lui aussi. Aujourd'hui les prix ont chuté et le mauvais thé ne vaut plus rien... donc les paysans sont contraints d'améliorer leur technique et de produire des meilleurs thés... tout deviendra meilleur avec le temps.

Banzhang, YiWu, avez vous d'autres projets pour le futur dans d'autres régions productrices?

Non... c'est trop fatiguant...

L'héritage des grandes usines d'état est l'art du mélange des feuilles et les recettes. Parallèlement à cela et depuis qu'en Chine tout le monde peut facilement créer son entreprise et commercialiser son thé on voit arriver une nouvelle tendance pour un thé d'origine et de saison unique, "brut" et non mélangé. Quel est votre point de vue là dessus?

La pureté c'est le bon chemin. Après il est nécessaire d'avoir recours au mélange et de concevoir des recettes à l'intérieur de cette voie. Pour faire un bon thé il faut que le goût soit équilibré. Il faut donc faire du mélange au sein même d’une recherche de pureté.

Qu’entendez-vous par "pur"?

Trois choses font un bon thé: La saveur de la montagne, une certaine épaisseur et densité, et une bonne odeur. Le but de la recette est de pouvoir associer ces trois dimensions.

On trouve de plus en plus sur le marché des thés produits sans aucune technique mais d’origines très précises, issus du pressage d'un mao cha provenant directement de petits producteurs. Que pensez-vous de cela?

Cela ne suffit pas. Le terroir à son importance mais sans technique et mélange on ne peut parvenir à un thé équilibré qui associe les trois points que j'ai évoqués.

Est ce que c'est à cela que l'on peut attribuer la supériorité des thés de Banzhang que vous avez produits face aux mao cha que l'on peut boire directement chez les paysans du village?

Oui. Tout d'abord il y'a la sélection et le tri, feuille par feuille. Tout ce qui n'est pas assez bon ou pas assez bien travaillé est retiré. Ensuite il y'a la recette. Bien que Banzhang soit un terroir très limité et au caractère marqué les mao cha des différents jardins autour du village ont chacun leur personnalité. Certains sont très amers, certains plus sucrés, d'autres ont une odeur particulièrement appréciable. En utilisant un mao cha d'ici où là, tu n'obtiendras pas le même thé. Le but de la recette est précisément d'équilibrer tout cela pour approcher la perfection. Chaque étape est très subtile, si à quatre vous pressez quatre galettes du même terroir, elles seront toutes différentes.

Quelle est votre vision pour le futur du puerh?

Le puerh (Pu Er tea) à une très longue histoire, mais avant la Chine était très fermée et le chemin difficile. Aujourd'hui la Chine s'est ouverte, les choses sont beaucoup plus faciles et beaucoup font du thé. Mais il y'a encore besoin de temps, au moins une dizaine d'années...

En France on commence à peine à entendre parler du puerh. Qu’auriez-vous à dire à celui qui commencerait à découvrir ce thé?

En Chine... ça ne fait finalement pas longtemps non plus qu'on boit vraiment du puerh. On n'en est qu'au début.

Il y'a trois choses à comprendre dans le puerh. Tout d'abord le puerh (Pu Er tea) est bon pour la santé et fait maigrir. La Chine devient de plus en plus riche et le niveau de vie des Chinois augmente. Quand on a de l'argent on mange plus et parallèlement on demande plus pour sa santé et on a plus à investir pour cela: ça devient un besoin. Au début le puerh (Pu Er tea) était considéré comme un médicament et utilisé dans la médecine traditionnelle, maintenant cela devient une boisson. Avant l'ouverture de la Chine on manquait de nourriture... si en plus on avait bu du puerh... il y aurait plus de vieux en Chine aujourd'hui (rires).

Avec l'export on commence ici à comprendre que c'est plus strict dans les autres pays, normes alimentaires, usage de pesticides et engrais, etc... donc on devient plus strict et exigeant, et c'est bien pour le thé d'aujourd'hui et de demain.

Aujourd'hui le puerh (Pu Er tea) n'est pas cher, mais dans 10 ans on comprendra de plus en plus la valeur du puerh. Les prix vont augmenter régulièrement et on peut s'attendre à près de 20% d'augmentation par an sur les 5 prochaines années. Aujourd'hui beaucoup de gens parlent et entendent parler du puerh, mais rares sont ceux qui connaissent et comprennent vraiment ce thé.

Il n'est pas aisé de comprendre le puerh (Pu Er tea) en France, notamment par la complexité de sa culture et l'impossibilité de trouver de vraies informations sur le sujet, et parallèlement on entend de plus en plus parler de ce thé... quels conseils auriez vous pour ceux qui commenceraient à s'y intéresser?

Le puerh (Pu Er tea) existe depuis plus de 1000 ans, malgré des hauts et des bas, parce qu'il a toujours eu une fonction utile. C'est naturel aujourd'hui de dépasser cela et de chercher à accroitre sa connaissance pour ce thé.

Je vais faire une chose dans ce sens c'est de radicalement dissocier mes prix pour les thés d'arbres anciens et ceux provenant de tai di (cultures en terrasses), pour rendre plus évident la véritable valeur du puerh. (Ce qui a clairement été mis en place en 2012 avec les deux galettes de Yi Wu poduite par Chen Sheng Hao NDR)
Un prix qui serait à mes yeux raisonnable pour un mao cha brut de Banzhang serait 3000 RMB () par Kilogramme et croyez moi ce n’est pas cher. Ce sera la situation dans les 5 à 10 prochaines années.


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