Le puerh du mois

Aout 2017: Bulang Shan (Huo Ka & Banzhang) 2017

Le puerh du mois, une autre manière de découvrir la diversité des thés puerh!



En collaboration avec La cave à puerh et Terre des Thés, nous sommes heureux de vous proposer le puerh du mois, un focus bref et mensuel sur un puerh qui nous a particulièrement marqué.

Jeune puerh brut, puerh fermenté, vieux arbres, arbres sauvages, stockage Hong-Kongais, vieux puerh, etc, grâce à l'abonnement proposé sur le site de Terre des Thés, vous pourrez chaque mois et pour seulement 24€ (ports compris), recevoir chez vous le puerh du mois, en quantité variable selon la valeur et la rareté des thés (une petite galette, 50g à 200g de vracs, ou parfois un ou plusieurs échantillon de 10g), et découvrir ainsi progressivement les multiples facette de l'univers du thé puerh!

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Aout 2017: Bulang Shan (Huo Ka & Banzhang) 2017(diaporama)



Le mois dernier, nous vous proposions de découvrir un puerh brut de Manzhuang, à l’Est du Xishuangbanna, berceau du puerh Chinois. Nous nous rendons ce mois ci à l’Ouest du Mékong, dans le comté de Menghai. Rive Est et rive Ouest du Mékong constituent deux régions majeures, deux terroirs distincts du thé puerh. Historiquement tout d’abord, l’Est avec ses six anciennes montagnes à thé est le symbole des premiers producteurs Han, du savoir faire artisanal et des grands puerh antiques, là où l’Ouest, annexé plus tardivement par les Chinois, est devenu la région des premières grandes fabriques modernes, autour de la célèbre Menghai Tea Factory.

Mais plus encore, Menghai et Mengla (respectivement rive Ouest et Est du Mékong) sont bien deux terroirs distincts, avec leurs terres, leurs micro-climats, mais aussi et surtout leurs variétés locales d’arbres, et chacune de ces régions a un « goût » qui lui est propre. Les thés de Mengla sont ainsi réputés pour être plus doux, frais, féminins et délicats, possédant une touche fruitée particulière qui les définit. A l’opposé, les thés de Menghai sont réputés plus puissants, plus tanniques et charpentés, chauds et masculins, affichant une amertume plus marquée, et possédant souvent une note animale typique, en particulier autour des monts Bulang.

Le premier thé que nous vous proposons provient du village de Huo Ka, peuplé par l’ethnie Hani, situé au Nord des monts Bulang, à environ 20km au sud de la ville de Menghai. Bien que Huo Ka soit en marge de la région administrative des monts Bulang, il en partage les conditions naturelles, les types d’arbres et leur caractère gustatif. Il s’agit d’un thé d’arbres matures, provenant d’un jardin ancien du village, situé à 1700m d’altitude. Comme le second thé de ce mois ci, ainsi que les deux thés du mois dernier, c’est un puerh travaillé de manière artisanale et contemporaine, avec donc une oxydation et une torréfaction particulièrement légère, et la volonté de laisser le terroir s’exprimer.

Le second thé, dont nous sommes heureux de pouvoir vous proposer quelques grammes, vient du « terroir » ultra réputé de Banzhang. Situé à 8km au sud de Huo Ka, au coeur des monts Bulang, le village de Lao Banzhang est sous le feu des projecteurs depuis les années 2000. Il est aujourd’hui un des trois villages les plus chers et recherchés du Yunnan. La forêt qui abrite les arbres anciens de Banzhang forme un croissant d’environ 10km de long sur 3km de large, situé entre le village de Bangpen au Nord et le village de Xin Banzhang au Sud, au cœur duquel se trouve le village de Lao Banzhang. On y trouve des théiers très variés, de moins de 100 ans à plus de 800 ans et appartenant à différentes variétés mais qui partagent cependant certains traits gustatifs communs, notamment le caractère typique des monts Bulang.

Les feuilles que vous avez entre les mains viennent de ce grand jardin à thé ancien. Plus précisément, c’est une parcelle désormais rattachée au village de Xin Banzhang, depuis la séparation de ce dernier avec Lao Banzhang, et située entre ces deux villages, à 1700m d’altitude. Détail intéressant, alors que ce jardin est situé à quelques centaines de mètres des jardins de Lao Banzhang et qu’il appartenait à ce village il y a quelques dizaines d’années, le fait qu’il soit désormais administrativement rattaché à Xin Banzhang fait considérablement chuter le prix des feuilles par rapport aux thés de Lao Banzhang, sans qu’il n’y ait aucun fondement d’un point de vue gustatif ou qualitatif.

Bien que les feuilles de ces thés viennent de gros arbres matures, aux troncs larges et mesurant plusieurs mètres de haut, il ne s’agit pas de vieux arbres mais de théiers d’une cinquantaine d’année, dont le prix est lui aussi bien plus raisonnable que les cueillettes d’arbres plus anciens, pour une différence gustative pas toujours aussi flagrante. Comme le thé de Huo Ka, il s’agit d’une transformation entièrement artisanale, contemporaine et particulièrement soignée, qui suit les standards actuellement pratiqués dans les monts Bulang.

Dégustation

Pour profiter pleinement de ces deux thés, et plus généralement des jeunes puerh de Bulang Shan, nous vous proposons la méthode suivante :

Utilisez de préférence un gaiwan, idéalement en porcelaine (mais le verre ou une terre émaillée peut aussi très bien faire l’affaire). Remplissez le gaiwan à votre convenance (attention comme il s’agit de vrac particulièrement volumineux, il ne faut pas hésiter à le remplir jusqu’à en faire « déborder » les feuilles). Sans rincer les feuilles préalablement, faites une première infusion à l’eau bouillante, entre 5 et 10 secondes selon votre goût, et dégustez la. Poursuivez de la sorte et dégustez au moins les deux infusions suivantes, avec des durées d’infusion similaires. Vous devriez ainsi noter des caractères radicalement distincts entre ces trois premières infusions, à tel point qu’on pourrait aisément les prendre pour trois thés différents !

La première infusion de ce puerh de Huo Ka apparaît ainsi douce, presque sucrée. On y retrouve bien la marque du terroir de Bulang Shan, avec notamment cette petite note typique et animale. Le bouquet de cette infusion est particulièrement riche, avec du végétal, de la fleur, beaucoup de fruit, du bois, des touches de fruit sec, de datte, de la vanille, et sur la longueur des touches entre animal et agrumes qui peuvent rappeler des notes de théiers sauvages.

A la deuxième infusion , les tannins de vieux arbres commencent à s’exprimer. C’est d’emblée plus dense, plus complexe, plus charpenté tout en restant parfaitement équilibré. Si le nez est toujours aussi riche, avec des touches animales plus puissantes, la bouche et la gorge commencent à se construire et l’espace de la dégustation glisse doucement de la fosse nasale à la bouche.

La troisième infusion (et les suivantes) sont largement plus puissantes, avec des tannins d’arbres matures riches et pleinement exprimés. On reste sur le profil du début de la dégustation, mais avec une présence et une amertume bien plus marquée. On appréciera ainsi les sensations de chaleur qui s’installent progressivement dans la gorge, dépassant ainsi la simple dimension aromatique. Après quelques infusions, cette force s’accompagne de petites douceurs qui en échos viennent lui répondre en bouche. Les infusions suivantes poursuivent ce mouvement, avec une descente progressive du nez à la bouche, puis de la bouche à la gorge...

La dégustation du thé de Banzhang suit la même évolution, typique des thés de Bulang Shan. La première infusion est ainsi très fine, subtile, délicate et particulièrement riche. Dès les premières gorgées, un bouquet généreux et complexe envahit le nez. On y retrouve ces notes légèrement animales de Bulang Shan, mais aussi de la vanille, des fruits jaunes, des épices et du poivre. Sans attendre les infusions suivantes, de petites touches éclatantes et sucrées émergent ici et là et chatouillent la bouche !

Comme pour le thé précédent, les feuilles gagnent en puissance lors de la seconde infusion. C’est toujours aussi fin mais avec plus de corps. Le poivre prend le dessus sur la vanille, le boisé arrive progressivement, et le va et vient entre la force immédiate et la douceur des échos commence à s’installer.

A partir de la troisième infusion on est pleinement dans la force typique des thés de Bulang Shan, une force qui, au-delà des arômes, s’installe dans la gorge et pose une amertume qui vient contraster avec les douceurs en bouche. C’est là une amertume riche, d’où les arômes émergent et qui se différencient bien de l’amertume sèche et agressive de certains thés.

Enfin, vous pouvez aussi essayer une autre manière, plus atypique, d’infuser ces thés et que nous vous conseillons. Comme précédemment, remplissez complètement un gaiwan de feuilles sèches puis, sans les rincer au préalable, laissez infuser une minute environ puis versez l’infusion dans un pichet ou une grande tasse. Diluez ensuite cette infusion avec le même volume d’eau bouillante, puis savourez le résultat !

Maturation

Ce type de puerh fin contemporain, travaillé de manière beaucoup plus verte et subtile que les thés du passé, ne sont pas faits pour la garde longue. Ils ne conserveront pas leur richesse sur plusieurs décennies comme un bon thé de garde, mais surtout ils ne partiront pas dans la même direction aromatique. Cela ne veut pas dire qu’il n’évolueront pas, et bien au contraire, leur évolution sera particulièrement notable et rapide sur une dizaine d’année. Les thés de vieux arbres de Menghai sont par ailleurs plus charpentés et tanniques que d’autres régions comme Mengla, ce qui, sans en faire pour autant des thés de garde, leur donne plus de tenue dans le temps.

Comme tout puerh en vrac, il est suggéré de le conserver dans un récipient inodore légèrement poreux ou occasionnellement aéré (jarre, poche en kraft, boite, etc)

Bonnes dégustations et rendez-vous le mois prochain!